Les small et mid caps ont tou­jours la cote. Ten­dances, conseils et pièges à évi­ter pour en pro­fi­ter

Les per­for­mances des va­leurs de taille moyenne éclipsent celles des grandes ca­pi­ta­li­sa­tions. Ten­dances, conseils, pers­pec­tives et pièges à évi­ter pour pou­voir en pro­fi­ter.

Bilan - - Sommaire - PAR MAR­JO­RIE THÉ­RY

    en­re­gis­tré deux in­tro­duc­tions en bourse (IPO) au 3e tri­mestre et une troi­sième a eu lieu il y a quelques jours, avec le re­tour de SIG Com­bi­bloc sur le Six Swiss Ex­change.

Ce dy­na­misme des en­trées en bourse de­vrait se pour­suivre se­lon le der­nier ba­ro­mètre du ca­bi­net EY, pu­blié il y a quelques jours.

En par­ti­cu­lier s’agis­sant des «mid caps», les en­tre­prises qui ont une ca­pi­ta­li­sa­tion de taille moyenne. S’il n’existe pas de dé­fi­ni­tion stricte de ces der­nières, on es­time, en fonc­tion des ré­gions du

monde, que leur ca­pi­ta­li­sa­tion est com­prise entre quelques cen­taines de mil­lions et jus­qu’à 3 à 5 mil­liards. Autre élément po­si­tif pour ce type d’en­tre­prises: les opé­ra­tions de prises de par­ti­ci­pa­tion, fu­sions et ac­qui­si­tions, sont elles aus­si très dy­na­miques ces der­niers mois.

Au­tant de fac­teurs qui re­battent les cartes du mar­ché des pe­tites et moyennes ca­pi­ta­li­sa­tions, qu’elles soient ini­tia­trices ou cibles d’ac­qui­si­tions. Après des per­for­mances re­mar­quables en Suisse ces der­niers mois, cette pé­riode de ren­trée est l’oc­ca­sion de faire le point sur cette classe d’ac­tifs.

Au-de­là des «big caps»

Ce seg­ment du mar­ché ac­tions est d’au­tant plus in­té­res­sant pour les in­ves­tis­seurs qu’il est de moins en moins cou­vert par les mé­dias et les ana­lystes. Aux Etats-Unis, on ne parle presque plus que des GA­FA (Google, Apple, Fa­ce­book, Ama­zon) et autres NATU (Net­flix, Airbnb, Tes­la, et Uber), alors que des mil­liers d’en­tre­prises sont co­tées.

En Eu­rope, on se plaint vo­lon­tiers de l’ab­sence de grandes en­tre­prises tech­no­lo­giques, alors que les moyennes en­tre­prises lis­tées comptent de nom­breuses pé­pites dans ce do­maine, que ce soit dans le com­merce en ligne, les ser­vices di­gi­taux dé­vo­lus aux en­tre­prises ou en­core dans les tech­no­lo­gies de la san­té, les fa­meuses med­techs.

De­puis plus de dix ans,

Pierre Cloux gère pour la so­cié­té de ges­tion ge­ne­voise

Do­mi­ni­cé le Swiss Equi­ty

Dis­co­ve­ry Fund, fonds de pla­ce­ment sur les ac­tions suisses com­po­sé à 80% de small et mid caps.

«Ce seg­ment est as­sez ex­tra­or­di­naire, avec des per­for­mances de plus de 10% par an en moyenne sur les vingt der­nières an­nées, rap­pelle le ges­tion­naire. Peu de classes d’ac­tifs ont pu en faire au­tant! De plus, nous avons vu de­puis 2015 et le choc de la fin du taux plan­cher franc suis­seeu­ro que ces en­tre­prises ont une forte ré­si­lience.»

Pour au­tant, la re­cru­des­cence d’IPO n’est pas for­cé­ment un si­gnal po­si­tif, se­lon lui. C’est sou­vent sy­no­nyme d’une fin de cycle de hausse. «Ce­la ne veut pas dire que le mar­ché va bais­ser dans l’im­mé­diat, mais il faut res­ter pru­dent. Dans le cas des IPO, il est sou­vent pré­fé­rable d’at­tendre de voir comment se com­porte la so­cié­té mise en bourse, son ma­na­ge­ment et, na­tu­rel­le­ment, le titre, et éva­luer au cas par cas. Sur les dix der­nières an­nées, je n’ai par­ti­ci­pé qu’à deux IPO sur ce seg­ment, celles de DKSH et In­ves­tis.»

Pour les mois à ve­nir, et mal­gré les hausses ré­centes, Pierre Cloux es­time que les small et mid caps de­vraient en­core bien se com­por­ter: «La hausse a été très forte l’an der­nier mais cette an­née est moins «ex­tra­va­gante» et il y a eu quelques cor­rec­tions bien­ve­nues, même si cer­taines va­lo­ri­sa­tions res­tent éle­vées.»

Per­for­mances re­mar­quables

«Non seule­ment les pe­tites et moyennes va­leurs ont dé­li­vré de meilleures per­for­mances que les grandes ca­pi­ta­li­sa­tions ces der­niers mois, mais j’ajou­te­rais que nous avons une struc­ture de mar­ché ex­trê­me­ment saine en Suisse», es­time de son cô­té Ar­naud Gi­rar­din, res­pon­sable de la re­cherche ac­tions pour Lom­bard Odier banque pri­vée.

At­ten­tion ce­pen­dant à ne pas mettre toutes les va­leurs, pe­tites et moyennes, dans le même pa­nier. «Ce­la reste un seg­ment avec une large éten­due et ce sont sur­tout les va­leurs moyennes qui se portent très bien, alors que les pe­tites ca­pi­ta­li­sa­tions sous-per­forment net­te­ment cette an­née», ajoute Ar­naud Gi­rar­din.

Pour com­pa­rer ces per­for­mances, la Bourse suisse re­groupe les en­tre­prises en plu­sieurs in­dices de ré­fé­rence. Le plus connu étant le SMI, qui ras­semble les 20 plus grandes en­tre­prises co­tées. L’in­dice SPI Ex­tra com­prend l’en­semble des en­tre­prises co­tées, re­tran­ché des en­tre­prises du SMI, pour mieux re­flé­ter l’évo­lu­tion des pe­tites et moyennes ca­pi­ta­li­sa­tions.

Dans le dé­tail, Ar­naud Gi­rar­din rap­pelle que l’in­dice SPI Ex­tra était en hausse de non moins de 30% sur l’an­née 2017 tan­dis que le SMI a grim­pé de 14%. Les pe­tites et moyennes va­leurs ont donc fait deux fois mieux.

Qu’en est-il cette an­née? «Sur la pre­mière par­tie de 2018, nous avons connu une pour­suite de cette ten­dance, avec un SPI Ex­tra en hausse de 4% à fin juin, tan­dis que le SMI était en baisse de près de 8%.» De­puis cette date, un re­bond des large caps s’est opé­ré, avec Roche, Nest­lé et No­var­tis qui sont re­par­tis à la hausse, por­tant le SMI.

Fu­sions et ac­qui­si­tions, un seg­ment por­teur

Ar­naud Gi­rar­din es­time qu’après une vague d’en­trées en bourse por­tée par la hausse des mar­chés et de bonnes condi­tions, nous sommes ar­ri­vés à une fin de cycle. «En re­vanche, il est vrai que l’on conti­nue de battre des re­cords en termes de fu­sions et ac­qui­si­tions en ce mo­ment, et je pense que ce mou­ve­ment va se pour­suivre.» Au­tant d’opé­ra­tions qui ont sou­vent un im­pact très fort sur la va­lo­ri­sa­tion des en­tre­prises.

Un constat par­ta­gé par Sté­pha­nie Bobt­cheff, spé­cia­liste de l’in­ves­tis­se­ment dans les va­leurs moyennes eu­ro­péennes (y com­pris quelques va­leurs suisses) et gé­rante de fonds pour La Fi­nan­cière de l’Echi­quier.

«Les fu­sions-ac­qui­si­tions sont clai­re­ment l’un des points d’at­trac­ti­vi­té ma­jeurs de ce seg­ment ces der­nières an­nées, avec des en­tre­prises po­si­tion­nées sur des

«DANS LE CAS DES IPO,

IL EST PRÉ­FÉ­RABLE

D’AT­TENDRE DE VOIR

COMMENT SE COM­PORTE

LA SO­CIÉ­TÉ MISE

EN BOURSE»

niches ou des sec­teurs en forte crois­sance.» La gé­rante cite l’exemple de So­das­tream, en­tre­prise dans la­quelle l’équipe de ges­tion a in­ves­ti, ra­che­tée par le groupe Pepsico cet été pour plus de 3 mil­liards de dol­lars. Boos­tée par cette pers­pec­tive de ra­chat et por­tée par l’amé­lio­ra­tion de ses fon­da­men­taux, la va­leur du titre a aug­men­té de 80% en sept mois.

«Au sein du fonds que l’équipe small et mid caps gère, nous avons dé­jà connu quatre OPA de­puis le dé­but de l’an­née, comme l’ita­lien Yoox Net-a-Por­ter, ra­che­té par le groupe

Ri­che­mont. Au­pa­ra­vant, nous avions une ou deux opé­ra­tions de ce type par an, nous en sommes à une quin­zaine en l’es­pace de trois ans», sou­ligne en­core la gé­rante.

Di­ver­si­fi­ca­tion et sec­teurs de niche

Pour un in­ves­tis­seur suisse, l’avan­tage ré­side aus­si dans la di­ver­si­fi­ca­tion, sou­ligne en­core Pierre Cloux, car les grandes va­leurs du SMI sont for­te­ment concen­trées au­tour de l’ali­men­ta­tion et la phar­ma, avec le trio Nest­lé-Ro­cheNo­var­tis qui re­pré­sente plus de 50% de l’in­dice.

Pour Ar­naud Gi­rar­din, in­ves­tir dans les pe­tites et moyennes ca­pi­ta­li­sa­tions re­lève presque du «bon sens», la Suisse étant consti­tuée d’un large tis­su de PME. «Les clients pri­vés sont très in­té­res­sés par ces en­tre­prises et ces in­ves­tis­se­ments. D’au­tant que struc­tu­rel­le­ment, c’est pour moi l’un des meilleurs mar­chés au monde avec une ex­cel­lente qua­li­té des en­tre­prises et une bonne pré­vi­si­bi­li­té et sta­bi­li­té éco­no­mique du pays.»

Ce­lui qui couvre le mar­ché des ac­tions suisses de­puis plus de vingt ans re­marque aus­si un chan­ge­ment no­table dans l’état d’es­prit des en­tre­prises suisses ces der­nières an­nées, por­té par l’in­no­va­tion et une vo­lon­té de se po­si­tion­ner sur des mar­chés à forte va­leur ajou­tée. Ain­si, les small et mid caps per­mettent aus­si d’in­ves­tir dans des ten­dances d’ave­nir, no­tam­ment dans les tech­no­lo­gies, par exemple celles qui touchent au mé­di­cal (med­tech).

Là en­core, le constat de Sté­pha­nie Bobt­cheff re­joint ce­lui d’Ar­naud Gi­rar­din. «Nous avons très peu de grandes ca­pi­ta­li­sa­tions axées sur la tech­no­lo­gie en Eu­rope, mais elles sont nom­breuses dans les moyennes va­leurs. Je pour­rais ci­ter Asos, qui ren­contre un franc suc­cès dans le com­merce en ligne, ou Oca­do, qui a dé­ve­lop­pé un sys­tème de ges­tion d’en­tre­pôts au­to­ma­ti­sés et qui est en train de li­cen­cier ces pla­te­formes à de grands ma­ga­sins eu­ro­péens.»

Dé­cor­ré­la­tion des mar­chés et pers­pec­tives po­si­tives

La banque ge­ne­voise Mi­ra­baud est re­con­nue de­puis de longues an­nées pour son ex­pé­rience dans la ges­tion des small et mid caps suisses. L’un de ses fonds de pla­ce­ment phares dans ce do­maine a d’ailleurs dé­pas­sé le mil­liard de francs sous ges­tion. Dans une note de re­cherche de sep­tembre, Mi­ra­baud es­time que «l’es­ca­lade des ten­sions com­mer­ciales ne de­vrait pas faire dé­railler la crois­sance mon­diale ni faire chu­ter les mar­chés fi­nan­ciers». Elle re­com­mande tou­jours une forte ex­po­si­tion aux pe­tites et moyennes ca­pi­ta­li­sa­tions en Eu­rope et en Suisse.

Oli­ver Adler, chef éco­no­miste de Cre­dit Suisse, est éga­le­ment po­si­tif sur les ac­tions suisses, dans un com­men­taire de mar­ché pu­blié il y a quelques se­maines. Pre­nant en compte les risques qui pour­raient dé­cou­ler de conflits com­mer­ciaux et d’autres chocs né­ga­tifs – mal­gré une crois­sance mon­diale so­lide –, il es­time que «le mar­ché d’ac­tions suisse est re­la­ti­ve­ment dé­fen­sif et fi­gure pour l’heure par­mi nos fa­vo­ris. Nous ap­pré­cions aus­si les va­leurs se­con­daires à pe­tites et moyennes ca­pi­ta­li­sa­tions, qui pro­fitent de la ro­buste crois­sance en Suisse et dans le monde.»

L’IN­DICE SPI EX­TRA

ÉTAIT EN HAUSSE

DE QUELQUE 30%

SUR L’AN­NÉE 2017

TAN­DIS QUE LE SMI

A GRIM­PÉ DE 14%

Im­pact des nou­velles ré­gle­men­ta­tions

En­fin, on peut re­le­ver que la di­rec­tive eu­ro­péenne MiFID II, en­trée en vi­gueur en dé­but d’an­née, est éga­le­ment à prendre en compte car elle a un im­pact sur le sui­vi des ac­tions as­su­ré par des ana­lystes, en Eu­rope comme en Suisse. «Cette ré­gle­men­ta­tion vise à amé­lio­rer la trans­pa­rence et cor­rige cer­tains ex­cès du pas­sé, ce qui est un ob­jec­tif louable. Mais elle va aus­si ré­duire la cou­ver­ture par les bro­kers, car il est de­ve­nu beau­coup plus dif­fi­cile pour eux de vendre leur re­cherche et donc de la ren­ta­bi­li­ser», constate Ar­naud Gi­rar­din.

Pour lui, une pé­riode d’ajus­te­ments s’an­nonce. «Nous voyons ar­ri­ver un mo­dèle avec de plus en plus de re­cherche spon­so­ri­sée, où les en­tre­prises paient pour être cou­vertes, ce qui pose la ques­tion de po­ten­tiels conflits d’in­té­rêts.»

Le mar­ché pour­rait aus­si se po­la­ri­ser, avec de très gros ac­teurs qui pour­ront cou­vrir toute la cote, et d’autres qui vont de­voir trou­ver des niches.

Par­mi les moyennes va­leurs pro­met­teuses: Oca­do, su­per­mar­ché bri­tan­nique en ligne dont les en­tre­pôts sont au­to­ma­ti­sés.

Ar­naud Gi­rar­din, res­pon­sable de la re­cherche ac­tions pour Lom­bard Odier.

Le por­tail ita­liena été ra­che­té cette an­née par le groupe Ri­che­mont.

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