La livre ster­ling de­vrait res­ter faible

Pri­vi­lé­gier les obli­ga­tions à taux va­riable en dol­lar et sur­pon­dé­rer le sec­teur de l’in­gé­nie­rie de construc­tion, conseille Mi­ra­baud.

Bilan - - Sommaire - PAR VA­LEN­TIN BISSAT*

L’AC­TI­VA­TION DE L'AR­TICLE 50 du Trai­té de Lis­bonne par le Royau­meU­ni fin mars a mar­qué le dé­but du pro­ces­sus de sor­tie du pays de l’Union eu­ro­péenne. Au vu des po­si­tions af­fi­chées par les deux par­ties sur les né­go­cia­tions à ve­nir, la vraie pé­riode d’in­cer­ti­tude com­mence main­te­nant. Dans ce cadre, la livre ster­ling de­vrait res­ter faible contre l’eu­ro et le dol­lar. En ef­fet, mal­gré les bons chiffres éco­no­miques pu­bliés jus­qu’à main­te­nant, la crois­sance réelle des sa­laires stagne en rai­son de la hausse de l’in­fla­tion, ce qui pè­se­ra sur la consom­ma­tion. Ain­si, l’éco­no­mie bri­tan­nique de­vrait com­men­cer à ra­len­tir et la Banque d’An­gle­terre main­tien­dra une po­li­tique mo­né­taire ac­com­mo­dante.

Le dol­lar res­te­ra, se­lon nous, stable à moyen terme et ce­la tant que des dé­ve­lop­pe­ments n’au­ront pas eu lieu sur le front de la ré­forme de l’im­po­si­tion des en­tre­prises – que nous n’at­ten­dons pas avant l’été – et sur une hy­po­thé­tique po­li­tique d’ajus­te­ment fis­cal à la fron­tière qui ren­for­ce­rait du­ra­ble­ment le dol­lar.

Après une ap­pré­cia­tion sur le pre­mier tri­mestre, nous at­ten­dons une dé­pré­cia­tion du yen contre les prin­ci­pales mon­naies. Le pro­ces­sus de nor­ma­li­sa­tion des taux d’in­té­rêt qui a lieu dans les prin­ci­paux pays dé­ve­lop­pés ne touche pas le Ja­pon, dont la po­li­tique mo­né­taire fixe la courbe des ren­de­ments entre -0,1% à court terme et 0% à une ma­tu­ri­té de dix ans.

Pour les mar­chés ac­tions, le pre­mier tri­mestre a été po­si­tif, por­té par la ré­vi­sion à la hausse de la crois­sance et des bé­né­fices. Sur le seul mois de mars, les mar­chés de la pé­ri­phé­rie eu­ro­péenne, prin­ci­pa­le­ment l’Es­pagne, l’Ita­lie et le Por­tu­gal, ont réa­li­sé des per­for­mances su­pé­rieures à 7%, re­flé­tant la ré­duc­tion du risque po­li­tique per­çu par les ana­lystes. Mais les pays émer­gents ont af­fi­ché les meilleurs ren­de­ments sur les trois pre­miers mois de l’an­née, à près de 13%. La bonne te­nue de l’éco­no­mie chi­noise, dont le PIB pour­rait croître so­li­de­ment sur le pre­mier tri­mestre, et la hausse gra­duelle des taux aux Etats-Unis ex­pliquent ce ré­sul­tat.

Nous sommes ac­tuel­le­ment po­si­tion­nés avec une pon­dé­ra­tion neutre sur les pays dé­ve­lop­pés et lé­gè­re­ment sous-pon­dé­rés sur les pays émer­gents dans nos por­te­feuilles. En Eu­rope, nous avons sur­pon­dé­ré le sec­teur de l’in­gé­nie­rie de construc­tion.

Aux Etats-Unis, les dis­cus­sions sur le pla­fond de la dette re­pren­dront pro­chai­ne­ment et pour­raient ame­ner leur lot de vo­la­ti­li­té sur les mar­chés. En ef­fet, ce der­nier a été res­tau­ré le 16 mars der­nier après avoir été sus­pen­du en 2015. De­puis, le Tré­sor amé­ri­cain a de nou­veau re­cours «aux me­sures ex­tra­or­di­naires» afin de fi­nan­cer ses dé­penses. Une po­li­tique qui pour­rait du­rer jus­qu’à l’au­tomne.

Dans le do­maine des obli­ga­tions, la ré­duc­tion du pro­gramme d’achat d’actifs de la BCE dès le mois d’avril pour­rait pe­ser sur les obli­ga­tions des pays pé­ri­phé­riques. L’élar­gis­se­ment des écarts de taux d’in­té­rêt entre l’Al­le­magne et les pays pé­ri­phé­riques in­di­que­ra dans quelle me­sure la fin du pro­gramme de sou­tien de la BCE, d’ici à la fin de l’an­née au plus tôt, est dé­jà in­té­grée dans les prix par les in­ves­tis­seurs. La hausse observée en mars re­flète en ef­fet prin­ci­pa­le­ment le risque po­li­tique. Un élar­gis­se­ment trop im­por­tant des taux d’in­té­rêt des pays pé­ri­phé­riques pour­rait si­gni­fier aux ban­quiers cen­traux qu’un sou­tien pro­lon­gé de­meure né­ces­saire pour sou­te­nir la crois­sance et l’in­fla­tion en zone eu­ro. A cet égard, nous nous at­ten­dons tou­jours à une pour­suite de la nor­ma­li­sa­tion des taux d’in­té­rêt, mais à un rythme moindre que ce­lui at­ten­du par les mar­chés. Ce scé­na­rio se concré­tise par une sous-du­ra­tion et une sous-pon­dé­ra­tion de la poche obli­ga­taire sou­ve­raine en eu­ro et en dol­lar dans nos por­te­feuilles. Nous in­ves­tis­sons éga­le­ment une par­tie de nos por­te­feuilles dans des obli­ga­tions amé­ri­caines à taux va­riables qui bé­né­fi­cient de la hausse des taux courts aux Etats-Unis.

* Eco­no­miste stra­té­giste, Banque Mi­ra­baud

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