«La Suisse ro­mande, elle fait par­tie de mon iden­ti­té»

Le Matin Dimanche - - ACTEURS -

Vous êtes la plus ro­mande des Saint-gal­loises. Vous avez étu­dié à Neu­châ­tel. Comment y êtes-vous ar­ri­vée?

C’est une longue his­toire. Du­rant ma sco­la­ri­té, j’avais un an d’avance sur mes ca­ma­rades. Comme j’étais un peu jeune pour en­trer au gym­nase, m’a mère m’a pous­sée à ap­prendre le fran­çais. Elle avait été jeune fille au pair à Lau­sanne. Et pour elle, qui était une fille de pay­sans, c’était comme par­tir pour les États-unis. On a cher­ché des adresses à Fri­bourg, mais c’est à Neu­châ­tel que j’ai dé­bar­qué.

Vous de­viez faire un an, mais vous êtes fi­na­le­ment res­tée quatre ans.

Être la se­maine là-bas, loin de ma fa­mille, c’était fan­tas­tique. Je vou­lais ab­so­lu­ment res­ter. J’ai vu qu’il y avait la pos­si­bi­li­té de faire l’école su­pé­rieure de com­merce. C’est ce que j’ai fait. Ça m’a beau­coup plu, et ça m’a mar­quée.

Pour­quoi?

Ar­ri­ver dans une ville à 15 ans et de­mi, ça ne fait pas le même ef­fet qu’à 30. Ça vous marque à un mo­ment par­ti­cu­lier de votre vie. J’étais à Neu­châ­tel, à la fin des an­nées 70, en pleine crise hor­lo­gère. À l’école, j’avais des co­pains dont les pa­rents n’avaient plus de tra­vail. Cer­taines vi­trines des ma­ga­sins du centre-ville étaient vides. J’avais un pe­tit ami à Co­lom­bier dont le père était au chô­mage. Un in­gé­nieur qua­li­fié qui s’est pré­sen­té des quan­ti­tés de fois, sans suc­cès. Heu­reu­se­ment sa femme a fi­ni par trou­ver quelque chose. Cette his­toire m’a beau­coup tou­chée.

Quels sont les bons sou­ve­nirs que vous gar­dez?

Le lac, évi­dem­ment! Les sor­ties et sur­tout le «Cercle». C’était gé­nial. Le Cercle, c’est un lo­cal qui est ou­vert toute la nuit. Il existe en­core d’ailleurs. Bon, main­te­nant c’est mar­qué Unia sur la de­van­ture, ce n’est sans doute pas la meilleure adresse pour une PLR.

Avez-vous en­core des liens avec Neu­châ­tel? Il pa­raît que vous avez rem­pla­cé un conseiller fé­dé­ral pour le Fes­ti­val in­ter­na­tio­nal du film… C’est Alain Ber­set qui me l’a pro­po­sé. J’ai tout de suite ac­cep­té. Du coup, on a ar­ran­gé une ren­contre avec le Con­seil d’état. On a bu un verre au Châ­teau. On a par­lé de plein de su­jets. C’était su­per.

Pen­sez-vous bien connaître les Ro­mands?

La Suisse ro­mande fait par­tie de mon iden­ti­té. J’éprouve pour Neu­châ­tel un sen­ti­ment dif­fi­cile à ex­pli­quer, quelque chose de pro­fond. C’est comme un grand amour, ça fait par­tie de moi, de ma jeu­nesse. Je connais bien le can­ton de Vaud pour y avoir fait des va­cances en La­vaux, et j’aime beau­coup Ge­nève. Je sais qu’un Ju­ras­sien n’est pas comme un Ge­ne­vois. Et lors­qu’un Neu­châ­te­lois me parle du haut et du bas, je com­prends de quoi il parle.

Vous sou­riez plus en fran­çais qu’en al­le­mand. Est-ce votre langue de coeur?

C’est une bonne ob­ser­va­tion. Je pense que c’est sur­tout une ques­tion de culture. Par­fois, mon ma­ri me dit quand je suis avec mes amis ro­mands, il ne me re­con­naît pas. Ici, en Suisse orien­tale, on est plus ré­ser­vé. Les gens ne vous sautent pas au cou pour vous sa­luer.

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