Le nombre de po­li­cières aug­mente len­te­ment mais sû­re­ment

En Suisse, les po­li­cières prennent tou­jours plus de place et elles se font re­mar­quer.

Le Matin Dimanche - - LA UNE - LU­CIE MONNAT GA­BRIEL SASSOON lu­cie.monnat@le­ma­tin­di­manche.ch ga­briel.sassoon@le­ma­tin­di­manche.ch

Au ni­veau na­tio­nal, le nombre de po­li­cières est pas­sé d’en­vi­ron 2500 au dé­but des an­nées 2000 (5% des ef­fec­tifs), a plus de 5000 en 2014 (près de 18%), se­lon l’of­fice fé­dé­ral de la sta­tis­tique (OFS). En Suisse ro­mande, la part fé­mi­nine dans les po­lices can­to­nales os­cille dé­sor­mais entre 13 et 19%. Les po­li­cières se voient dé­cer­ner des ré­com­penses, s’im­posent dans des con­cours et sont par­fois bles­sées dans des in­ter­ven­tions. Les sé­ries po­li­cières, où les femmes sont des ve­dettes, de­viennent une réa­li­té.

Ju­lie Les­caut, l’agent Bones ou le lieu­te­nant Oli­via Ben­son de la sé­rie «New York, uni­té spé­ciale»: de­puis des an­nées, les femmes flics sont par­tout à la té­lé­vi­sion. Long­temps can­ton­nées à la fic­tion, les po­li­cières prennent tou­jours plus de place dans la réa­li­té – et elles se font re­mar­quer.

En 2017, l’ins­pec­trice Cris­telle De­la­cré­taz a re­çu le mé­rite de la po­lice can­to­nale vau­doise «pour son ab­né­ga­tion, son cou­rage et sa vo­lon­té». En août der­nier, c’est bien une femme qui a rem­por­té la tra­di­tion­nelle tra­ver­sée du lac de la po­lice ge­ne­voise. Dé­but sep­tembre, une gen­darme vau­doise était griè­ve­ment bles­sée en France voi­sine lors d’une course-pour­suite. Fin sep­tembre en­core, Ma­rianne Kuo­nen, jeune Va­lai­sanne de 24 ans, est de­ve­nue ma­jor de la pro­mo­tion 2018 de l’aca­dé­mie de po­lice de Sa­va­tan. «Son exemple dé­montre qu’une car­rière dans la po­lice est aus­si bien ac­ces­sible aux femmes qu’aux hommes, rai­son pour la­quelle l’état du Va­lais se fé­li­cite de la pré­sence tou­jours plus nom­breuse de femmes dans les rangs de la po­lice», se ré­jouissent les au­to­ri­tés va­lai­sannes dans un com­mu­ni­qué.

Au­jourd’hui, les femmes re­pré­sentent 13% des ef­fec­tifs de la po­lice va­lai­sanne. Dans le reste de la Suisse, le constat est le même. Au ni­veau na­tio­nal, le nombre de po­li­cières aug­mente ré­gu­liè­re­ment de­puis les an­nées 1990. D’en­vi­ron 2500 au dé­but des an­nées 2000 (5% des ef­fec­tifs), elles ont dé­pas­sé les 5000 en 2014 (près de 18%), se­lon les chiffres de l’of­fice fé­dé­ral de la sta­tis­tique (OFS). For­cé­ment, les femmes sont tou­jours plus pré­sentes dans les écoles de po­lice.

Si les portes leur sont grandes ou­vertes, cer­tains sec­teurs sont «plus dif­fi­ci­le­ment ac­ces­sibles», re­marque le pré­sident de l’union syn­di­cale des po­lices ro­mandes, Jean-phi­lippe Ro­chat. Ain­si, au­cun groupe d’in­ter­ven­tion de notre pays ne compte de femmes dans ses rangs, rap­porte le Vau­dois. Idem pour les dé­mi­neurs, qui doivent por­ter une te­nue de pro­tec­tion de 40 kg. «Au­cun do­maine n’est ré­ser­vé ex­clu­si­ve­ment aux po­li­ciers. Mais femmes et hommes ont par na­ture des cons­ti­tu­tions dif­fé­rentes qui rendent cer­taines mis­sions plus dif­fi­ciles à ac­com­plir», pour­suit-il.

Les exi­gences phy­siques pour les hommes et les femmes dif­fèrent lors du re­cru­te­ment – par exemple en termes de taille, mi­ni­mum 170 cm pour les hommes, 160 cm pour les femmes. Par contre, la for­ma­tion est exac­te­ment la même, même si le ba­rème dif­fère pour les tests d’ap­ti­tudes phy­siques, ex­plique la po­lice can­to­nale fri­bour­geoise, dont les membres sont for­més en par­tie à l’école de po­lice de Granges-pac­cot.

Avant tout, un tra­vail de dia­logue

«Ef­fec­ti­ve­ment, une femme a gé­né­ra­le­ment moins de force qu’un homme, c’est phy­sio­lo­gique. Mais on ne nous de­mande pas for­cé­ment de pou­voir mettre à terre un co­losse de 2,10 m à nous seules. Pour le reste, la for­ma­tion est exac­te­ment la même», confirme Flo­rence Maillard. La res­pon­sable de la com­mu­ni­ca­tion de la po­lice can­to­nale vau­doise ex­plique qu’il s’agit d’un ap­pren­tis­sage où la force phy­sique ne joue pas le plus grand rôle. «Ti­rer avec un pis­to­let, que l’on soit homme ou femme, est une ques­tion de tech­nique! Et c’est la même chose pour la self-dé­fense.» Et si les sé­ries po­li­cières nous donnent l’image de po­li­ciers sans cesse en train de pla­quer les voyous au sol, la réa­li­té est moins spec­ta­cu­laire. «Bien sûr que ce­la ar­rive par­fois, mais la ma­jeure par­tie de notre tra­vail ré­side dans le dia­logue, voire la né­go­cia­tion.»

Flo­rence Maillard exerce de­puis 18 ans un mé­tier qu’elle adore. Ja­mais son genre ne lui est ap­pa­ru comme un han­di­cap. La gen­darme était dé­jà à l’époque ha­bi­tuée à évo­luer dans des mi­lieux mas­cu­lins. Pom­pier vo­lon­taire dans son vil­lage du Jo­rat, elle a d’abord en­ta­mé une for­ma­tion d’agri­cul­trice, où elles n’étaient que deux femmes. À 25 ans, chan­ge­ment de cap. «J’ai tou­jours por­té une grande ad­mi­ra­tion à l’uni­forme et aux per­sonnes qui as­surent le main­tien de l’ordre pu­blic», ra­conte-t-elle.

Flo­rence Maillard n’a pas vé­cu de dis­cri­mi­na­tion par­ti­cu­lière, tant au­près de ses col­lègues que sur le ter­rain. «Et si ce­la a été le cas, j’ai pu gé­né­ra­le­ment ré­gler le cas à mon ni­veau sans avoir à en ré­fé­rer à mes su­pé­rieurs», pré­cise-t-elle. Même dis­cours chez Sa­ra, qui a ache­vé sa for­ma­tion en 2012 et croit ne ja­mais s’être po­sé la ques­tion du genre. Pour elle, le mé­tier de po­li­cier est ra­pi­de­ment ap­pa­ru comme «une évi­dence». «Bien sûr que ce n’est pas tou­jours évident de tra­vailler qu’avec des hommes. À la longue, cer­taines con­ver­sa­tions ou blagues peuvent par­fois lé­gè­re­ment user. Il ne faut donc pas être trop sus­cep­tible, re­con­naît la jeune femme. Mais dans l’en­semble, je dois dire que ça se passe très bien.»

La gen­darme vau­doise se sent aus­si à l’aise qu’un homme lors de si­tua­tions com­pli­quées de­man­dant l’usage de la force. C’est d’ailleurs peut-être une piste

«Ti­rer avec un pis­to­let, que l’on soit homme ou femme, est une ques­tion de tech­nique!» Flo­rence Maillard, res­pon­sable de la com­mu­ni­ca­tion de la po­lice can­to­nale vau­doise

d’ex­pli­ca­tion pour la faible re­pré­sen­ta­tion des femmes dans la po­lice. «La pre­mière image qui vient à l’es­prit de beau­coup lors­qu’elles s’ima­ginent le mé­tier de po­li­cier, c’est de cou­rir après les mé­chants, des courses ur­gentes, un mé­tier rem­pli d’adré­na­line, sup­pose Sa­ra. Ce cô­té-là at­tire sans doute plus les hommes que les femmes. Les gens ne voient pas tout l’autre as­pect du tra­vail qui touche beau­coup le cô­té so­cial ou ad­mi­nis­tra­tif.»

Sa­laire égal entre hommes et femmes

Tant pour Flo­rence Maillard que pour Jo­han­na Bun­di Ry­ser, pré­si­dente de la Fé­dé­ra­tion suisse des fonc­tion­naires de po­lice, la fé­mi­ni­sa­tion de la pro­fes­sion tend sur­tout à mieux re­pré­sen­ter la so­cié­té pour la­quelle elle tra­vaille. «La mixi­té est tou­jours un avan­tage pour une ins­ti­tu­tion, rap­pelle celle qui tra­vaille pour la po­lice ju­di­ciaire de la Con­fé­dé­ra­tion. Sans vou­loir gé­né­ra­li­ser, les femmes ont des com­pé­tences com­plé­men­taires à celles des hommes. Pre­nez le cas d’une vic­time de vio­lences sexuelles. Il peut ar­ri­ver que celle-ci pré­fère se confier à une po­li­cière.»

La Gri­sonne se ré­jouit de la pro­gres­sion du nombre de po­li­cières, même si cer­tains can­tons res­tent à la traîne. Si elle a choi­si ce mé­tier, c’est par en­vie de «faire quelque chose pour la Suisse et pour la sé­cu­ri­té du pays». Et puis, tra­vailler pour la po­lice re­pré­sente un avan­tage cer­tain: hommes et femmes touchent le même sa­laire. «Mais dans cer­tains corps de po­lice, les condi­tions-cadres ne sont pas adé­quates pour at­ti­rer des femmes. Il leur faut au­to­ri­ser le tra­vail à temps par­tiel ou le té­lé­tra­vail pour per­mettre de conci­lier vie pro­fes­sion­nelle et fa­mi­liale.»

Chef de la po­lice zu­ri­choise, le mu­ni­ci­pal Ri­chard Wolff a fait le même constat. L’élu n’est guère sa­tis­fait de la part de 15% de femmes au sein de ses ef­fec­tifs, lui qui vi­sait la barre des 20% lors de sa prise de fonc­tion, en 2013. Pour at­teindre cet ob­jec­tif, des me­sures avaient été prises pour créer des condi­tions de tra­vail plus at­trayantes. Ain­si la pos­si­bi­li­té de pas­ser à temps par­tiel pour l’en­semble du corps – un moyen pour no­tam­ment en­cou­ra­ger les jeunes mères à conti­nuer à tra­vailler après une nais­sance. La sauce n’a pas pris: seuls 4% des ef­fec­tifs ne tra­vaillent pas à temps plein. De­vant ce constat d’échec, Ri­chard Wolff a pris d’autres me­sures l’an der­nier, comme la créa­tion d’une gar­de­rie. Il est en­core trop tôt pour dres­ser un bi­lan.

Oli­vier Maire/keystone

En Suisse ro­mande, le can­ton du Va­lais dé­tient un re­cord avec 30% de pos­tu­la­tions pro­ve­nant de can­di­dates fé­mi­nines.

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