Les ca­fe­tiers ne veulent pas être «les dames pi­pi» de la Fête

Le Matin Dimanche - - SUISSE - SÉ­BAS­TIEN JUBIN

À Ve­vey, la ré­no­va­tion des toi­lettes pu­bliques in­sa­lubres fait mon­ter les res­tau­ra­teurs au cré­neau. Ils s’in­quiètent à quelques mois de la Fête des Vi­gne­rons.

Dans 276 jours com­men­ce­ra, comme une fois par gé­né­ra­tion, la très at­ten­due Fête des Vi­gne­rons sur la fa­meuse place du Mar­ché, à Ve­vey. Des cen­taines de mil­liers de per­sonnes se dé­pla­ce­ront pour un grand spec­tacle de plu­sieurs heures. En ce mo­ment, une po­lé­mique fait rage sur les bords du Lé­man: elle tourne au­tour des… toi­lettes pu­bliques.

Dans quel genre de WC le mil­lion de spec­ta­teurs de l’évé­ne­ment pour­ra as­sou­vir ses pres­sants be­soins? Les au­to­ri­tés ve­vey­sannes tout comme les or­ga­ni­sa­teurs de la ma­ni­fes­ta­tion as­surent que tout le monde pour­ra ac­cé­der à des toi­lettes amé­na­gées et propres.

Au centre de la po­lé­mique, l’in­ten­tion de la Mu­ni­ci­pa­li­té de Ve­vey de fer­mer 13 toi­lettes pu­bliques in­sa­lubres à des fins de ré­no­va­tion. C’est le pro­jet «Toi­lettes ac­cueillantes».

En clair, les ca­fe­tiers-res­tau­ra­teurs ap­posent un ma­ca­ron sur leur de­van­ture. Et ils ac­ceptent que n’im­porte qui uti­lise les toi­lettes sans obli­ga­tion de consom­mer. En contre­par­tie, se­lon les mo­dèles dé­jà en vi­gueur à Re­nens (VD) ou à Bienne (BE), ils per­çoivent une in­dem­ni­té. (1000 francs par an à Bienne contre 150 francs à Re­nens).

Tempête dans une cu­vette?

In­ad­mis­sible pour Gas­tro Vaud. Dans un cour­rier pas pi­qué des vers, la faî­tière vau­doise dé­fend les 53 res­tau­ra­teurs de la place. Elle dé­nonce un concept en contra­dic­tion avec la crois­sance de la po­pu­la­tion et des vi­si­teurs, à quelques mois de la Fête des Vi­gne­rons. «La ves­sie en­chas­se­las­sée des vi­si­teurs n’au­ra-t-elle pour seul sa­lut que des res­tau­rants trans­for­més en pis­so­tières?» ques­tionne la mis­sive si­gnée par Gilles Meystre, pré­sident de Gas­tro Vaud.

«La branche ne peut pas ac­cep­ter que les au­to­ri­tés se dé­chargent ex­clu­si­ve­ment sur les ca­fés-res­tau­rants. Les res­tau­ra­teurs ne sont pas des dames pi­pi. On se moque de nous. On nous pro­met une in­dem­ni­té. Et se­lon toute évi­dence, ce­la ne paie­ra même pas les rou­leaux de pa­pier-toi­lette.»

À Ve­vey, l’exé­cu­tif est dans une tour­mente po­li­tique ubuesque de­puis plu­sieurs se­maines. Sur un col­lège de cinq per­sonnes, trois sont dans l’oeil du cy­clone. L’un est sus­pen­du et sous le coup d’une en­quête pé­nale pour des faits d’abus de confiance et de ges­tion dé­loyale d’in­té­rêt pu­blic. Et, en fin de se­maine, le Con­seil com­mu­nal a vo­té (sans ef­fet contrai­gnant) la sus­pen­sion de deux autres mu­ni­ci­paux pour vio­la­tion du se­cret de fonc­tion. Ces deux élus af­firment n’avoir rien à se re­pro­cher et avoir agi au nom de la trans­pa­rence.

Dans ce contexte hou­leux, la syn­dique de Ve­vey, Eli­na Leim­gru­ber, à la tête de ce Con­seil mu­ni­ci­pal fra­gi­li­sé, garde la tête froide et tente, dans l’«af­faire des toi­lettes ac­cueillantes» de cal­mer le jeu. Elle évoque la tem­po­ra­li­té des ré­no­va­tions pré­vues. «Nous ne pou­vons pas tout ré­no­ver en même temps. Notre prio­ri­té, ce sont les six toi­lettes pu­bliques du centre-ville. Elles se­ront opé­ra­tion­nelles pour la Fête des Vi­gne­rons», as­sure l’élue ve­vey­sanne. Elle in­dique aus­si que la Con­fré­rie des Vi­gne­rons est sen­sible à as­su­rer le meilleur ac­cueil pos­sible. Le di­rec­teur exé­cu­tif de la ma­ni­fes­ta­tion d’en­ver­gure na­tio­nale en fait même une prio­ri­té ab­so­lue.

1247 toi­lettes pré­vues

Fré­dé­ric Hohl ga­ran­tit avoir mis le pa­quet: «Les toi­lettes, c’est un su­jet pri­mor­dial. Toutes les ma­ni­fes­ta­tions doivent, au mi­ni­mum, res­pec­ter les normes eu­ro­péennes en vi­gueur. Nous avons dé­ci­dé d’ins­tal­ler 60% de plus de toi­lettes que ce mi­ni­mum, soit 1247 uni­tés, pour les femmes, les hommes et les per­sonnes à mo­bi­li­té ré­duite. En quelque sorte, nous mon­tons une ville éphé­mère pour 45 000 per­sonnes. Si vous ache­tez votre billet un an à l’avance, et que, même si le spec­tacle vous a plu, vous avez une mau­vaise ex­pé­rience aux toi­lettes, alors c’est ra­té.»

À quel genre de WC au­ront droit les usa­gers? «Nous se­rons en pleine pé­riode es­ti­vale, avec des risques de grandes cha­leurs et de fortes odeurs dans l’air am­biant. Nous avons op­té pour des contai­ners qui se­ront de fait re­liés au sys­tème d’égouts de la ville. C’est plus convi­vial. Il n’y au­ra pas (ou presque) de toi­lettes chi­miques en plas­tique.»

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