Pour­quoi cette course my­thique est à la fois «hor­rible et ma­gique»

Le Matin Dimanche - - TRIATHLON -

Il y a 42 tri­ath­lons «Iron­man» à tra­vers le monde. Tous se dis­putent se­lon le même sché­ma: 3,8 km de na­ta­tion, 180 de vé­lo et 42,195 de course à pied. Pour­quoi ce­lui d’ha­waii est-il le plus re­dou­té?

D’abord, parce qu’il pré­ci­pite les ath­lètes dans un four à air chaud: les vents peuvent at­teindre 80 km/h, la tem­pé­ra­ture avoi­si­ner les 40 de­grés et le taux d’hu­mi­di­té dé­pas­ser les 80%. «On a l’im­pres­sion d’être écra­sé, mais il faut avan­cer», image Guin­chard. Et avan­cer n’est pas évident sur ce par­cours aux dif­fi­cul­tés sour­noises, à com­men­cer par les «longues vagues» de l’océan, «qui n’ont rien à voir avec des plans d’eau douce tout jo­lis», re­marque Gau­din.

Viens le vé­lo et ses ter­ribles lignes droites qui n’offrent au­cun ré­pit. «Le tra­cé est un al­ler-re­tour em­prun­tant une au­to­route sur la­quelle il faut sans cesse pé­da­ler», ren­seigne Guin­chard. Le re­tour se fait sou­vent face au vent, et au pire mo­ment de la jour­née (vers 13 h, quand le so­leil rô­tit les car­casses). «On vit alors de grands mo­ments de so­li­tude, avoue Guex. On a mal à la nuque, aux fesses. On a des crampes. On a en­vie de lan­cer le vé­lo dans la lave. Le ma­ra­thon, c’est presque une dé­li­vrance.» Fa­çon de par­ler. «Si le ré­ser­voir est vide en course à pied, vous sé­chez au bord de la route», concède Guex. Ha­waii ne par­donne rien. «Sur n’im­porte quelle course de qua­li­fi­ca­tion, vous pou­vez cor­ri­ger le tir si vous faites une er­reur. Mais ici c’est im­pos­sible», ob­serve Guin­chard.

Pour ne rien ar­ran­ger, les ad­ver­saires sont aus­si hos­tiles que le ter­rain. «Tu re­des­cends sur terre. Il y a les meilleurs du monde», pré­cise Gau­din. Guin­chard: «En 2016 à Zu­rich, je suis sor­ti 2e de l’eau; la même an­née à Ha­waii, j’étais 46e.» Les plus forts mettent un peu plus de 8 h (le re­cord mas­cu­lin est dé­te­nu par Lange en 8 h 01; le fé­mi­nin par Ryf en 8 h 46) pour bou­cler la course. Ils y laissent une par­tie d’eux-mêmes, 10 000 ca­lo­ries et 4% de leur poids (soit 3,5 kg pour un homme qui en fait 80) mais ils re­vien­dront, c’est cer­tain. Parce que cette course, «à la fois hor­rible et ma­gique» (Gau­din), «reste l’épreuve la plus dure et en même temps la plus gra­ti­fiante» (Guin­chard).

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