Les ef­fets in­dé­si­rables de la ga­ran­tie de l’Etat

Bilan - - Décryptage -

Pre­miè­re­ment, «une ga­ran­tie de l’Etat per­met d’em­prun­ter plus avan­ta­geu­se­ment sur le mar­ché in­ter­ban­caire et des obli­ga­tions, es­time le la­bo­ra­toire d’idées li­bé­rales. Ce qui peut conduire à né­gli­ger le re­fi­nan­ce­ment par l’argent des clients.»

JACQUES GER­BER, CHEF DU DÉ­PAR­TE­MENT DE L’ÉCO­NO­MIE

ET DE LA SAN­TÉ, ET CHARLES JUILLARD, CHEF DU DÉ­PAR­TE­MENT DES FI­NANCES «Le choix de pri­vi­lé­gier ou non le re­fi­nan­ce­ment par l’argent du client re­lève de la po­li­tique d’af­faires de toute banque. Cette source de fi­nan­ce­ment dé­pend en ef­fet des ob­jec­tifs prio­ri­taires en ma­tière de li­qui­di­tés, de marge d’in­té­rêts ou en­core de re­la­tion glo­bale avec le client. Nous dou­tons que la ga­ran­tie de l’Etat ait une in­fluence ma­jeure à ce su­jet.»

PIERRE-ALAIN LEUENBERGER, DI­REC­TEUR GÉ­NÉ­RAL DE LA BANQUE CAN­TO­NALE NEUCHÂTELOISE: «Il est in­exact de pré­tendre que la ga­ran­tie d’Etat dé­tour­ne­rait les banques de la col­lecte d’épargne dans leur can­ton. Les banques can­to­nales font clai­re­ment par­tie des éta­blis­se­ments qui fi­nancent une part im­por­tante des prêts qu’elles oc­troient grâce à l’épargne.»

ALBERT MI­CHEL, PRÉ­SIDENT DU CONSEIL D’AD­MI­NIS­TRA­TION

DE LA BANQUE CAN­TO­NALE DE FRI­BOURG: «Plus la banque est so­lide et ren­table, plus elle ob­tient des taux in­té­res­sants sur le mar­ché in­ter­ban­caire.»

OLI­VIER CURTY, CHEF DU DÉ­PAR­TE­MENT DE L’ÉCO­NO­MIE ET DE L’EM­PLOI DU CAN­TON DE FRI­BOURG:

«Il n’est pas prou­vé que la ga­ran­tie d’Etat per­met­trait aux banques can­to­nales d’em­prun­ter plus avan­ta­geu­se­ment. Si elles peuvent le faire, le cas échéant, la cause n’en est pas la ga­ran­tie, ou du moins pas uni­que­ment, mais une ges­tion pru­dente qui peut ras­su­rer les prê­teurs.»

Deuxiè­me­ment, la ga­ran­tie de l’Etat peut aug­men­ter la pro­pen­sion au risque («aléa mo­ral»): «Les in­ci­ta­tions à prendre da­van­tage de risques (consciem­ment ou in­cons­ciem­ment) sont gé­né­ra­le­ment plus fortes avec une ga­ran­tie de l’Etat», avance Ave­nir Suisse.

JACQUES GER­BER ET CHARLES JUILLARD: «A l’ins­tar des autres banques, les banques can­to­nales sont sou­mises aux mêmes règles et à la même sur­veillance de la Fin­ma, no­tam­ment en ma­tière de risques de cré­dit. Dans ce cadre, nous contes­tons la thèse se­lon la­quelle la ga­ran­tie d’Etat peut aug­men­ter la pro­pen­sion au risque.»

ALBERT MI­CHEL

«Une banque cor­rec­te­ment gé­rée pro­cède à l’ana­lyse des risques sans uti­li­ser la ga­ran­tie d’Etat comme as­su­rance.»

Se­lon Ave­nir Suisse, la ga­ran­tie de l’Etat peut gé­né­rer des ef­fets in­dé­si­rables.

PIERRE-ALAIN LEUENBERGER: «Contrai­re­ment à ce qu’af­firme Ave­nir Suisse, les banques can­to­nales font par­tie des éta­blis­se­ments dont la pro­pen­sion aux risques est faible. Celles-ci sont pla­cées sous l’au­to­ri­té du même sur­veillant que les autres banques suisses et obéissent exac­te­ment aux mêmes règles pru­den­tielles.

Par ailleurs, elles pré­sentent des taux de ca­pi­ta­li­sa­tion éle­vés et sont ac­tives dans les do­maines tra­di­tion­nels de la banque de dé­tail, sur le mar­ché do­mes­tique. Ce mo­dèle d’af­faires et l’ex­po­si­tion pru­dente des banques can­to­nales ont dé­mon­tré leur so­li­di­té et leur grande ré­sis­tance aux crises, y com­pris en 2008.»

OLI­VIER CURTY: «Toute ac­ti­vi­té éco­no­mique peut avoir des ef­fets in­dé­si­rables lors­qu’elle n’est pas conduite de ma­nière conforme aux lois du mar­ché. Mais ce n’est pas parce que les banques can­to­nales bé­né­fi­cient de la ga­ran­tie d’Etat qu’il en dé­coule de fac­to que leur ges­tion ne se­rait pas conforme à ces der­nières. Je constate aus­si qu’UBS n’au­rait pro­ba­ble­ment pas sur­vé­cu sans l’in­ter­ven­tion du Conseil fé­dé­ral et de la Banque na­tio­nale suisse (BNS). Le ci­toyen a donc contri­bué plus ou moins di­rec­te­ment au sau­ve­tage de cette grande banque, pour­tant de sta­tut pri­vé.»

Ch­ris­tian Leug­ger (UBCS): «Se­lon la BNS, les banques can­to­nales ont un ni­veau de ré­si­lience suf­fi­sant.»

Blaise Goet­schin (BCGE): «Les BC fi­nancent plus d’un tiers des be­soins des en­tre­prises suisses.»

Albert Mi­chel (BCF): «Les col­la­bo­ra­teurs connaissent le mar­ché et les par­ti­cu­la­ri­tés de chaque ré­gion.»

Pierre-Alain Leuenberger (BCN): «Ces thèses té­moignent d’une mé­con­nais­sance pro­fonde.»

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