Les Le­go rares valent très cher

Et ce­la donne des idées aux vo­leurs

Le Matin Dimanche - - LA UNE - OLI­VIER WURLOD oli­vier.wurlod@le­ma­tin­di­manche.ch

Pu­bliée il y a quelques jours sur Youtube, la vi­déo dure en­vi­ron cinq mi­nutes. Son réa­li­sa­teur, sur­nom­mé Re­pu­bli­cat­tack, y ra­conte sa mésa­ven­ture. Sa «Le­go Room» a re­çu une vi­site im­promp­tue et la ma­jeure par­tie de ses Le­go lui ont été sou­ti­rés. Le drame pour ce col­lec­tion­neur de longue date! À pre­mière vue ba­nale, cette af­faire gagne en in­té­rêt au vu des mon­tants en jeu. La va­leur des briques dé­ro­bées à son pro­prié­taire dé­passe en ef­fet les 16 000 eu­ros (18 000 francs). Mais l’his­toire prend d’au­tant plus d’am­pleur qu’elle illustre une ten­dance de fond: le vol de Le­go.

Ces der­nières an­nées, les pe­tites briques d’ori­gine da­noise n’at­tirent en ef­fet plus seule­ment les en­fants et autres ama­teurs de longue date, mais aus­si toute une plé­thore d’es­crocs qui y voient un bu­tin idéal. Sans nu­mé­ro de sé­rie, un Le­go est im­pos­sible à tra­cer, ce qui rend la tâche des en­quê­teurs par­ti­cu­liè­re­ment com­pli­quée lors­qu’il s’agit de re­trou­ver le bu­tin dé­ro­bé. Les cas de vol se sont ain­si mul­ti­pliés ces der­nières an­nées, no­tam­ment aux États-unis.

Opa­ci­té des ventes en ligne

Au prin­temps der­nier, à Port­land, un cer­tain Ra­ji Azar était ar­rê­té pour avoir vou­lu ache­ter un lot de 13 000 dol­lars de Le­go vo­lés. Manque de chance pour lui, sa source était en réa­li­té un ins­pec­teur sous cou­ver­ture dont la tâche était de prou­ver que ce der­nier avait mis en place un sys­tème de ra­chat de Le­go à d’autres vo­leurs pour en­suite les vendre en ligne. En tout, la po­lice lo­cale a re­trou­vé à son do­mi­cile un bu­tin es­ti­mé à 50 000 dol­lars. Un mon­tant qui reste loin de ce­lui ac­cu­mu­lé par un cri­mi­nel, bap­ti­sé en 2012 le «Le­go Ban­dit». En Flo­ride, lors d’un cam­brio­lage au sein de la chaîne de jouets Toys’r’us, il avait em­por­té pour 2 mil­lions de dol­lars d’en­sembles et jouets Le­go.

Pour le mo­ment si au­cun vol em­blé­ma­tique ne semble s’être dé­rou­lé en Suisse, cette cri­mi­na­li­té au­tour du Le­go se re­trouve sur In­ter­net. «Pièces vo­lées, contre­fa­çons ou en­core comptes pi­ra­tés sur Anu­bis pro­po­sant des lots fan­tômes», Chris­tophe Du­rus­sel, fon­da­teur de Le­goc­ca­sion, énu­mère la liste des risques exis­tants. Ce der­nier a d’ailleurs connu son lot de dé­boires en ten­tant d’ac­qué­rir des pièces qui en réa­li­té n’exis­taient pas.

Pour com­plé­ter ses stocks, le com­mer­çant, dont la bou­tique est ins­tal­lée à Nu­villy (FR), ne pro­cède de­puis plus que par vente pri­vée. «En ache­tant les Le­go di­rec­te­ment au pro­prié­taire, je peux jau­ger la per­sonne et sa­voir si j’ai en face de moi un col­lec­tion­neur qui sait de quoi il parle ou bien quel­qu’un qui ignore tout des mo­dèles qu’il cherche à re­vendre», ex­plique-t-il.

Spé­cu­la­tion sur les Le­go

Cet in­té­rêt du monde cri­mi­nel pour le mi­lieu du Le­go ne se­rait pos­sible sans un phé­no­mène qui touche de plein fouet la cé­lèbre brique da­noise: la spé­cu­la­tion. Les prix au­tour de cer­taines col­lec­tions de Le­go se sont en­vo­lés de­puis le dé­but du siècle. À en croire un jour­na­liste du jour­nal an­glais «The Te­le­gra­pher», ache­ter du Le­go du­rant les quinze der­nières an­nées re­pré­sen­te­rait même un in­ves­tis­se­ment plus ren­table que l’or. Pre­nez le set ori­gi­nal du Taj Ma­hal. Sor­tie en 2008 dans la col­lec­tion Le­go Crea­tor, cette construc­tion ven­due à l’ori­gine quelques cen­taines de francs a vu sa cote ex­plo­ser al­lant jus­qu’à at­teindre les 4000 dol­lars au plus haut (de­puis la sor­tie d’une nou­velle édi­tion, les prix ont un peu bais­sé). Un exemple par­mi tant d’autres qui mo­tivent cer­tains à ten­ter leur chance.

C’est le cas d’ales­san­dro, un Ita­lien ins­tal­lé à Ge­nève. Ce der­nier ra­conte qu’après avoir dé­cou­vert la forte spé­cu­la­tion exis­tant au­tour de cer­tains mo­dèles, il a vou­lu ten­ter sa chance. «Étant fan de Le­go, je n’ai mi­sé que sur des ob­jets qui me plaisent et que je pour­rais tou­jours fi­nir par construire si ces pièces ne gagnent fi­na­le­ment pas en va­leur», ex­plique-t-il. En at­ten­dant, les boîtes d’ori­gine res­tent in­tactes chez ce spé­cu­la­teur ama­teur dans l’es­poir qu’avec le temps leurs cotes fi­nissent bel et bien par s’en­vo­ler.

Au quo­ti­dien an­glais, Ed Ma­cio­rows­ki ex­pli­quait que n’im­porte qui «avec un en­semble à la mai­son (ndlr: grand ou pe­tit, peu im­porte pour au­tant qu’il soit en bon état) pour­rait avoir un bon in­ves­tis­se­ment entre les mains». Ce der­nier a d’ailleurs fait de cette spé­cu­la­tion son fonds de com­merce puis­qu’il a fon­dé Brick­pi­cker.com. À l’aide d’ebay, ce site éva­lue ré­gu­liè­re­ment l’évo­lu­tion des cotes de Le­go.

Cer­tains ob­jets, no­tam­ment ceux is­sus de l’uni­vers de Star Wars (le der­nier «Fal­con Mil­le­nium» coûte 1000 francs pièce), at­teignent de tels prix au­jourd’hui que la crainte d’une bulle cir­cule. «C’est un risque dif­fi­cile à iden­ti­fier étant don­né que les col­lec­tion­neurs sont sou­vent prêts à payer beau­coup d’ar­gent pour les ob­jets qu’ils convoitent», es­time Ales­san­dro. Pour lui, cer­tains Le­go ont au­jourd’hui at­teint des prix trop éle­vés. «Mais en met­tant sur le mar­ché pri­maire des construc­tions à plus de 500 francs, Le­go a fait un choix très clair: ce ne sont plus des jouets – du moins plus des jouets pour les gens nor­maux!»

Chris­tophe Du­rus­sel ex­plique que la marque da­noise est ef­fec­ti­ve­ment de­ve­nue très forte pour «sa­voir par­fai­te­ment en­tre­te­nir le dé­sir des col­lec­tion­neurs et créer cette ra­re­té qui per­met­tra à cer­tains mo­dèles de voir leur prix dé­col­ler». Le fon­da­teur de Le­goc­ca­sion mi­lite tou­te­fois contre cette spé­cu­la­tion à ou­trance. Dans son ma­ga­sin, avec une brique ven­due 15 cen­times pièce, il veut lais­ser l’uni­vers de Le­go abor­dable à toutes les fa­milles.

Pour Re­pu­bli­cat­tack, l’his­toire se ter­mine mieux qu’elle n’a com­men­cé. La vi­déo de ce fan de Le­go Star Wars a fait le tour du monde et convain­cu les foules de lui ve­nir en aide. Aux États-unis, un autre ama­teur de cet uni­vers a lan­cé une ca­gnotte sur Go­fundme pour ve­nir en aide au Fran­çais. En 18 heures, par l’en­tre­mise d’en­vi­ron 700 do­na­teurs, plus de 14 000 dol­lars étaient réunis et ce­la même si Re­pu­bli­cat­tack af­firme que pour lui «l’aven­ture Le­go est ter­mi­née».

«N’im­porte qui avec un en­semble à la mai­son pour­rait avoir un bon in­ves­tis­se­ment entre les mains» Ed Ma­cio­rows­ki, Fon­da­teur du site Brick­pi­cker.com

Ces der­nières an­nées, les briques d’ori­gine da­noise n’at­tirent plus seule­ment en­fants et col­lec­tion­neurs, mais aus­si cer­tains es­crocs qui y voient un bu­tin idéal.

CAFE COR­NER Com­mer­cia­li­sé en 2007 pour 149 fr. 90, son prix ac­tuel dé­passe les 1300 francs sur Brick­pi­cker.com

FAL­CON MIL­LE­NIUM L’édi­tion de 2007, dont le prix de dé­part dé­pas­sait 500 francs, voit sa cote jon­gler entre 2000 et 4000 francs.

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