Bud­get: la vie est plus chère pour les femmes

Bilan - - Front Page - PAR MA­RY VAKARIDIS

’      sont moins payées que les hommes (7% de moins se­lon le Bu­reau fé­dé­ral de l’éga­li­té), l’in­éga­li­té face aux coûts de la vie reste dans une zone d’ombre. Elle n’en est pas moins bien réelle. D’après un ra­pide cal­cul qui prend en compte la contra­cep­tion, les pro­tec­tions hy­gié­niques, les frais de pré­sen­ta­tion (ma­quillage, coif­fure, ha­bille­ment), les femmes paient sur 40 ans de vie ac­tive au mi­ni­mum 130 000 francs de plus que les hommes. Un fac­teur igno­ré dans de nom­breux couples où les deux parte-

Les prix sont plus éle­vés pour le genre fé­mi­nin. Un fait igno­ré par la so­cié­té, tout comme les be­soins spé­ci­fiques des femmes en ges­tion du pa­tri­moine. Conseils pour dé­jouer les pièges.

naires contri­buent à parts égales au bud­get du mé­nage.

Et puis il y a la «taxe rose», cette pra­tique com­mer­ciale qui consiste à faire payer da­van­tage aux femmes pour les mêmes ar­ticles. Quelques exemples. Le Gillette Sim­ply Ve­nus 3 de cou­leur rose coûte 40% de plus que son pen­dant mas­cu­lin, le ra­soir je­table Gillette Blue 3. Dans les com­merces, les rayons hommes et femmes sont sé­pa­rés, ce qui em­pêche d’ob­ser­ver les dif­fé­rences de prix. En France, on peut trou­ver sur des sites de com­merce en ligne exac­te­ment la même paire de bas­kets Ree­bok à 109,99 eu­ros pour les femmes et 45,45 eu­ros pour les hommes. Quant aux ser­vices tels que le coif­feur, les écarts peuvent at­teindre 50%. Pro­prié­taire d’un sa­lon de coif­fure à Zu­rich, Mé­la­nie de Ic­co ex­plique: «Une coupe homme prend moins de temps et coûte moins cher en pro­duits. La pres­ta­tion n’est pas vrai­ment com­pa­rable.» Pas com­pa­rable. C’est l’ar­gu­ment clé.

Maître d’en­sei­gne­ment à HEC Lau­sanne et conseiller na­tio­nal (VD/PS), Sa­muel Ben­da­han com­mente: «Ne dites pas que les femmes ac­ceptent cette in­éga­li­té de trai­te­ment. Elles n’ont pas le choix car elles font face à un «car­tel im­pli­cite». Le mar­ke­ting fait pen­ser qu’il y a une dif­fé­rence alors qu’il n’y en a pas.» Par exemple, les par­fums sont plus chers dans leur ver­sion fé­mi­nine pour un ni­veau de com­plexi­té souvent iden­tique. Mais condi­tion­nées par un dis­cours mar­ke­ting qui veut qu’elles soient tou­jours jeunes et belles, les femmes sont in­ci­tées à ac­cep­ter da­van­tage de dé­penses dans cet ob­jec­tif.

Au ni­veau po­li­tique, des élus de gauche lancent épi­so­di­que­ment des dé­marches pour ten­ter de ré­équi­li­brer la ba­lance. Alors qu’il était conseiller na­tio­nal, Jean Ch­ris­tophe Sch­waab (VD/ PS) avait de­man­dé au Conseil fé­dé­ral d’exa­mi­ner la taxe rose en Suisse dans un pos­tu­lat. «Mais le Par­le­ment re­jette sys­té­ma­ti­que­ment toutes ces pro­po­si­tions», constate Ro­bin Ey­mann, res­pon­sable de la po­li­tique éco­no­mique à la FRC (Fé­dé­ra­tion ro­mande des consom­ma­teurs). Sa­muel Ben­da­han re­grette: «Le thème de l’éga­li­té n’in­té­resse pas les po­li­ti­ciens de droite.» Pour­tant, il existe des pistes po­li­ti­que­ment neutres comme la créa­tion d’une pla­te­forme d’in­for­ma­tion qui re­cen­se­rait les in­éga­li­tés de prix. Le dis­cours li­bé­ral veut que l’éco­no­mie se ré­gule d’elle-même. Mais si elle ne le fait pas, le po­li­tique pour­rait à terme in­ter­ve­nir avec des obli­ga­tions et des sanc­tions, comme on le voit ac­tuel­le­ment dans le cas de la loi sur l’éga­li­té.

Un pro­fil plus conser­va­teur

La dif­fé­rence de genre ap­pa­raît aus­si dans la ges­tion du pa­tri­moine. Il est re­con­nu que les femmes montrent da­van­tage d’aver­sion au risque. «Une femme sur trois mise sur des va­leurs plus stables et moins vo­la­tiles dans le but de ga­ran­tir son ave­nir fi­nan­cier», note Al­bert Gal­le­gos, res­pon­sable du Conseil pa­tri­mo­nial et de la pré­voyance à la BCGE (Banque Can­to­nale de Ge­nève). Ce­lui-ci pro­longe: «Le risque le plus im­por­tant pour une femme est un di­vorce. Un su­jet in­con­tour­nable car le taux est de 50% des ma­riages. Il est ju­di­cieux d’in­té­grer ce risque dans la pla­ni­fi­ca­tion des fi­nances per­son­nelles et de l’évo­lu­tion de la pré­voyance.» Au­jourd’hui, la plu­part des femmes sont conscientes que leur cou­ver­ture re­traite se­ra à peine suf­fi­sante pour sa­tis­faire leurs propres exi­gences fi­nan­cières. Al­bert Gal­le­gos dé­taille:

«Les femmes dis­posent d’une es­pé­rance de vie su­pé­rieure et ont da­van­tage de lacunes dans la pla­ni­fi­ca­tion de leur épargne. Il faut in­té­grer non seule­ment la pré­voyance mais éga­le­ment la fis­ca­li­té, les pla­ce­ments, l’im­mo­bi­lier. Sans ou­blier la suc­ces­sion ain­si que le droit ma­tri­mo­nial.»

Ges­tion­naire de for­tune in­dé­pen­dante, De­nise El­fen met quant à elle en garde: «Il faut faire très at­ten­tion à tous les do­cu­ments que l’on signe. Dans le monde de la fi­nance, il y a une ten­dance à prendre les femmes moins au sé­rieux que les hommes. Les banques leur pro­po­se­ront plus fré­quem­ment de dé­lé­guer tous les pou­voirs au gé­rant.» Le choix d’une per­sonne de confiance s’avère cru­cial. De­nise El­fen re­prend:

«La re­com­man­da­tion per­son­nelle consti­tue le meilleur cri­tère de sé­lec­tion. Voyez éga­le­ment dif­fé­rents éta­blis­se­ments avant de vous dé­ci­der.» Si les fonds vont au-de­là du mil­lion de francs, il vaut la peine de dé­po­ser des frac­tions de la somme to­tale au­près de banques dif­fé­rentes et de com­pa­rer por­te­feuilles et per­for­mances.

Pour De­nise El­fen, «nombre de dé­con­ve­nues pro­viennent de mal­en­ten­dus sur le pro­fil de risques éta­bli par la banque. La per­sonne sou­haite en fait une ges­tion sans his­toires mais se re­trouve néan­moins avec des ins­tru­ments ex­trê­me­ment ris­qués dans son por­te­feuille, comme des hedge funds et des pro­duits dé­ri­vés.» Pour évi­ter les mésa­ven­tures, mieux vaut an­non­cer d’em­blée la cou­leur à l’aide des for­mules d’usage. Du mo­ment que l’in­ves­tis­seuse sou­haite en pre­mier lieu conser­ver son ca­pi­tal, elle pré­sente un pro­fil dit «clas­sique conser­va­teur». Il lui faut si­gni­fier son sou­hait de mi­ni­mi­ser les risques en pla­fon­nant la to­lé­rance aux pertes entre 5 et 10% et en li­mi­tant la part d’ac­tions à 30% du por­te­feuille. De­nise El­fen pré­cise: «De­man­dez des ac­tions de la meilleure qua­li­té qui as­surent un ren­de­ment du di­vi­dende de 3%.»

LA «TAXE ROSE» CONSISTE À FAIRE PAYER DA­VAN­TAGE

LES FEMMES POUR DES AR­TICLES SI­MI­LAIRES À CEUX DES HOMMES

En 40 ans de vie ac­tive, les femmes dé­boursent130 000 francs de plus que les hommes.

Sa­muel Ben­da­han, conseiller na­tio­nal (VD/PS), parle de «car­tel im­pli­cite».

Newspapers in French

Newspapers from Switzerland

© PressReader. All rights reserved.