Pé­kin a pris le risque du dé­gât d’image

Le Matin Dimanche - - MONDE - C. P. ©

Le dé­but de man­dat de Meng Hong­wei, hié­rarque du Par­ti, n’a pas pa­ru po­ser pro­blème au ré­gime com­mu­niste. Il y a un an, Pé­kin ac­cueillait fiè­re­ment l’as­sem­blée gé­né­rale d’in­ter­pol, pré­si­dée pour la pre­mière fois de son his­toire par un Chi­nois. Or avec cette nou­velle af­faire, le géant asia­tique, qui cherche à ap­pa­raître comme un chantre du mul­ti­la­té­ra­lisme, en­tame sa cré­di­bi­li­té. «Si Meng Hong­wei est cou­pable, la Chine l’a mal sé­lec­tion­né et a eu tort de pro­po­ser sa can­di­da­ture à la tête d’in­ter­pol. S’il n’est pas cou­pable et que tout ce­ci est po­li­tique, alors Xi Jin­ping a fait pas­ser son in­té­rêt per­son­nel avant les in­té­rêts de la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale», cri­tique la si­no­logue amé­ri­caine Bon­nie Gla­ser, du Centre pour les études stra­té­giques et in­ter­na­tio­nales.

Dé­sor­mais, le monde risque de ré­flé­chir à deux fois avant de pla­cer à la tête d’une or­ga­ni­sa­tion in­ter­na­tio­nale un Chi­nois sus­cep­tible d’être «dé­bran­ché» à tout mo­ment. «C’est un dan­ger, car chaque of­fi­ciel peut être pla­cé sous en­quête et dé­te­nu de fa­çon ar­bi­traire par le Par­ti via la nou­velle Com­mis­sion na­tio­nale de su­per­vi­sion», ex­pli- que Maya Wang, cher­cheuse pour L’ONG Hu­man Rights Watch, ba­sée à Pé­kin, qui y voit la preuve que ces di­ri­geants sont som­més d’obéir à une seule voix, celle du Par­ti. Cet or­gane de dis­ci­pline peut dé­te­nir au se­cret des cadres du Par­ti et des em­ployés de l’état jus­qu’à six mois, sans pré­ve­nir leur fa­mille, ni leur per­mettre de contac­ter un avo­cat. Les em­bas­tillés ré­ap­pa­raissent gé­né­ra­le­ment pour faire des aveux pu­blics. «On a la dé­mons­tra­tion qu’un di­rec­teur chi­nois d’une or­ga­ni­sa­tion mon­diale ne peut ja­mais s’abs­traire du cadre na­tio­nal. Ce­la met en cause l’idée d’in­dé­pen­dance et de neu­tra­li­té d’un fonc­tion­naire in­ter­na­tio­nal», sou­ligne Fran­çois Go­de­ment, di­rec­teur Asie et Chine de l’eu­ro­pean Coun­cil on Fo­rei­gn Re­la­tions.

Reste à pré­sent à ob­ser­ver quelles vont être les consé­quences di­plo­ma­tiques, pour la Chine. «Pé­kin pa­rais­sait bien pla­cé pour prendre la tête de l’or­ga­ni­sa­tion des Na­tions Unies pour l’ali­men­ta­tion et l’agri­cul­ture (FAO), son can­di­dat part main­te­nant avec un sé­rieux han­di­cap…», glisse un fin connais­seur des cercles di­plo­ma­tiques. Le Fi­ga­ro

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