Com­ment in­ves­tir à par­tir d’un hé­ri­tage?

La fai­blesse des taux per­met un ra­chat dans la caisse de pen­sion afin d’op­ti­mi­ser sa fis­ca­li­té. Tou­te­fois, bien dé­fi­nir ses pro­jets fi­nan­ciers avant de se lan­cer reste un préa­lable in­dis­pen­sable.

Bilan - - Sommaire - PAR AL­BERT GALLEGOS*

E ,  suss a en­re­gis­tré le dé­cès de 64 586 per­sonnes, qui ont lé­gué une for­tune de quelque 76 mil­liards de francs, se­lon di­verses sources. Le vo­lume exact des hé­ri­tages est dif­fi­cile à éva­luer car la suc­ces­sion est gé­rée par les can­tons et cha­cun ap­plique son propre sys­tème. Pour rap­pel, le seul can­ton qui ne connaît pas d’im­pôt sur les suc­ces­sions est Schwytz.

Pour illus­trer cet ar­ticle, pre­nons le cas de Thier­ry, 55 ans, qui a un sa­laire an­nuel to­tal de 180 000 fr. Il est pro­prié­taire d’un ap­par­te­ment avec une dette hy­po­thé­caire de 750 000 fr., dont le taux fixe moyen est de 1,5%. Il a une bonne caisse de pen­sion avec une la­cune de co­ti­sa­tion de 200 000 fr., qu’il pour­rait ra­che­ter. Concer­nant les placements, il a une ex­pé­rience moyenne et aime prendre des risques «me­su­rés». A la suite du dé­cès de son père, il a hé­ri­té de 300 000 fr., somme qui, loin de com­pen­ser la perte d’un être cher, peut néan­moins lui être bien utile. Pour­vu qu’il sache com­ment l’in­ves­tir! Alors, com­ment pro­cé­der?

Tout d’abord, il faut bien ré­flé­chir à ses pro­jets fi­nan­ciers (par exemple prendre une re­traite an­ti­ci­pée, faire fruc­ti­fier son épargne, ai­der ses en­fants, ache­ter une ré­si­dence se­con­daire, etc.), fixer le temps né­ces­saire à la réa­li­sa­tion de ce pro­jet et dé­ter­mi­ner sa ca­pa­ci­té et sa pro­pen­sion à prendre des risques fi­nan­ciers (pro­fil d’in­ves­tis­seur). Sans ou­blier que, pour prendre la bonne dé­ci­sion fi­nan­cière, il faut ab­so­lu­ment connaître son taux mar­gi­nal d’im­po­si­tion (TMI) qui frappe tout re­ve­nu sup­plé­men­taire ou toute di­mi­nu­tion de ce­lui-ci. En l’oc­cur­rence, Thier­ry a un TMI de 35,5%. Main­te­nant, pas­sons en re­vue les dif­fé­rentes pos­si­bi­li­tés. S’il sou­hai­tait amor­tir en par­tie sa dette hy­po­thé­caire, il de­vrait se po­ser la ques­tion sui­vante: quel est le coût de la dette après im­pôt? En ef­fet, étant don­né que les in­té­rêts payés à la banque sont dé­duc­tibles du re­ve­nu, le coût net d’un prêt doit te­nir compte de la fis­ca­li­té. En l’oc­cur­rence, le prêt lui coûte après im­pôt 0,97% (taux hy­po­thé­caire compte te­nu du TMI). Il doit alors com­pa­rer ce taux avec le ren­de­ment qu’il pour­rait es­pé­rer ob­te­nir sur un pla­ce­ment fi­nan­cier sur le long terme (plus de 8 ans). Un por­te­feuille «équi­li­bré» avec 50% en ac­tions pour­rait rap­por­ter un ren­de­ment de 3%. Par souci de trans­pa­rence, ce ren­de­ment doit être éga­le­ment sou­mis à l’im­po­si­tion. En l’oc­cur­rence, le ren­de­ment net se­rait de 1,94% (ren­de­ment compte te­nu du TMI).

Connaître sa caisse de pen­sion

Qu’en est-il de la pos­si­bi­li­té de ra­che­ter dans la caisse de pen­sion? Avant tout, et sauf cas par­ti­cu­lier (par exemple, der- nière an­née pour le faire), il fau­drait éta­ler le ra­chat sur plu­sieurs an­nées. En ef­fet, en rai­son de la pro­gres­si­vi­té de l’im­po­si­tion, l’éco­no­mie d’im­pôt est plus éle­vée que dans le cas où le mon­tant to­tal est ver­sé en une seule fois. Donc, ef­fec­tuer un ra­chat dans sa caisse de pen­sion est un très bon moyen d’op­ti­mi­ser sa fis­ca­li­té car ce der­nier est dé­duc­tible du re­ve­nu im­po­sable. Dans ce cas, le ren­de­ment net du ra­chat se­rait de 7,05% (voir ta­bleau). Mais, avant de le faire, il faut ana­ly­ser la san­té fi­nan­cière de sa caisse. A-t-elle un bon de­gré de cou­ver­ture? Si ce­lui-ci est d’au moins 100%, ce­la si­gni­fie que sa si­tua­tion fi­nan­cière est équi­li­brée. A-t-elle suf­fi­sam­ment de ré­serves pour pal­lier les fluc­tua­tions des placements? Si tel est bien le cas, il faut alors étu­dier la ma­nière dont la caisse place ses avoirs. Comme un in­ves­tis­seur pri­vé, une caisse a éga­le­ment un «pro­fil d’in­ves­tis­seur» im­pli­quant plus ou moins de risques liés aux placements. Mais at­ten­tion, si vous avez l’in­ten­tion de re­ti­rer le ca­pi­tal dans les trois ans qui suivent, dans un but d’ac­ces­sion à la pro­prié­té ou de re­traite, évi­tez ce ra­chat! Sui­vant sa si­tua­tion, le ra­chat n’est pas tou­jours la meilleure so­lu­tion en termes de di­ver­si­fi­ca­tion. Ne pas mettre tous ses oeufs dans le même pa­nier s’ap­plique éga­le­ment à la pré­voyance!

En conclu­sion, et sa­chant que chaque cas est par­ti­cu­lier, Thier­ry au­rait tout in­té­rêt à ren­con­trer son conseiller pa­tri­mo­nial et ef­fec­tuer un check-up fi­nan­cier. Seule une vi­sion glo­bale de sa si­tua­tion (pré­voyance, fis­ca­li­té, pla­ce­ment et en­det­te­ment) lui per­met­trait de prendre la meilleure dé­ci­sion. * Di­rec­teur, con­seil pa­tri­mo­nial et pré­voyance, BCGE

Il est re­com­man­dé de bien s’in­for­mer sur la san­té fi­nan­cière de sa caisse avant ra­chat.

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