En marche for­cée

Bilan - - Décryptage - MAT­THIEU HOFFSTETTER

 x élec­teurs fran­çais af­firment n’avoir pas eu le choix au se­cond tour de la pré­si­den­tielle fran­çaise: ils ont voté Ma­cron pour évi­ter Le Pen, sans ad­hé­sion au pro­jet ou à la per­son­na­li­té du nou­veau pré­sident. Mais au-de­là du vote for­cé, c’est une po­li­tique for­cée qui s’an­nonce.

For­cée car la France n’a plus le choix. Plus le choix de ré­for­mer son mar­ché du tra­vail avec d’avan­tage de flexi­bi­li­té, elle dont le droit so­cial sclé­ro­sé freine les in­ves­tis­seurs étran­gers et bride les en­tre­pre­neurs. Plus le choix de mo­di­fier sa fis­ca­li­té afin de sou­te­nir, via des in­ves­tis­se­ments mas­sifs, le dé­col­lage d’une «French Tech» pro­met­teuse (BlaB­laCar, De­via­let, Sig­fox), mais fra­gile. Plus le choix de ré­duire le fos­sé qui se creuse entre des villes-centres dy­na­miques et des zones ru­rales et ban­lieues en crise pro­fonde. Plus le choix de ré­orien­ter sa po­li­tique de for­ma­tion et d’édu­ca­tion qui, à force de vou­loir pous­ser 80% d’une gé­né­ra­tion vers le bac, a ex­clu plus de 25% des jeunes du mar­ché du tra­vail (jus­qu’à 50% dans les quar­tiers et cer­taines zones ru­rales).

For­cée aus­si car rien n’in­dique que le nou­veau pré­sident ob­tien­dra une ma­jo­ri­té ab­so­lue lors des lé­gis­la­tives de juin. Le constat du pre­mier tour c’est que quatre forces po­li­tiques ma­jeures co­existent en France (Front na­tio­nal, les Ré­pu­bli­cains, En Marche! et France in­sou­mise), au­tour de 20%. La pers­pec­tive de tri­an­gu­laires voire de qua­dran­gu­laires au se­cond tour des lé­gis- la­tives de­vrait tra­duire cette ten­dance sur les bancs de l’As­semble na­tio­nale, même si la dy­na­mique de l’élec­tion et le scru­tin ma­jo­ri­taire pou­vaient don­ner une ma­jo­ri­té re­la­tive aux par­ti­sans d’Em­ma­nuel Ma­cron. Mais il semble pro­bable que le fu­tur Par­le­ment soit très écla­té et que le pré­sident et son gou­ver­ne­ment doivent gou­ver­ner par dé­crets ou lé­gi­fé­rer sans pas­ser de­vant les Chambres, comme l’au­to­rise l’ar­ticle consti­tu­tion­nel 49.3. Une forme de lé­gis­la­tion for­cée.

Cer­tains, à droite comme à gauche, pré­parent dé­jà les ban­de­roles pour un «troi­sième tour dans la rue» (après le pre­mier tour pré­si­den­tiel et le se­cond tour des lé­gis­la­tives). Mais leurs dé­mons­tra­tions de force pour­raient ne pas être ef­fi­caces: les foules de la Ma­nif Pour Tous et des syn­di­cats contre la loi El Khom­ri ont vu leurs hé­rauts bat­tus au pre­mier tour de la pré­si­den­tielle. Ce­lui qui, au contraire, était em­bar­qué dans «une aven­ture so­li­taire» (de l’avis de tous ses dé­trac­teurs) a su for­cer le des­tin…

L’homme a aus­si su s’ou­vrir un ave­nir pré­si­den­tiel. En chantre du prag­ma­tisme, mais en res­tant soi­gneu­se­ment flou et éva­sif sur cer­tains points de son pro­gramme, il s’est his­sé à l’Ely­sée. Son pro­chain dé­fi est d’ob­te­nir une ma­jo­ri­té à l’As­sem­blée. Afin de for­ger plu­tôt que de de­voir for­cer une po­li­tique à la hau­teur des at­tentes d’un pays et de ses ha­bi­tants.

IL SEMBLE PRO­BABLE QUE LE FU­TUR PRÉ­SIDENT DOIVE GOU­VER­NER PAR DÉ­CRET OU LÉ­GI­FÉ­RER SANS LE PAR­LE­MENT

Newspapers in French

Newspapers from Switzerland

© PressReader. All rights reserved.