Le franc fort conti­nue de pé­na­li­ser l’in­dus­trie

Bilan - - Sommaire - PAR JEAN-PHI­LIPPE BUCHS

La sur­éva­lua­tion du franc hante tou­jours les nuits des pa­trons ac­tifs dans le sec­teur des ma­chines. Dans le can­ton de Ge­nève, seule l’in­dus­trie classe en­core la force de la de­vise hel­vé­tique au pre­mier rang de ses pré­oc­cu­pa­tions. Dans les can­tons de Fri­bourg et de Neu­châ­tel, celle-ci fi­gure res­pec­ti­ve­ment à la deuxième et à la troi­sième place du baromètre des in­quié­tudes de la branche.

Comme le montrent dif­fé­rentes en­quêtes conjonc­tu­relles, les pers­pec­tives s’an­noncent mi­ti­gées pour cette an­née. D’au­tant que la pres­sion sur les marges bé­né­fi­ciaires reste éle­vée. Se­lon les der­nières pro­jec­tions du pro­duit in­té­rieur brut pour le can­ton de Vaud, «la va­leur ajou­tée de l’in­dus­trie des ma­chines pour­rait connaître un re­pli mo­dé­ré en 2017», alors qu’elle avait stag­né en 2016. Dans le can­ton de Fri­bourg, on s’at­tend à une lé­gère amé­lio­ra­tion de la si­tua­tion. «Les in­ves­tis­se­ments res­tent néan­moins en re­trait, en rai­son des in­cer­ti­tudes éco­no­miques. Les pa­trons sont no­tam­ment dans l’at­tente de la nou­velle mou­ture que pren­dra la troi­sième ré­forme de l’im­po­si­tion des en­tre­prises», af­firme Chan­tal Ro­bin, di­rec­trice de la Chambre de com­merce et d’in­dus­trie de Fri­bourg. Dans le can­ton de Ge­nève, 57% des en­tre­prises in­dus­trielles in­ter­ro­gées au dé­but de l’an­née pré­voient pour 2017 une hausse de leur chiffre d’af­faires jus­qu’à 5%, et 50% d’entre elles s’at­tendent à une amé­lio­ra­tion de leur ren­ta­bi­li­té dans une pro­por­tion ana­logue.

Le ren­for­ce­ment du franc face à l’eu­ro de­puis le dé­but jan­vier n’in­cite pas à l’op­ti­misme. Or, constate Swiss­mem (l’or­ga­ni­sa­tion faî­tière de l’in­dus­trie des ma­chines), «un grand nombre des en­tre­prises, no­tam­ment les PME, n’ont pas en­core di­gé­ré les consé­quences de la force du franc». Deux ans après l’abo­li­tion du taux plan­cher de 1,20 franc vis-à-vis de la mon­naie unique,

«57% des en­tre­prises n’ont tou­jours pas réus­si à gé­né­rer des marges suf­fi­santes pour in­ves­tir dans l’ave­nir».

Bobst se dé­ve­loppe à l’étran­ger

La force du franc a obli­gé les pa­trons à ré­agir. Pre­nons deux en­tre­prises em­blé­ma­tiques. A Mex, près de Lau­sanne,

Bobst est l’un des lea­ders mon­diaux des ma­chines d’em­bal­lage. De­puis 2009, elle a pris de nom­breuses me­sures pour sor­tir de l’or­nière. Par­mi celles-ci fi­gurent l’ac­qui­si­tion de com­po­sants dans la zone eu­ro et le dé­ve­lop­pe­ment de sites de pro­duc­tion à l’étran­ger. Ac­tuel­le­ment, Bobst construit une troi­sième usine en Chine des­ti­née à la fa­bri­ca­tion de ma­chines pour ma­té­riaux flexibles. Elle oc­cu­pe­ra entre 200 et 300 col­la­bo­ra­teurs à par­tir de la fin de cette an­née ou dès le dé­but de l’an pro­chain.

A Moutier, dans le Ju­ra ber­nois, Tor­nos est l’un des lea­ders pla­né­taires des tours au­to­ma­tiques. Pour sor­tir des chiffres rouges, la so­cié­té a été contrainte de mi­ser sur ses sites de pro­duc­tion si­tués à l’étran­ger. La part des tour­neuses fa­bri­quées en Suisse a ain­si chu­té de 98 à 36% de­puis 2012 au pro­fit des usines ins­tal­lées à Taï­wan et en Chine. De même, le nombre d’em­plois a ré­gu­liè­re­ment re­cu­lé à Moutier. Il ne s’élève plus qu’à 353 (équi­va­lents plein-temps) sur un ef­fec­tif to­tal de 631. Et, se­lon les di­ri­geants de Tor­nos, la ten­dance à la baisse se pour­sui­vra dans les pro­chaines an­nées.

D’après Swiss­mem, le risque de dé­lo­ca­li­sa­tion d’ac­ti­vi­tés à moyenne et faible va­leur ajou­tée reste éle­vé. Pour l’af­fir­mer, l’or­ga­ni­sa­tion faî­tière se fonde sur le ré­sul­tat d’une en­quête de l’Ins­ti­tut de ges­tion tech­no­lo­gique de l’Uni­ver­si­té de Saint-Gall qui montre que

46% des en­tre­prises in­dus­trielles en­vi­sagent de trans­fé­rer la pro­duc­tion à l’étran­ger dans les trois an­nées à ve­nir.

Les pers­pec­tives de ventes et de ren­ta­bi­li­té s’an­noncent mo­roses pour 2017 dans un en­vi­ron­ne­ment mar­qué par les dé­lo­ca­li­sa­tions d’ac­ti­vi­tés à l’étran­ger. LE RISQUE DE DÉ­LO­CA­LI­SA­TION D’AC­TI­VI­TÉS À MOYENNE ET FAIBLE VA­LEUR AJOU­TÉE RESTE ÉLE­VÉ

Tor­nos ne fa­brique plus que 36% de ses tour­neuses en Suisse, au pro­fit de ses usines chi­noises.

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