Pour la jus­tice, le lan­ceur d’alerte va­lai­san n’a ja­mais pro­fé­ré de me­naces de mort

IM­MO­BI­LIER Vi­sé par une plainte, l’ex-em­ployé com­mu­nal de Bagnes (VS) et lan­ceur d’alerte dans l’af­faire des construc­tions illi­cites de Ver­bier est blan­chi.

Le Matin Dimanche - - SUISSE -

À Ver­bier (VS), en marge de l’af­faire sur les construc­tions illi­cites de cha­lets, le cli­mat est très ten­du. Mais pas au point d’en ve­nir aux mains. Nous vous le ré­vé­lions dans le por­trait que nous lui avons consa­cré le 30 sep­tembre der­nier, l’ex-em­ployé de la com­mune de Bagnes, Ga­briel Lui­sier, qua­li­fié de «lan­ceur d’alerte» dans ce dos­sier, était as­si­gné en jus­tice. Il lui était re­pro­ché d’avoir pro­fé­ré des me­naces de morts contre le pré­sident de la com­mune Eloi Ros­sier. Ce der­nier avait de­man­dé des me­sures de pro­tec­tion. Mais le pro­cu­reur gé­né­ral ad­joint a clas­sé l’af­faire sans suite.

À la lec­ture de cette or­don­nance que nous nous sommes pro­cu­rée, l’his­toire semble presque ro­cam­bo­lesque. Sur­nom­mé «l’ours» pour sa té­na­ci­té, Ga­briel Lui­sier au­rait d’abord dit que l’his­toire al­lait se fi­nir «par deux balles dans la tête», ce qu’il conteste to­ta­le­ment. À ce­la s’est ajou­té le té­moi­gnage d’une an­cienne con­seillère com­mu­nale qua­li­fiée par Ga­briel Lui­sier de «ra­dio vil­lage» qui n’a pas été ju­gé co­hé­rent. Il au­rait en­suite af­fir­mé vou­loir «la peau» du pré­sident, en ré­ponse à une ques­tion po­sée par le char­gé de com­mu­ni­ca­tion de la com­mune. Mais un té­moin, pour­tant ap­pe­lé par Eloi Ros­sier lui­même, a spé­ci­fié que cette dé­cla­ra­tion avait été lan­cée dans une «at­mo­sphère calme et sur le ton de la plai­san­te­rie», de sorte qu’il ne pou­vait s’agir de me­naces de morts.

Ha­sard du ca­len­drier, cette dé­ci­sion de clas­se­ment fait suite à une condam­na­tion ren­due une se­maine plus tôt. Il y est éta­bli qu’eloi Ros­sier et son se­cré­taire com­mu­nal se sont ren­dus cou­pables de faux dans les titres dans le li­cen­cie­ment de Ga­briel Lui­sier. La ré­or­ga­ni­sa­tion du ser­vice in­vo­quée pour jus­ti­fier le li­cen­cie­ment n’au­rait ja­mais eu lieu.

Cette condam­na­tion donne du cré­dit à l’ex-em­ployé, qui es­time avoir été li­cen­cié peu après l’écla­te­ment de l’af­faire pour n’avoir fait que son tra­vail en dé­non­çant à l’in­terne des cas de construc­tions illi­cites. Pré­su­més in­no­cents, les deux hommes ont fait re­cours, spé­ci­fiant au pas­sage qu’ils ne fe­raient au­cun autre com­men­taire.

Pour­tant, Eloi Ros­sier a con­vo­qué lun­di der­nier plu­sieurs membres de l’ad­mi­nis­tra­tion pour dé­tailler cette condam­na­tion. Se­lon plu­sieurs té­moins, il y a af­fir­mé que «la re­la­tion de confiance avec Ga­briel Lui­sier s’était dé­té­rio­rée et que les liens de confiances s’étaient rom­pus». Pour «l’ours», c’est un aveu: «C’est évident qu’il n’y avait plus de confiance, j’avais dé­non­cé des in­frac­tions com­mises par plu­sieurs élus. Reste que ce­la n’a ja­mais été an­non­cé comme le mo­tif de mon ren­voi. Moi, je suis res­té loyal à l’ins­ti­tu­tion.»

JU­LIEN WICKY

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