Er­nes­to Ber­ta­rel­li ra­chète des an­ti­bio­tiques

PHAR­MA Il vient d’ac­qué­rir une par­tie des re­cherches du géant bâ­lois sur des an­ti­bio­tiques, killeurs de bac­té­ries hy­per­ré­sis­tantes, et une bio­tech pour 500 mil­lions de dol­lars. L’en­tre­pre­neur ro­mand est de­ve­nu une star de la Si­li­con et de la Bos­ton Val­ley

Le Matin Dimanche - - LA UNE - ÉLI­SA­BETH ECKERT eli­sa­beth.eckert @le­ma­tin­di­manche.ch

L’en­tre­pre­neur vient d’ac­qué­rir plu­sieurs an­ti­bio­tiques du fu­tur, aptes à com­battre les bac­té­ries re­dou­ta­ble­ment ré­sis­tantes, qui lui ont été cé­dés par le géant bâ­lois No­var­tis, et une bio­tech à 500 mil­lions.

Long­temps, on n’en­tend plus par­ler de lui. Puis, sou­dai­ne­ment, deux ac­qui­si­tions ma­jeures nous rap­pellent le Ro­mand à notre bon sou­ve­nir. Cette se­maine, Bloom­berg, Reu­ters ou le «Wall Street Jour­nal» ne parlent plus que de lui. Car, qu’il le veuille ou non, Er­nes­to Ber­ta­rel­li reste un per­son­nage en vue, pour avoir ga­gné deux fois la Coupe de l’ame­ri­ca en voile, pour être l’un des hommes les plus riches de Suisse et qui, se­lon le ma­ga­zine «Forbes», est même la 147e per­sonne, avec ses 8,5 mil­liards de dol­lars, la plus for­tu­née au monde. Cet hé­ri­tier de 53 ans fas­cine tou­jours.

Ven­dre­di, l’un de ses fonds d’in­ves­tis­se­ment, Gur­net Point Ca­pi­tal, spé­cia­li­sé dans le do­maine de la san­té et do­té de 2 mil­liards de dol­lars, a an­non­cé le ra­chat de la bio­tech ca­li­for­nienne Co­rium In­ter­na­tio­nal pour 500 mil­lions de dol­lars. Cette so­cié­té amé­ri­caine s’est dis­tin­guée dans l’ad­mi­nis­tra­tion de trai­te­ments par la peau et les mem­branes mu­queuses. Mais sur­tout, Gur­net Point a pro­mis une prime sup­plé­men­taire de 50 cents par ac­tion si la Food and Drug Ad­mi­nis­tra­tion ap­prouve un nou­veau mé­di­ca­ment de Co­rium contre la ma­la­die d’alz­hei­mer. Gros coup.

Mais c’est vé­ri­ta­ble­ment l’ac­qui­si­tion, an­non­cée le 3 oc­tobre der­nier, de trois re­cherches en cours de No­var­tis sur des an­ti­bio­tiques pou­vant com­battre des su­per­bac­té­ries ré­sis­tantes qui a se­coué le monde de la fi­nance et de la phar­ma. Et pour cause. En juillet der­nier, No­var­tis a an­non­cé son re­trait de ce sec­teur pour­tant vi­tal. Car, se­lon Thier­ry Mau­ver­nay, pré­sident et ad­mi­nis­tra­teur dé­lé­gué de De­bio­pharm Group à Lau­sanne – l’une des trois phar­mas au monde en­core ac­tive dans ce sec­teur – «le re­tour sur in­ves­tis­se­ment est beau­coup trop faible dans le seg­ment des an­ti­bio­tiques».

Une mise sur le long terme

No­var­tis, après d’autres géants comme As­tra­ze­ne­ca, Glaxos­mi­thk­line ou Bris­tol-myers Squibb, a donc à son tour dé­ser­té la re­cherche sur ces nou­veaux an­ti­bio­tiques, aptes à com­battre les bac­té­ries de­ve­nues re­dou­ta­ble­ment ré­sis­tantes et qui pour­raient, se­lon l’or­ga­ni­sa­tion mon­diale de la san­té, pro­vo­quer d’ici 2050 la mort de 10 mil­lions de per­sonnes par an­née. Le géant bâ­lois, s’étant re­cen­tré sur les trai­te­ments an­ti­can­cé­reux, puis sur Alz­hei­mer, Par­kin­son et l’oph­tal­mo­lo­gie, a dès lors cher­ché des re­pre­neurs pour la tren­taine de re­cherches qu’il me­nait en la ma­tière.

L’une des fi­liales de Gur­net Point, Bos­ton Phar­ma­ceu­ti­cals, s’est po­si­tion­née et vient de ra­che­ter, pour un mon­tant in­con­nu, une par­tie des re­cherches de No­var­tis. Pour­quoi? Comme le dé­clare Rob Arm­strong, CEO de Bos­ton Phar­ma­ceu­ti­cals, do­té par Er­nes­to Ber­ta­rel­li de 600 mil­lions de dol­lars, «nous sommes convain­cus qu’en ce do­maine, un nou­veau mo­dèle d’af­faires existe car la de­mande va aug­men­ter». En ce­la, Er­nes­to Ber­ta­rel­li et sur­tout le CEO de Gur­net Point, Chris­tophe Vieh­ba­cher, an­cien pa­tron du groupe phar­ma­ceu­tique fran­çais Sa­no­fi, ont fait un pa­ri contraire au mar­ché à court terme, comme l’a opé­ré avant eux Thier­ry Mau­ver­nay. Et pour cause. «Un par­te­na­riat pu­blic-pri­vé est iné­luc­table, nous ex­plique le pa­tron de De­bio­pharm, où des groupes phar­ma­ceu­tiques se­ront por­teurs de la re­cherche, du dé­ve­lop­pe­ment et de la com­mer­cia­li­sa­tion de ces nou­veaux an­ti­bio­tiques, et où les États pour­raient fi­nan­cer une par­tie de ces ac­ti­vi­tés et fa­vo­ri­ser l’ac­cès au mar­ché.» Seule dif­fé­rence avec les ma­jors: tant Gur­net Point Ca­pi­tal que De­bio­pharm sont en­tiè­re­ment en mains pri­vées et peuvent donc se per­mettre de mi­ser sur le long terme, sans ac­tion­naires qui les com­mandent.

Pour preuve, Bos­ton Phar­ma­ceu­ti­cals a éga­le­ment ac­quis les li­cences de cinq re­cherches sur de nou­veaux an­ti­bio­tiques du groupe Glaxons­mi­thk­line. C’est sans doute à quoi sert l’ar­gent, quand on veut s’en ser­vir au­tre­ment que de ta­per des balles de golf, in­ves­tir dans des toiles de maîtres ou ac­qué­rir sa dixième Fer­ra­ri. En dé­cembre 2015, Er­nes­to Ber­ta­rel­li avait dé­cla­ré au «Ma­tin Di­manche»: «Quand, en 2007, notre fa­mille a ven­du Se­ro­no au groupe Merck KGAA, j’avais 42 ans et il n’était pas ques­tion pour moi de prendre ma re­traite. J’ai tou­jours vou­lu pour­suivre les ac­ti­vi­tés qui sont les nôtres de­puis trois gé­né­ra­tions, la phar­ma­ceu­tique et le sec­teur des bio­tech­no­lo­gies.»

Un em­pire en crois­sance

Er­nes­to Ber­ta­rel­li a, de­puis lors, in­ves­ti mas­si­ve­ment de la for­tune fa­mi­liale dans la san­té, en fi­nan­çant no­tam­ment des chaires à L’EPFL ou le Cam­pus Bio­tech à Ge­nève. Mais l’em­pire Ber­ta­rel­li s’étend dé­sor­mais bien au-de­là de la seule phar­ma. Ain­si, plon­ger dans l’or­ga­ni­gramme de la prin­ci­pale so­cié­té fa­mi­liale Way­point Point re­lève de la ga­geure. Entre les pla­ce­ments im­mo­bi­liers, via Cross­tree Real Es­tate (qui dé­tient pour quelque 600 mil­lions de francs d’ac­tifs im­mo­bi­liers à Londres), la fi­nance grâce à Nor­thill Ca­pi­tal avec 54 mil­liards de francs d’ac­tifs sous ges­tion, Fo­res­tay Ca­pi­tal (un fonds tech­no­lo­gique) ou, en­fin, Rox­bu­ry, une so­cié­té im­mo­bi­lière hel­vé­tique des plus dis­crètes, ce sont toutes ces so­cié­tés qui ont, en pre­mier lieu, aug­men­té la for­tune des Ber­ta­rel­li, es­ti­mée au­jourd’hui à quelque 13 mil­liards de francs. Ele­vés en par­tie aux États-unis, Er­nes­to et sa soeur Do­na gèrent ac­tuel­le­ment tout ce­la sur un mode très an­glo-saxon: la for­tune doit re­ve­nir au bien com­mun et, pour le coup, à la san­té.

«J’ai tou­jours vou­lu pour­suivre les ac­ti­vi­tés qui sont les nôtres de­puis trois gé­né­ra­tions, la phar­ma­ceu­tique et le sec­teur des bio­tech­no­lo­gies» Er­nes­to Ber­ta­rel­li, homme d’af­faires et in­ves­tis­seur

In­ves­tis­seur à contre-cou­rant, le vain­queur de la Coupe de l’ame­ri­ca bou­le­verse la phar­ma.

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