Lau­sanne ne veut plus ga­ran­tir les bonnes moeurs de ses ci­toyens

Le Matin Dimanche - - SUISSE - LAURENT ANTONOFF

La Mu­ni­ci­pa­li­té de Lau­sanne a dé­ci­dé de ne plus dé­li­vrer d’actes de bonne conduite, par­fois de­man­dés par les em­ployeurs. Une page se tourne.

C’est un do­cu­ment of­fi­ciel qui, quand on l’énonce, semble tout droit sor­ti de temps ré­vo­lus: un cer­ti­fi­cat de bonnes moeurs. Pour­tant en­core dé­li­vré par les mu­ni­ci­pa­li­tés vau­doises en 2018, il at­teste que «la conduite et la mo­ra­li­té de la per­sonne qui le de­mande sont bonnes, et qu’au­cune plainte à son égard n’est par­ve­nue à la connais­sance des au­to­ri­tés ad­mi­nis­tra­tives lo­cales». À Lau­sanne pour ces six pre­miers mois, qua­rante-cinq per­sonnes ont de­man­dé une fa­meuse at­tes­ta­tion de bonne conduite – qui a été re­fu­sée à six d’entre elles. De­puis cet au­tomne, la ca­pi­tale vau­doise a tou­te­fois dé­ci­dé d’en fi­nir avec ces actes de bonnes moeurs. «Ce do­cu­ment a per­du toute sa per­ti­nence. L’ex­trait du ca­sier ju­di­ciaire suf­fit», es­time le mu­ni­ci­pal de po­lice Pierre-an­toine Hild­brand.

Jus­qu’au dé­but de cette an­née, c’est le syn­dic, Gré­goire Ju­nod, qui si­gnait les actes de moeurs à Lau­sanne, re­nom­més «at­tes­ta­tions de bonne conduite», sur la base d’un rap­port de la po­lice. La pro­cé­dure a en­suite été confiée di­rec­te­ment à la po­lice. «Chaque dos­sier de­man­dait en­vi­ron une ving­taine de mi­nutes de tra­vail. Il s’agis­sait no­tam­ment d’al­ler plus loin que le simple ex­trait de ca­sier ju­di­ciaire, en re­gar­dant si une en­quête en cours concerne la per­sonne», ex­plique Pierre-an­toine Hild­brand.

Qui avait en­core be­soin d’un tel do­cu­ment à notre époque? Les chauf­feurs de taxi pro­fes­sion­nels, par exemple. Il est d’ailleurs en­core sti­pu­lé, dans l’ar­ticle 12 du rè­gle­ment in­ter­com­mu­nal sur le ser­vice des taxis (RIT) de l’ar­ron­dis­se­ment de Lau­sanne, que les can­di­dats au per­mis pro­fes­sion­nel doivent avoir «une bonne ré­pu­ta­tion». Une exi­gence pla­cée au même ni­veau qu’avoir 20 ans ré­vo­lus ou être apte à «conduire sans dan­ger». Pour ce qui est des per­sonnes dé­si­reuses de tra­vailler avec les en­fants, par exemple dans l’en­sei­gne­ment, elles n’ont plus be­soin de cet acte de bonne conduite, des exi­gences lé­gales plus strictes étant en­trées en vi­gueur de­puis.

Au­cune base lé­gale

Si Lau­sanne a dé­ci­dé de ne plus dé­li­vrer de cer­ti­fi­cat de bonnes moeurs, c’est sur­tout parce que ce do­cu­ment ne re­pose sur au­cune base lé­gale et que, d’ailleurs, la lé­gis­la­tion vau­doise ne donne nulle part la dé­fi­ni­tion de bonnes moeurs. «Cha­cun a sa propre dé­fi­ni­tion du bien ou du mal, mais se­lon quels cri­tères, for­cé­ment im­par­tiaux, de­vrions-nous nous pro­non­cer en de­hors de tout cadre lé­gal et dé­li­vrer un do­cu­ment pa­ra­po­li­cier?» se de­mande au­jourd’hui le mu­ni­ci­pal de po­lice. Il ajoute en ci­tant Mon­tes­quieu: «Les lois in­utiles af­fai­blissent les lois né­ces­saires.»

Les Lau­san­nois dont les em­ployeurs conti­nuent à exi­ger un tel cer­ti­fi­cat pour­ront tou­jours s’adres­ser à l’ad­mi­nis­tra­tion. Comme avant. Sauf qu’en lieu et place du do­cu­ment, ils re­ce­vront un for­mu­laire ex­pli­quant que l’at­tes­ta­tion de bonne conduite n’est plus dé­li­vrée of­fi­ciel­le­ment, la Mu­ni­ci­pa­li­té ne pou­vant «plus se por­ter ga­rante et af­fir­mer qu’une per­sonne do­mi­ci­liée sur le ter­ri­toire com­mu­nal puisse être re­com­man­dée du point de vue de ses moeurs et de ses an­té­cé­dents, sur la base de ren­sei­gne­ments le plus sou­vent très par­tiels».

Les autres com­munes du can­ton de Vaud conti­nuent de dé­li­vrer ces actes de moeurs, comme les villes de Nyon, d’yver­don-les-bains ou de Mon­treux. Dans cette der­nière, à la connais­sance du se­cré­taire mu­ni­ci­pal Oli­vier Ra­pin en tout cas, il n’est pas à l’ordre du jour de re­mettre leur dé­li­vrance en ques­tion. À Lu­try, c’est le greffe mu­ni­ci­pal qui s’en oc­cupe. «À l’ex­cep­tion de l’ac­cès à cer­taines pro­fes­sions spé­ci­fiques, comme avo­cat, no­taire, agent d’af­faires bre­ve­té ou gé­rant d’en­tre­prise de sé­cu­ri­té, l’acte de moeurs est lar­ge­ment tom­bé en désué­tude dans le can­ton de Vaud», ad­met tout de même la com­mune sur son site in­ter­net. Ce­pen­dant, elle pré­vient: «L’au­to­ri­té mu­ni­ci­pale ne peut re­fu­ser de dé­li­vrer un acte de bonnes moeurs, mais elle a tou­te­fois le droit d’y ins­crire des ré­serves qu’elle es­ti­me­rait fon­dées.»

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