PAS DE COM­PRO­MIS AVEC LES REN­DE­MENTS

Bilan - - Dossier -

Mal­gré  ara théo­rique, l’im­pact in­ves­ting ne re­pré­sente en­core que 0,11% des 70 000 mil­liards d’actifs dans le monde. Une goutte d’eau. En cause, des deals de pe­tite taille, donc peu at­trac­tifs pour les in­ves­tis­seurs ins­ti­tu­tion­nels, qui dis­posent de sommes co­los­sales à pla­cer: avec 7500 deals pour un to­tal de 15,2 mil­liards de dol­lars en 2015, la tran­sac­tion moyenne dé­passe à peine les 2 mil­lions, soit en­vi­ron 3,5 fois moins qu’une tran­sac­tion stan­dard en pri­vate equi­ty. Certes, les pro­grès sont no­tables: ce rap­port était en­core de 1 à 10 il y a dix ans.

La fri­lo­si­té des in­ves­tis­seurs n’est éga­le­ment pas étran­gère aux in­cer­ti­tudes quant à la ca­pa­ci­té des in­ves­tis­se­ments éthiques à dé­li­vrer les mêmes ren­de­ments que l’uni­vers clas­sique des placements. Ce que conteste fer­me­ment Pa­trick Shee­han, ma­na­ging part­ner chez ETF Part­ners. Pour lui, le dé­ve­lop­pe­ment du­rable passe par l’in­no­va­tion, et c’est jus­te­ment un sec­teur qui est ap­pe­lé à connaître un boom: «De fa­çon im­pli­cite, ex­plique le spé­cia­liste de l’in­no­va­tion en­vi­ron­ne­men­tale, lors­qu’on parle d’im­pact in­ves­ting, on se dit que ce­la doit se tra­duire par un com­pro­mis avec la per­for­mance fi­nan­cière, voire par un aban­don pur et simple de cette per­for­mance. Pour nous, il n’y a au­cun com­pro­mis, en fait c’est même l’in­verse: le pro­blème EST l’op­por­tu­ni­té. Les vastes dé­fis aux­quels le monde doit faire face dans le do­maine du dé­ve­lop­pe­ment du­rable re­pré­sentent au­tant d’op­por­tu­ni­tés d’in­no­va­tion et donc d’in­ves­tis­se­ment de crois­sance.» Pour lui, l’in­no­va­tion tech­no­lo­gique ap­porte les meilleures ré­ponses au pro­blème le plus im­por­tant, «la pros­pé­ri­té dans la du­rée, faire plus avec moins».

Des per­for­mances qui pour­raient sé­duire

Der­rière les idéaux, l’im­pact in­ves­ting pro­pose au­jourd’hui des ren­de­ments ho­no­rables. Se­lon le der­nier rap­port du GIIN, les ren­de­ments an­nuels moyens étaient en 2015 de 5,4% (obli­ga­tions) et 9,5% (so­cié­tés non co­tées) dans les pays dé­ve­lop­pés. Ils at­tei­gnaient sur les mar­chés émer­gents res­pec­ti­ve­ment 8,5 et 15%. A la Banque Ed­mond de Roth­schild, les in­ves­tis­se­ments pri­vate equi­ty visent un im­pact so­cial. Ils offrent un ren­de­ment es­pé­ré de 10 à 15%, mais ce­la né­ces­site de vi­ser le long terme: «Il faut comp­ter une pé­riode de dé­ploie­ment des in­ves­tis­se­ments de 4 à 5 ans, puis 9 à 10 ans pour la pé­riode de rem­bour­se­ment et de sor­tie», in­dique John­ny El Ha­chem, CEO d’Ed­mond de Roth­schild Pri­vate Equi­ty. Des so­lu­tions avec des ren­de­ments in­fé­rieurs, mais des dé­lais de re­tour sur in­ves­tis­se­ment plus courts existent éga­le­ment, comme le re­lève Ay­me­ric Jung, de Qua­dia: «Nous fai­sons l’ef­fort de ren­trer dans la zone de confort de l’in­ves­tis­seur, en pro­po­sant aus­si des pro­grammes di­ver­si­fiés de fi­nan­ce­ment di­rect d’en­tre­prises en dette, avec des re­tours sous quatre ans et un ren­de­ment qui reste at­trac­tif.»

Chez Von­to­bel, les ques­tions du ren­de­ment et de l’im­pact sont consi­dé­rées comme in­dis­so­ciables. «Si la tech­no­lo­gie, par exemple dans les clean­techs, ren­contre un cer­tain suc­cès, et qu’elle connaît par consé­quent une ex­pan­sion sur de nom­breux mar­chés mon­diaux, elle au­ra à la fois de l’im­pact, et du ren­de­ment, rai­sonne Pas­cal Dudle, res­pon­sable de l’im­pact in­ves­ting chez Von­to­bel As­set Ma­na­ge­ment. Les deux avancent main dans la main. Il faut donc une tech­no­lo­gie qui par­vienne à pas­ser à l’échelle su­pé­rieure. C’est ain­si qu’elle au­ra à la fois un ren­de­ment et un im­pact.» Il cite en exemple un mo­teur élec­trique qui se­rait dix fois plus ef­fi­cient qu’un mo­teur ther­mique (à éner­gie fos­sile). S’il contri­bue à ré­duire les émis­sions pol­luantes, son im­pact est po­si­tif pour l’en­vi­ron­ne­ment. S’il a un prix com­pé­ti­tif, la de­mande lui per­met­tra d’être pro­duit en plus grand nombre et d’avoir plus d’im­pact en­vi­ron­ne­men­tal, ce qui, à son tour, gé­né­re­ra plus de bé­né­fices pour l’en­tre­prise. Les fonds in­ves­tis en so­cié­tés clean­techs de Von­to­bel, qui existent de­puis 2008, ont sur­per­for­mé l’in­dice MSCI Monde de­puis cette date. Certes, ils ont ob­te­nu moins de ren­de­ment, par exemple, que le sec­teur phar­ma­ceu­tique suisse, plus dé­fen­sif, mais glo­ba­le­ment, le ren­de­ment fi­nan­cier est bien au ren­dez-vous.

Newspapers in French

Newspapers from Switzerland

© PressReader. All rights reserved.