Le ca­sier de Ben­ja­min An­to­niet­ti, «ce bor­dé­lique mor­ceau d’iden­ti­té qui a connu deux pa­ti­noires, bien­tôt trois»

Le Matin Dimanche - - SPORTS -

Ben­ja­min An­to­niet­ti écarte ses cuis­settes et son plas­tron, ran­gés se­lon une règle d’équipe: «Tu vois le lion gra­vé sur le bois. C’est un dé­tail mais quand je re­garde ce ves­tiaire, je vois un en­droit abou­ti. Ça pue certes. Mais c’est bien ran­gé, il y a une ligne di­rec­trice. Et puis ces ca­siers, ce sont ceux de la sai­son de la pro­mo­tion. On les a pris avec nous en quit­tant le Vieux Mal­ley. C’était une bonne idée pour s’ap­pro­prier les murs.» Lo­ca­taire d’une pa­ti­noire éphé­mère, le LHC a donc choi­si de conser­ver le lien par l’es­sen­tiel. Ce pe­tit rec­tangle à soi au coeur d’un joyeux ca­phar­naüm. «J’ai res­sen­ti et par­ta­gé mes émo­tions les plus fortes as­sis ici. C’est un en­droit qui est à la fois in­time et en­glo­bant. On est entre nous.»

«Un ves­tiaire se res­sent»

«Entre nous»: com­pre­nez seul, à deux, trois ou vingt-cinq, se­lon les hu­meurs et l’éner­gie du mo­ment. «Moi je suis bor­dé­lique. Heu­reu­se­ment il y a le coffre là­des­sous, j’y jette tout. Si je l’ouvre, tu vas cra­quer. Et puis je parle beau­coup. On ne pour­rait pas mettre un gars aus­si dis­si­pé à cô­té de moi pen­dant neuf mois, ce se­rait une ca­tas­trophe. Au­jourd’hui (ven­dre­di), j’ai chan­gé de voi­sin: le nou­vel étran­ger (Co­ry Em­mer­ton) s’est ins­tal­lé: bonne chance à lui!» Ben­ja­min An­to­niet­ti se marre, es­quive les vannes ex­hi­bi­tion­nistes de ses co­équi­piers et chambre Mat­teo No­da­ri. «J’ai­me­rais pro­fi­ter pour pas­ser un coup de gueule: on a un vrai pro­blème dans ce ves­tiaire: un DJ tes­si­nois qui passe du rap fran­çais. Il faut in­ter­ve­nir.»

Pris dans le tour­billon d’une fin de ma­ti­née po­tache, le Vau­dois joue la carte de la dé­ri­sion, sans par­ve­nir à ca­cher la gé­né­ro­si­té et la to­lé­rance qui en font un ci­ment du lieu. «Ils sont cons… Mais c’est comme ça en vrai. Le ves­tiaire, ce n’est pas une salle de presse, il n’y a pas d’élé­ments de lan­gage. Tu ne peux pas tri­cher, pas men­tir.» Et «Moi­neau» d’ex­pli­quer ce «monde en soi» qu’il ob­serve de­puis son poste de vi­gie. «Un ves­tiaire se res­sent. Il dé­gage une éner­gie qui n’est ja­mais neutre C’est dur de mettre les mots. Ses dy­na­miques va­rient parce qu’il est tra­ver­sé par la vie: il y a les jours sans et ceux où tu as be­soin de rire. Ce que j’aime ici, c’est qu’on ne force per­sonne: Si tu n’as pas en­vie, tu peux juste t’as­seoir et écou­ter.» Ben­ja­min An­to­niet­ti ne se fait pas de sou­ci; il trou­ve­ra le moyen d’ac­cueillir le nou­veau comme il prend soin de ceux qui res­tent. «Il faut juste s’in­té­res­ser à l’autre, par pe­tites touches. En fait, on se connaît tous très bien. Et si un gars change, il faut es­sayer de com­prendre pour­quoi. Au fi­nal, le ves­tiaire est l’en­droit où l’on a en­vie d’être, dans les bons ou les mau­vais mo­ments.»

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