Pers­pec­tive so­li­daire

Bilan - - Sommaire - PAR CARLO SOMMARUGA

CETTE CHRONIQUE VA POR­TER sur la mon­dia­li­sa­tion. Ou, plus pré­ci­sé­ment, sur la fa­çon de la rendre so­li­daire, juste et in­clu­sive. Une uto­pie? Au­cu­ne­ment. C’est seule­ment une ques­tion de vo­lon­té po­li­tique car les ins­tru­ments existent. Le plus com­plet est l’Agen­da 2030 pour le dé­ve­lop­pe­ment du­rable. Adop­té en 2015 par les Na­tions Unies, il contient 17 ob­jec­tifs que tous les pays se sont en­ga­gés à at­teindre jus­qu’en 2030. Il reste un peu plus de dix ans pour chan­ger ra­di­ca­le­ment de fa­çon de pro­duire et de consom­mer. Pour pro­mou­voir un dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique qui res­pecte les li­mites de la pla­nète et as­sure la jus­tice so­ciale, la Suisse a un rôle cen­tral à jouer. Car c’est à Ge­nève que bat le coeur du dé­ve­lop­pe­ment du­rable. Au bout du Lé­man siègent les Or­ga­ni­sa­tions in­ter­na­tio­nales, ONG, ins­ti­tuts de re­cherche et think tanks du sec­teur pri­vé qui nour­rissent la ré­flexion et l’ac­tion pour un monde plus juste et so­li­daire.

Ge­nève, ca­pi­tale du com­merce mon­dial. De­puis sa créa­tion en 1995, l’OMC est le fer de lance de la mon­dia­li­sa­tion. Néo-li­bé­rale. A ses dé­buts, la po­li­tique com­mer­ciale était un su­jet ré­ser­vé aux tech­ni­ciens et spé­cia­listes. Un quart de siècle plus tard, il est de­ve­nu hau­te­ment po­li­tique. Car si la mon­dia­li­sa­tion a éle­vé le ni­veau de vie gé­né­ral et ame­né cer­taines conver­gences entre pays du Nord et du Sud, elle a aus­si for­te­ment creu­sé les in­éga­li­tés. Les cri­tiques pleuvent. Dans les pays in­dus­tria­li­sés, les opi­nions pu­bliques se re­biffent et les forces pro­tec­tion­nistes, po­pu­listes et xé­no­phobes émergent un peu par­tout.

En Suisse aus­si, les ques­tions com­mer­ciales tiennent le haut du pa­vé. Les gens ne veulent plus d’un li­breé­change ef­fré­né, de mar­chan­dises im­por­tées à des prix dé­fiant toute concur­rence, mais pro­duites par des tra­vailleurs sous-payés et au dé­tri­ment de l’environnement. Les deux ini­tia­tives agri­coles sou­mises au peuple le 23 sep­tembre de­mandent que les den­rées ali­men­taires ven­dues en Suisse – qu’elles soient pro­duites sur place ou im­por­tées – res­pectent des cri­tères so­ciaux et en­vi­ron­ne­men­taux stricts. Elles s’ins­crivent dans cette prise de conscience col­lec­tive.

Face à la pres­sion po­pu­laire, le monde po­li­tique est bien obli­gé de ré­agir. La gauche a été la pre­mière à exi­ger des clauses so­ciales et en­vi­ron­ne­men­tales dans les ac­cords de libre-échange de la Suisse. Au­jourd’hui, d’autres par­tis suivent. Une très large ma­jo­ri­té du Conseil na­tio­nal a ain­si adop­té une mo­tion qui de­mande d’ex­clure l’huile de palme de l’ac­cord de li­breé­change avec la Ma­lai­sie. La pro­duc­tion ex­ten­sive d’huile de palme est la pre­mière cause de dé­fo­res­ta­tion dans les pays pro­duc­teurs et me­nace la bio­di­ver­si­té. Le mode de pro­duc­tion viole les droits des tra­vailleurs dans les plan­ta­tions. En Suisse, elle entre di­rec­te­ment en concur­rence avec la pro­duc­tion in­di­gène d’huile de col­za. Les par­le­ments des can­tons de Ge­nève et Thur­go­vie ont com­plé­té cette exi­gence, en de­man­dant d’ex­clure l’huile de palme des né­go­cia­tions avec l’In­do­né­sie aus­si.

Le Conseil des Etats trai­te­ra de cette ques­tion le 25 sep­tembre. Il y a dix jours, une de ses com­mis­sions a re­je­té toutes ces pro­po­si­tions à une courte ma­jo­ri­té, mais par une autre mo­tion, certes moins contrai­gnante mais s’ins­cri­vant dans la vi­sion d’une mon­dia­li­sa­tion du­rable, elle a de­man­dé de ne pas ré­duire la pro­duc­tion suisse d’oléa­gi­neux et de don­ner des ga­ran­ties suf­fi­santes pour une pro­duc­tion et un com­merce d’huile de palme du­rables.

«Il reste un peu plus de dix ans pour chan­ger ra­di­ca­le­ment notre fa­çon de pro­duire et de consom­mer»

Un peu par­tout, le vent tourne

L’Union eu­ro­péenne, sous pres­sion de la so­cié­té ci­vile, a dé­ci­dé d’ar­rê­ter l’uti­li­sa­tion d’huile de palme comme agro­car­bu­rant d’ici à 2030. Ce­la va faire chu­ter dras­ti­que­ment la de­mande – une bonne rai­son d’ai­der les pays pro­duc­teurs à ré­orien­ter leur po­li­tique agri­cole et com­mer­ciale. Comme nous le fai­sons en Eu­rope avec le char­bon.En ré­su­mé, les ci­toyens ne sont pas op­po­sés au com­merce in­ter­na­tio­nal. Ils veulent un com­merce por­teur de dé­ve­lop­pe­ment et d’in­clu­sion so­ciale. C’est le seul moyen de sau­ver le libre-échange.

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