Ren­contre avec le fon­da­teur du Sa­lon des in­ven­tions: «il n’y a que du ja­mais-vu»

Bilan - - Sommaire - PAR MYRET ZAKI

ENTRE le 29 avril, Genève a ac­cueilli pour la 45e fois son Sa­lon in­ter­na­tio­nal des in­ven­tions, avec 725 ex­po­sants de 40 pays. Ce sa­lon, qui réunit in­gé­nieurs, scien­ti­fiques, construc­teurs et in­ves­tis­seurs, s’avère une re­cette qui marche de­puis près d’un de­mi-siècle, ce qui en fait, en soi, une in­ven­tion in­gé­nieuse. On la doit au Ge­ne­vois Jean-Luc Vincent, 76 ans.

Jeune in­gé­nieur, il tra­vaillait à Genève chez un conseiller en pro­prié­té in­dus­trielle. «Chaque fois que je re­met­tais un bre­vet à mes clients ils me de­man­daient si je pou­vais les ai­der à com­mer­cia­li­ser leur in­ven­tion. Or, les conseillers en bre­vets n’avaient pas le droit, dé­on­to­lo­gi­que­ment, de com­mer­cia­li­ser de bre­vets, re­late Jean-Luc Vincent. Je me suis vite ren­du compte qu’il man­quait quelque chose pour que ces ti­tu­laires de bre­vets d’in­ven­tion puissent se faire connaître.»

C’est alors qu’il fonde son propre sa­lon à Genève. La pre­mière édi­tion ouvre en 1972 et ren­contre un suc­cès im­mé­diat, avec plus de 300 ex­po­sants, la plu­part des in­ven­teurs pri­vés. «J’ai fait en sorte que les en­tre­prises s’in­té­ressent à ce Sa­lon, pour­suit-il. Elles ont com­men­cé à ex­po­ser, et le Sa­lon s’est agran­di, pour s’étendre au reste de l’Eu­rope et aux pays de l’Est.» Au­jourd’hui, le Sa­lon, qui bé­né­fi­cie du par­rai­nage de l’OMPI et de la Ville de Genève, ac­cueille des ex­po­sants ve­nus d’Asie et du Moyen-Orient. Cette an­née, Jean-Luc Vincent re­cense 80 ins­ti­tuts et uni­ver­si­tés, avec la pré­sence de l’EPFL comme in­vi­té d’hon­neur, qui a pré­sen­té son exos­que­lette. Ici, comme ailleurs dans l’in­no­va­tion suisse, le do­maine mé­de­cine et san­té do­mine. Cette an­née, le grand prix du Sa­lon est d’ailleurs re­ve­nu à un pro­cé­dé de dé­pis­tage du dia­bète.

Et la re­cette fonc­tionne de­puis qua­rante-cinq ans. «On m’avait dit: avec in­ter­net, ton Sa­lon n’exis­te­ra plus. Mais rien ne rem­place les contacts hu­mains», sou­ligne Jean-Luc Vincent. Et ce­la se constate dans les faits. Les in­ven­teurs y ren­contrent des fi­nan­ciers, fa­bri­cants et dis­tri­bu­teurs. «40% des ex­po­sants signent des contrats de li­cence lors du Sa­lon», es­time Jean-Luc Vincent.

Il évoque les «mi­racles du Sa­lon»: par­fois, des per­sonnes viennent pour vi­si­ter, voient une in­ven­tion, dis­cutent et res­sortent avec un contrat de fi­nan­ce­ment. C’est que «de plus en plus on trouve des gens prêts à in­ves­tir une pe­tite par­tie de leur épargne dans des in­ven­tions; ce n’est plus à la bourse qu’on fait les meilleures af­faires», ob­serve-t-il.

C’est ain­si qu’un Rou­main, qui a in­ven­té le pre­mier scan­ner pour dé­tec­ter les mar­chan­dises illi­cites dans les avions, a ob­te­nu un contact pen­dant le Sa­lon et achève ac­tuel­le­ment l’usine qui fa­bri­que­ra ce scan­ner à Saint-Imier (BE). Ce même Sa­lon a vu le pre­mier pa­lier ma­gné­tique pour fu­sées spa­tiales, les pre­miers sièges pour han­di­ca­pés adap­tables aux mains cou­rantes des es­ca­liers, et une femme in­ven­trice y a ex­po­sé le pre­mier cous­sin gon­flable dans les avions, dé­sor­mais très ré­pan­du.

C’est aus­si là qu’est née l’idée (d’un mé­de­cin pa­ri­sien) de faire dé­fi­ler des textes au­des­sus des scènes de théâtre pour tra­duire les opé­ras.

Un mil­lion de francs de chiffre d’af­faires

Le Sa­lon est lui aus­si une bonne af­faire: il dé­gage plus de 1 mil­lion de francs de chiffre d’af­faires par an. Jean-Luc Vincent a ven­du le Sa­lon à Pa­lex­po de­puis cette an­née et en as­sume tou­jours la pré­si­dence, car Pa­lex­po tient à ce que la foire conserve le même état d’es­prit. Dé­sor­mais, des moyens en­core plus im­por­tants y se­ront consa­crés, même si l’ob­jec­tif se­ra de ne pas aug­men­ter en­core le nombre d’ex­po­sants: «Mieux vaut avoir de bonnes in­ven­tions que trop d’in­ven­tions.» Les bonnes in­ven­tions ont le maxi­mum de po­ten­tiel, ex­plique le fon­da­teur: «L’avan­tage au Sa­lon, c’est que vous avez les in­ven­tions à leur dé­but, et c’est là qu’on achète les li­cences bon mar­ché; car dès que le pro­duit se com­mer­cia­lise, le prix des li­cences monte en flèche.»

Et il re­lève: «Nous sommes le seul sa­lon qui n’ex­pose que des nou­veau­tés chaque an­née. On n’ex­pose ja­mais la même in­ven­tion deux fois. Une ga­geure que je me suis fixée dès le dé­part. Ici, il n’y a que du ja­mais-vu.»

Jean-Luc Vincent, qui a ven­du son Sa­lon in­ter­na­tio­nal des in­ven­tions à Pa­lex­po, ra­conte la ge­nèse de cette succes-sto­ry qui dure de­puis qua­rante-cinq ans. «L’AVAN­TAGE AU SA­LON, C’EST QUE VOUS AVEZ LES IN­VEN­TIONS À LEUR DÉ­BUT, ET C’EST LÀ QU’ON ACHÈTE LES LI­CENCES BON MAR­CHÉ»

Jean-Luc Vincent: «Mieux vaut avoir de bonnes in­ven­tions que trop d’in­ven­tions.»

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