Le sou­tien à l’éco­no­mie ré­gio­nale est dé­pas­sé

Bilan - - Décryptage -

Se­lon Ave­nir Suisse, les man­dats de pres­ta­tions comme la pro­mo­tion du dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique et so­cial du can­ton sont «confus et dé­pas­sés». Au­jourd’hui, «il n’y a plus be­soin de banques can­to­nales pour as­su­rer une al­lo­ca­tion de cré­dits ef­fi­cace au ni­veau ré­gio­nal».

BLAISE GOET­SCHIN, DI­REC­TEUR GÉ­NÉ­RAL DE LA BANQUE CAN­TO­NALE DE GE­NÈVE: «Les banques can­to­nales fi­nancent plus d’un tiers des be­soins des en­tre­prises suisses. C’est là une part su­pé­rieure à toutes les autres banques. Leurs 24 centres de dé­ci­sion lo­caux ré­par­tis dans toute la Suisse as­surent une dis­tri­bu­tion bien ato­mi­sée et in­ner­vée du cré­dit aux PME et aux ac­teurs de l’éco­no­mie. Elles dé­con­centrent le pou­voir ban­caire qui, si­non, se­rait te­nu dans les seules deux mains des mul­ti­na­tio­nales de la «place de la Pa­rade» (Pa­ra­de­platz) à Zurich.»

ALBERT MI­CHEL «Comme les centres de dé­ci­sion sont dans le can­ton, les col­la­bo­ra­teurs connaissent le mar­ché et les par­ti­cu­la­ri­tés de chaque ré­gion. Ce qui per­met de prendre des dé­ci­sions en connais­sance de cause et de ma­nière ra­pide. L’ap­port aux so­cié­tés spor­tives, cultu­relles et ar­tis­tiques (3,8 mil­lions ver­sés par la BCF en 2016) per­met d’ob­te­nir une large pa­lette d’évé­ne­ments et d’évi­ter à plu­sieurs d’entre elles de connaître des dif­fi­cul­tés.»

JACQUES GER­BER ET CHARLES JUILLARD: «Ces der­nières an­nées, on constate que des éta­blis­se­ments fi­nan­ciers ont dé­lais­sé cer­tains sec­teurs éco­no­miques, dont les re­pré­sen­tants trouvent dé­sor­mais au­près des banques can­to­nales des in­ter­lo­cu­teurs à leur écoute, in­té­res­sés à sou­te­nir leurs pro­jets de dé­ve­lop­pe­ment. L’éloi­gne­ment des centres de dé­ci­sion pour­rait même ren­for­cer la place des

banques can­to­nales, de par leur re­la­tion de proxi­mi­té et leur ex­cel­lente connais­sance de l’éco­no­mie ré­gio­nale.»

PIERRE-ALAIN LEUENBERGER: «Ave­nir Suisse ou­blie que la Suisse n’est pas faite que de ré­gions ur­baines à fort po­ten­tiel et de sec­teurs d’ac­ti­vi­té à haute va­leur ajou­tée. Lorsque la si­tua­tion se grippe et que cer­taines ré­gions ou sec­teurs sont plus tou­chés que d’autres, la pré­sence d’une banque à fort an­crage lo­cal prend tout son sens. La nature de la mis­sion d’une banque can­to­nale as­sure que cette der­nière ne se tourne pas vers d’autres opé­ra­tions plus ren­tables que le fi­nan­ce­ment des PME, comme une banque com­mer­ciale pour­rait le faire si les condi­tions de mar­ché de­vaient rendre ces autres ac­ti­vi­tés plus ren­tables, à ni­veau de risque com­pa­rable.»

OLI­VIER CURTY: «Dans un monde où les pro­fits res­tent la pierre an­gu­laire de l’at­tri­bu­tion des cré­dits, la pro­mo­tion des éco­no­mies ré­gio­nales n’est en rien de­ve­nue su­per­flue, no­tam­ment pour fa­vo­ri­ser les nou­velles ac­ti­vi­tés et plus gé­né­ra­le­ment le dé­ve­lop­pe­ment des PME qui ne re­tiennent pas tou­jours l’at­ten­tion des banques pri­vées. A cet égard, la Banque Can­to­nale de Fri­bourg joue un rôle im­por­tant dans le res­pect d’une saine concur­rence avec les autres ac­teurs.»

Charles Juillard (Etat JU): «La par­ti­ci­pa­tion de l’Etat per­met de main­te­nir le pou­voir de dé­ci­sion dans la ré­gion.»

Jacques Ger­ber (Etat JU): «La ga­ran­tie de l’Etat n’aug­mente pas la pro­pen­sion au risque.»

ALBERT MI­CHEL, PRÉ­SIDENT DE LA BANQUE CAN­TO­NALE DE FRI­BOURG

«L’es­ti­ma­tion d’Ave­nir Suisse est net­te­ment in­fé­rieure à la va­leur réelle de la banque.»

BLAISE GOET­SCHIN,

DI­REC­TEUR GÉ­NÉ­RAL

DE LA BANQUE CAN­TO­NALE DE GE­NÈVE

«Fin 2016, la BCGE va­lait un peu plus d’un mil­liard de francs. En 1999, elle va­lait au mieux 0 franc. La re­struc­tu­ra­tion to­tale, puis la re­cons­truc­tion pa­tiente de la va­leur de l’éta­blis­se­ment ain­si que les dis­tri­bu­tions de di­vi­dendes ou les le­vées d’im­pôts per­mettent au­jourd’hui d’en­tre­voir, dans quelques an­nées, la re­cons­ti­tu­tion en­tière des pertes de l’époque. Toutes les banques can­to­nales «bles­sées» se sont re­dres­sées. Ceux qui por­taient le deuil à l’époque, sou­vent des ad­ver­saires proches de nos concur­rents, ne croyaient pas ces «ré­sur­rec­tions» pos­sibles.»

PIERRE-ALAIN LEUENBERGER, DI­REC­TEUR DE LA BANQUE CAN­TO­NALE NEUCHÂTELOISE

«Comme la BCN n’est pas co­tée, le seul chiffre qui soit so­lide et vé­ri­fiable est le mon­tant de ses fonds propres: soit 747 mil­lions fin 2016 ou 717 mil­lions fin 2015.»

Jean-Na­tha­naël Ka­ra­kash (Etat NE): «Sa pré­sence as­sure des com­pé­tences pré­cieuses pour le tis­su ré­gio­nal.»

Mau­rice Tor­nay (Etat VS): «Le mo­dèle de la BCVs a fait ses preuves lors de la der­nière crise fi­nan­cière.»

Pierre Mau­det (Etat GE): «Le rôle des BC est cen­tral pour le dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique de notre can­ton.»

Phi­lippe Leu­ba (Etat VD): «La BCV, qui est pro­fi­table, consti­tue un pla­ce­ment ré­mu­né­ra­teur pour l’Etat.»

Oli­vier Curty (Etat FR): «La BCF joue un rôle im­por­tant dans le res­pect d’une saine concur­rence.»

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