Comment at­ti­rer les jeunes di­plô­més

La so­cié­té de re­cru­te­ment Aca­de­mic Work vient de réa­li­ser une vaste en­quête au­près d’un pa­nel de plus de 700 jeunes pro­fes­sion­nels. Bi­lan pu­blie ses ré­sul­tats en ex­clu­si­vi­té.

Bilan - - Sommaire - PAR SERGE GUERTCHAKOFF

L    qua­li­fié a été iden­ti­fiée par les en­tre­prises suisses comme le risque nu­mé­ro un pour leur dé­ve­lop­pe­ment. Il faut dire qu’elles vont de­voir faire face au dé­part à la re­traite de la gé­né­ra­tion des ba­by-boo­mers, soit en­vi­ron 1,3 mil­lion d’ac­tifs d’ici à 2030. Dans le sec­teur du re­cru­te­ment, des so­cié­tés se sont donc spé­cia­li­sées dans la dé­lé­ga­tion de jeunes pro­fes­sion­nels, telles Ups­kill ou Aca­de­mic Work. Cette der­nière, qui a vu le jour en Suède en 1998, a mis un pied en Suisse en 2015, lors­qu’elle a ac­quis la so­cié­té Cus­mic, fon­dée par deux an­ciens de HEC Lau­sanne, Mi­chael Senn et Mar­cus An­ders­son. Pré­sente à Lau­sanne et Ge­nève, Aca­de­mic Work a connu une crois­sance de 78% en 2017, voyant ses ef­fec­tifs grim­per de 28 fin 2016 à 45 per­sonnes fin 2017.

Elle a réa­li­sé en col­la­bo­ra­tion avec le ca­bi­net M.I.S. Trend une en­quête au­près de 704 jeunes pro­fes­sion­nels: le pre­mier YPAI (Young Pro­fes­sio­nal At­trac­tion In­dex). Quels sont les cri­tères pri­vi­lé­giés par les étu­diants et jeunes pro­fes­sion­nels lors de leur re­cherche d’un fu­tur em­ployeur? Comment per­çoivent-ils la pers­pec­tive de de­ve­nir ma­na­ger? Qu’estce qui les mo­tive au sein des struc­tures? Les étu­diants en IT ont-ils les mêmes en­vies que ceux en éco­no­mie ou que les in­gé­nieurs? Bi­lan pu­blie en ex­clu­si­vi­té les ré­sul­tats de ce vaste son­dage. Une pré­ci­sion: l’ex­pres­sion «jeune pro­fes­sion­nel» dé­crit une per­sonne qui vient d’ar­ri­ver sur le mar­ché du tra­vail, qu’elle soit en­core étu­diante ou diplômée, avec une ex­pé­rience de cinq ans au maxi­mum.

Des col­lègues sym­pa­thiques

Lors­qu’ils choi­sissent un em­ployeur,

66% des jeunes pro­fes­sion­nels va­lo­risent «l’en­vi­ron­ne­ment de tra­vail/col­lègues sym­pa­thiques» comme un cri­tère im­por­tant. D’où ce ques­tion­ne­ment des ex­perts d’Aca­de­mic Work: «Ce cri­tère sym­bo­li­se­rait-il la tran­si­tion entre la vie étu­diante et la vie pro­fes­sion­nelle?» Pour eux, l’en­vi­ron­ne­ment de tra­vail se dé­fi­nit comme un en­droit où les per­sonnes sont agréables, avec qui l’on peut tis­ser des liens sans pour au­tant al­ler for­cé­ment jus­qu’à l’ami­tié. L’es­prit d’équipe et l’en­traide entre ses membres sont aus­si des élé­ments que les per­sonnes in­ter­ro­gées ont mis en avant à de nom­breuses re­prises. La qua­li­té de la re­la­tion avec le ma­na­ger rentre aus­si pour eux dans cette ca­té­go­rie, à sa­voir le cha­risme de ce­lui-ci, ses va­leurs hu­maines et sa proxi­mi­té avec les équipes.

Bref, la pré­sence d’un ba­by­foot ne suf­fit pas. Il faut aus­si pré­voir à in­ter­valles ré­gu­liers des ac­ti­vi­tés de type «team buil­ding», propres à res­ser­rer les liens. «J’ai eu trois ans d’ex­pé­rience dans un en­vi­ron­ne­ment vrai­ment top, un très bon es­prit d’équipe, beau­coup de com­mu­ni­ca­tion entre ses membres, et ça, quand on l’a, on a un peu l’im­pres­sion que c’est une

UN BA­BY­FOOT NE SUF­FIT PAS. IL FAUT AUS­SI PRÉ­VOIR DES AC­TI­VI­TÉS DE TYPE «TEAM BUIL­DING», PROPRES À RES­SER­RER LES LIENS

évi­dence», té­moigne Lu­cas, jeune de 23 ans, étu­diant en mar­ke­ting digital.

Pou­voir évo­luer

Autre cri­tère es­sen­tiel pour cette po­pu­la­tion cible dans ses choix d’un em­ployeur: les «pos­si­bi­li­tés d’évo­lu­tion/de dé­ve­lop­pe­ment». Elles sont dé­crites comme des op­por­tu­ni­tés d’évo­luer au sein de la struc­ture, en mon­tant en lea­der­ship ou en ayant des chal­lenges à re­le­ver, avec de nou­velles tâches pour en ap­prendre da­van­tage sur le mé­tier ou le sec­teur d’ac­ti­vi­té. 62% du pa­nel consi­dère ce point comme un cri­tère ma­jeur. ««a ne fait pas long­temps que je suis dans le monde du tra­vail, mais en tout cas j’ai be­soin d’avoir une pos­si­bi­li­té d’évo­luer et de gran­dir. Là main­te­nant, si je dois trou­ver un em­ployeur qui va me don­ner des tâches in­grates, même si c’est bien payé, je ne pense pas que je le choi­si­rais parce que j’ai vrai­ment be­soin d’ap­prendre des choses et de gran­dir dans le mé­tier», in­dique Da­vid, 29 ans, in­gé­nieur lo­gi­ciel et dé­ve­lop­pe­ment web.

Avoir des avan­tages

Troi­sième cri­tère ar­ri­vant en tête (avec 59%), «le sa­laire et les avan­tages» nous rap­pelle qu’un jeune pro­fes­sion­nel n’ou­blie pas les réa­li­tés du mar­ché du tra­vail et sa va­leur pour l’en­tre­prise. Bien connaître la po­li­tique de ré­mu­né­ra­tion de l’en­tre­prise et la faire ap­pa­raître tôt dans le pro­ces­sus de re­cru­te­ment est un le­vier d’at­trac­ti­vi­té au­près des jeunes ta­lents. Ce­la étant, outre le ni­veau du sa­laire lui-même, les per­sonnes in­ter­ro­gées in­sistent presque plus sur les avan­tages comme des jours de congés payés sup­plé­men­taires, un abon­ne­ment de fit­ness ou de té­lé­phone, la pos­si­bi­li­té de voya­ger en pre­mière classe lors de dé­pla­ce­ments pro­fes­sion­nels, une voi­ture de fonc­tion ou en­core des par­te­na­riats avec des en­tre­prises. En re­vanche, le plan de re­traite ne touche pas les jeunes pro­fes­sion­nels. «A notre âge, la LPP n’est pas du tout dé­ter­mi­nante car on ne sait pas com­bien de temps on va s’en­ga­ger dans une en­tre­prise», re­lève Maxime, 25 ans, chef de pro­jet & bu­si­ness ana­lyst consul­tant.

A la ques­tion, «d’après votre ex­pé­rience, quelle est la chose la plus im­por­tante chez un em­ployeur pour votre propre dé­ve­lop­pe­ment?», 34% ré­pondent la pos­si­bi­li­té de re­ce­voir de nou­velles res­pon­sa­bi­li­tés dans le rôle exis­tant. La mo­bi­li­té in­terne ain­si que l’échange de connais­sances avec les col­lègues ont été choi­sis à hau­teur de 21% cha­cun, alors que la pos­si­bi­li­té de de­ve­nir ma­na­ger n’a été choi­sie que par 5% des par­ti­ci­pants. «Nous ob­ser­vons une évo­lu­tion de ces pré­fé­rences entre les étu­diants et les jeunes pro­fes­sion­nels dé­jà en poste.» Par ailleurs, les pro­fils in­gé­nieurs se dé­marquent en re­con­nais­sant se sen­tir mo­ti­vés quand ils peuvent s’amé­lio­rer dans leurs tâches (43%) alors que pour les pro­fils IT, c’est le sens don­né à leur tra­vail qui compte le plus (41%).

Mi­chael Senn (à gauche) et Mar­cus An­ders­son ont fon­dé Cus­mic, ra­che­tée en 2015 par Aca­de­mic Work.

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