Les cerfs rouges font une ap­pa­ri­tion re­mar­quée sur les côtes du Doubs

Le Matin Dimanche - - SUISSE - SÉ­BAS­TIEN JUBIN

C’est l’es­pèce reine de la fo­rêt sau­vage. Dans les can­tons al­pins, sans sur­prise, ce sont des mil­liers de cerfs qui s’épa­nouissent. En 2017, les sta­tis­tiques fé­dé­rales de chasse ré­per­to­rient plus de 15 000 in­di­vi­dus dans les Gri­sons et plus de 5000 en Va­lais et au Tes­sin. Par contre, le Jura est le seul can­ton ro­mand – NE (7), VD (400), GE (85), FR (229), BE (1725) – à n’en comp­ter… au­cun. Jus­qu’à cet au­tomne.

D’où viennent ces cerfs rouges? De l’ouest, in­dique l’of­fice ju­ras­sien de l’en­vi­ron­ne­ment. Les cerfs ju­ras­siens pour­raient donc bien ar­ri­ver d’al­sace. Si le cerf re­vient au­jourd’hui, son his­toire n’a pas tou­jours été rose. Au XIXE siècle, à cause de l’in­dus­tria­li­sa­tion, les fo­rêts ont été ra­sées. L’ani­mal a donc per­du son re­fuge et ses res­sources ali­men­taires. Plus tard, en rai­son de la pau­vre­té am­biante et de l’abo­li­tion des pri­vi­lèges après la Ré­vo­lu­tion fran­çaise, des chasses in­ten­sives ont ame­né à l’anéan­tis­se­ment de la race. La si­tua­tion s’est amé­lio­rée lorsque le lé­gis­la­teur a adop­té la loi fé­dé­rale sur la chasse. C’était en 1875.

Un ani­mal sau­vage qui fait des dé­gâts Amau­ry Boillat, ins­pec­teur de la faune ju­ras­sienne, ex­plique que l’ur­ba­ni­sa­tion de la Suisse, avec ses grands axes de com­mu­ni­ca­tion, a em­pê­ché le cerf de s’éta­blir dans le Jura. L’au­to­route A1 a no­tam­ment fait obs­tacle. Mais au­jourd’hui, l’ani­mal sau­vage est bel et bien là. «Con­crè­te­ment, l’ar­ri­vée du cerf n’est pas un pro­blème. Dans le contexte ac­tuel de dé­rè­gle­ment cli­ma­tique, le gi­bier se porte plu­tôt bien. Nous de­vons veiller à ré­gu­ler ces po­pu­la­tions car un cerf élaphe adulte est un her­bi­vore ru­mi­nant. Il consomme plu­sieurs di­zaines de ki­los de nour­ri­ture par jour.» Les im­pacts sont di­vers. At­ti­ré par le maïs et les bet­te­raves, l’ani­mal sau­vage peut faire des dé­gâts. Autre réa­li­té: en hi­ver, la bête consomme les écorces de l’épi­céa, du chêne et de l’érable. En plus, lors­qu’il perd son ve­lours ou du­rant la pé­riode des amours, le cerf frotte ses bois contre les arbres et les abîme. Ces der­niers peuvent même pé­rir.

Donc oui, le cerf, aus­si beau et im­po­sant soit-il, pro­voque de gros dé­gâts. Il est un dan­ger pour le re­nou­vel­le­ment de nos fo­rêts. Les ac­teurs de l’éco­no­mie fo­res­tière et de l’agri­cul­ture peuvent su­bir des pertes fi­nan­cières en cas de sur­po­pu­la­tion. Il est donc né­ces­saire de mieux ap­pré­hen­der le dé­ve­lop­pe­ment de ces po­pu­la­tions.

Le tro­phée de chasse par ex­cel­lence

Afin de rendre le mi­lieu syl­vi­cole moins vul­né­rable, un pro­jet de ges­tion a été mis en place sous l’égide de «Chasse Suisse». Les pro­jets me­nés à Saint-gall ou dans les Gri­sons et la chasse contrô­lée des trou­peaux de cerfs font fi­gure d’exemples. Ils ont per­mis de consi­dé­ra­ble­ment ré­duire les dom­mages aux fo­rêts. «La ges­tion du cerf doit être prise au sé­rieux car la fo­rêt est l’ha­bi­tat de cet ani­mal sau­vage, re­lève Hanspeter Egli, pré­sident de la fé­dé­ra­tion Chasse Suisse. Tous les ac­teurs, chas­seurs et pro­prié­taires de fo­rêts, sont as­so­ciés au pro­jet. Il est im­por­tant d’as­su­rer un sui­vi de la si­tua­tion pour la maî­tri­ser.» Mal­gré les risques, l’ar­ri­vée du cerf élaphe dans le Jura fait le bon­heur des chas­seurs pas­sion­nés, à l’ins­tar du bien nom­mé Oli­vier Cerf, agri­cul­teur et chas­seur de­puis trente ans dans le Clos­du-doubs. «Nous l’avons ob­ser­vé: la po­pu­la­tion de cerfs prend de l’am­pleur. On ne connaît pas en­core les rai­sons de sa ve­nue.» Et il in­carne le rêve de tout chas­seur. «C’est le tro­phée de chasse par ex­cel­lence. Le mâle a une en­ver­gure ma­gni­fique avec ses bois ma­jes­tueux. Il peut pe­ser jus­qu’à 200 ki­los. J’es­père que j’au­rai la chance, un jour, d’en ti­rer un. Si la pro­gres­sion conti­nue à cette vi­tesse, nous dé­nom­bre­rons alors une cen­taine d’in­di­vi­dus. Dans une bonne di­zaine d’an­nées, je pré­dis que le can­ton oc­troie­ra des pa­tentes de tir.»

C’est une si­tua­tion in­édite: dans le Jura, deux hardes de cerfs prennent leurs aises. L’ani­mal sau­vage ne fi­gure pas en­core au plan de chasse can­to­nal mais le dé­ve­lop­pe­ment de sa po­pu­la­tion est sui­vi de près. «Dans le contexte ac­tuel de dé­rè­gle­ment cli­ma­tique, le gi­bier se porte plu­tôt bien. Nous de­vons veiller à ré­gu­ler ces po­pu­la­tions» Amau­ry Boillat, ins­pec­teur de la faune du Jura

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Le cerf rouge prend gen­ti­ment mais sû­re­ment ses quar­tiers sur les crêtes ju­ras­siennes. Plu­sieurs in­di­vi­dus ont été ob­ser­vés der­niè­re­ment.

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