Ke­vin Fi­ckent­scher et «son» cou­loir d’échauf­fe­ment: «le bruit des cram­pons sur le sol an­nonce que la ba­taille va bien­tôt dé­bu­ter»

Le Matin Dimanche - - SPORTS -

Ce ne de­vrait être qu’un cou­loir, entre-deux monde uni­forme tout juste égayé par trois vé­los et une grille pour la­ver ses cram­pons. Du­rant la se­maine, ce n’est d’ailleurs qu’un cou­loir. Sans bruit ni âme. Mais tous les quinze jours, un étrange bal­let ra­mène le lieu à la vie. «Ce que j’aime ici, c’est que tout res­pire le match. Je m’ins­talle et j’en­tends le bruit des cram­pons sur le sol plas­ti­fié. Ce bruit an­nonce que la ba­taille va bien­tôt com­men­cer.» Au fond, le ves­tiaire du FC Sion. Der­rière la porte fer­mée, la lu­mière de Tour­billon un jour de match. Et au mi­lieu, dans ces quelques mètres car­rés sans in­trus ni ca­mé­ra, Ke­vin Fi­ckent­scher dé­roule son ri­tuel d’échauf­fe­ment. «D’abord un peu de vé­lo pour la mise en route. Puis je prends le ta­pis et je m’ins­talle pour m’éti­rer et chauf­fer mes ar­ti­cu­la­tions, seul dans mon coin.»

De l’autre cô­té: Li­ver­pool

Seul, le gar­dien va­lai­san ne le res­te­ra pas long­temps. «Ce sont tou­jours les mêmes qui sortent dans le cou­loir. Cha­cun trouve sa place, se met un peu en quin­conce et fait son truc.» Le fu­gace temps du «je» cède sa place à ce­lui du «nous». «Cer­tains ont leur casque, moi pas. Dans ce cou­loir, j’aime faire un peu le vide, me re­pas­ser des images po­si­tives: un bel ar­rêt, une re­lance bien do­sée. Mais ce­la ne dure pas long­temps et je suis tou­jours ou­vert à la dis­cus­sion. C’est aus­si l’en­droit où l’on se rap­pelle une consigne, où l’on res­serre en­core un peu les liens.»

Puisque le FC Sion ne s’en­traîne plus à Tour­billon, ce cou­loir est de­ve­nu le gar­dien des ins­tants rares. Comme ce­lui cap­té par cette porte qui s’en­trouvre un soir d’oc­tobre 2015. «On aper­ce­vait les joueurs de Li­ver­pool qui s’échauf­faient comme ils pou­vaient. Tous des gars qui avaient joué des Coupes du monde, ga­gné des titres et ils fai­saient comme nous. D’un coup, le lieu pre­nait une autre di­men­sion.» Reste que les Sé­du­nois n’ont pas be­soin de croi­ser les Reds pour s’ex­traire de la rou­tine. De­ve­nus simples lo­ca­taires, ils ne pos­sèdent plus les re­pères d’une époque où Tour­billon était leur mai­son. Un han­di­cap? «Si l’on parle de re­pères vi­suels, comme gar­dien, c’est vrai que je n’ai que l’échauf­fe­ment pour les re­trou­ver. Pour le reste, peut-être que le ves­tiaire est moins per­son­na­li­sé. Mais à l’in­verse, je suis tou­jours ex­ci­té de re­trou­ver mon cou­loir. Car même si j’aime notre ves­tiaire de Mar­ti­gny, on n’y re­trouve pas la même adré­na­line. À Tour­billon, tu n’es pas là pour es­sayer, pro­gres­ser ou ri­go­ler. Tu es là pour ga­gner. On vit le mé­tier plus in­ten­sé­ment. Et c’est dans le cou­loir que tout com­mence.»

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