Le JT à L’EPFL: «good news»!

Le Matin Dimanche - - CHRONIQUES - Me­tin Ar­di­ti Écri­vain, en­voyé spé­cial de l’unes­co pour le dia­logue in­ter­cul­tu­rel

Le dé­mé­na­ge­ment an­non­cé de la Té­lé­vi­sion ro­mande de Ge­nève à Lau­sanne est fi­na­le­ment une ex­cel­lente dé­ci­sion. Mieux même: une évi­dence.

Je l’ad­mets, la pers­pec­tive de voir le JT dé­mé­na­ger de la Tour à Lau­sanne m’a d’abord ir­ri­té. Après les pro­messes qui avaient sui­vi le non à «No Billag», le temps du dé­pe­çage était-il ve­nu? La Té­lé­vi­sion suisse ro­mande, la TSR, comme on a tou­jours dit, c’était, c’est du Ge­nève pur sucre, une ins­ti­tu­tion g’neu­voise, de­puis les temps hé­roïques de Re­né Schen­ker et du parc Mon Re­pos jus­qu’à la ma­gni­fi­cence, genre «de bleu de bleu», du siège au quai Er­nest-an­ser­met. Trans­fé­rer les news, ce n’était pas seule­ment bles­ser la RTS, c’était am­pu­ter Ge­nève. Je me suis alors fait deux ré­flexions. La pre­mière m’a sur­pris. Après presque cin­quante ans dans la ville de Cal­vin, se­rais-je de­ve­nu, en­fin, un vrai G’neu­vois, râ­leur et at­ta­ché à sa ville jus­qu’à l’aveu­gle­ment? J’ai conclu que oui et m’en suis ré­joui. La se­conde al­lait dans un sens op­po­sé. Il conve­nait de faire une ana­lyse qui dé­passe l’es­prit de bis­trot et d’y in­clure la com­po­sante EPFL, une ins­ti­tu­tion que je connais bien, avec la­quelle j’ai une longue his­toire (j’y ai étu­dié, en­sei­gné, et suis membre de son con­seil stra­té­gique).

Bien sûr, un dé­mé­na­ge­ment pré­sente tou­jours des in­con­vé­nients. Mais lorsque, dans le cas pré­sent, on éta­blit la liste des avan­tages qu’offre ce­lui du JT à L’EPFL, on ne peut s’em­pê­cher de s’écrier: good news!

Le re­grou­pe­ment de l’in­for­ma­tion ra­dio et té­lé­vi­sion sur le site de L’EPFL – vé­ri­table «Cam­pus In­fo» – per­met­tra des éco­no­mies d’échelle. C’est là son avan­tage im­mé­diat, ce­lui qui a été le plus sou­vent évo­qué. C’est peut-être le moins in­té­res­sant de tous.

Ce re­grou­pe­ment per­met­tra à l’in­for­ma­tion de la RTS d’al­ler dans le sens de l’his­toire, d’at­teindre une taille cri­tique qui la met­tra en si­tua­tion plus com­pé­ti­tive dans le monde des grands mé­dias, qui lui-même se re­groupe de ma­nière inexo­rable.

Cette réunion de deux modes d’in­for­ma­tion – le son et l’image – se­ra une chance pour les jour­na­listes qui y par­ti­ci­pe­ront. Ils y trou­ve­ront l’oc­ca­sion d’un en­ri­chis­se­ment pro­fes­sion­nel. Ils en res­sor­ti­ront – s’ils le sou­haitent, si un jour il le faut – bien plus at­trac­tifs aux yeux d’un autre em­ployeur.

Le site de L’EPFL, c’est aus­si le «vil­lage Écu­blens», le lieu de nom­breuses start-up, la pos­si­bi­li­té d’éta­blir des liens de proxi­mi­té avec la nou­velle éco­no­mie, la nou­velle in­dus­trie, les grandes aven­tures du siècle, dont les di­men­sions sont à la fois scien­ti­fiques, éco­no­miques et so­cié­tales. À la RTS, en par­te­na­riat avec L’EPFL, de consti­tuer les fo­rums qui per­met­tront au «vil­lage Écu­blens» de nour­rir le «Cam­pus In­fo». Il y au­ra là une op­por­tu­ni­té ex­cep­tion­nelle pour l’un au­tant que pour l’autre.

De la même ma­nière, la proxi­mi­té entre le «Cam­pus In­fo» et ce qui consti­tue le coeur de L’EPFL, la re­cherche fon­da­men­tale, se­ra pour ses jour­na­listes une source d’in­for­ma­tions unique et, sur­tout, l’oc­ca­sion d’une vi­sion sur le Monde.

Ré­ci­pro­que­ment, du point de vue de L’EPFL, l’exis­tence d’un vé­ri­table cor­don om­bi­li­cal entre lui et le monde de l’in­for­ma­tion dans sa forme la plus abou­tie se­ra une au­baine. À lui d’en sai­sir l’oc­ca­sion. Je ne vois nulle part ailleurs sur la pla­nète d’ins­ti­tu­tion de même rang qui soit au bé­né­fice d’un tel dis­po­si­tif.

En­fin, le fait que sur le site de L’EPFL la RTS com­mu­nique non seule­ment par le son mais aus­si par l’image change la donne, pour ce qui est du bé­né­fice que l’école peut en ti­rer. Outre la pos­si­bi­li­té de par­ta­ger le pro­duit de ses ré­flexions et de ses re­cherches, elle au­ra l’oc­ca­sion de dé­ve­lop­per, en in­terne, des ta­lents de com­mu­ni­ca­tion dont l’ins­ti­tu­tion, ses pro­fes­seurs et ses cher­cheurs pour­raient ti­rer le plus grand bé­né­fice.

Le JT à Lau­sanne? Une évi­dence.

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