Nor­bert Joz­sa: «Gar­dien de hand, c’est un sport de com­bat»

Le Matin Dimanche - - LA PLANÈTE SPORTIVE -

Hand­ball «J’avais 9 ou 10 ans lorsque j’ai com­men­cé le hand­ball, comme presque tous les en­fants de mon école – j’ai gran­di à Ozd (ndlr: pe­tite ville hon­groise à la fron­tière slo­vaque), où il y a une équipe de 1re di­vi­sion. Mais en plus d’être gau­cher, j’avais des pro­blèmes d’asthme, donc je ne pou­vais pas trop cou­rir. Alors je suis de­ve­nu gar­dien, comme ça, un peu par ha­sard.

»C’est vrai qu’il faut être fou pour faire ça. Le pre­mier jour, je suis ve­nu avec mon short et mon po­lo, comme les autres. Et puis j’ai vite com­pris qu’il fal­lait se pro­té­ger. Au dé­but, on se fait mal par­tout – je me suis fou­lé les poi­gnets et à peu près tous les doigts –, on a peur de la balle. La pre­mière chose, c’est vaincre cette peur: sur un tir en ex­ten­sion, l’at­ta­quant se trouve à deux ou trois mètres de toi et le bal­lon part à 80 ou 100 km/h. Et puis ce n’est pas comme au foot­ball – j’y ai aus­si joué aux buts –, où tu as quatre ou cinq bal­lons à né­go­cier par match. Là, nous en avons des di­zaines et des di­zaines. Gar­dien de hand­ball, en fait, c’est un sport de com­bat, où tu dois pa­rer des coups.

»À 15-16 ans en­core, j’hé­si­tais à faire autre chose. Mais on me di­sait que j’étais bon, alors j’ai conti­nué (ndlr: après une car­rière pro­fes­sion­nelle en Hon­grie, égayée par un titre de vice-cham­pion du monde de beach hand­ball en 2010, il signe à Cris­sier, où il est tou­jours gar­dien, ca­pi­taine et en­traî­neur des autres por­tiers du club de 1re ligue). Le gar­dien, avec ses confrères – il y a plus de chan­ge­ments qu’au foot –, c’est une équipe dans l’équipe.

»Le gar­dien, c’est aus­si le seul qui ne peut rien chan­ger à une er­reur – ça fait goal. Le point po­si­tif, c’est qu’il y a plein d’oc­ca­sions de se rat­tra­per. Les ar­rêts, c’est bien sûr im­por­tant. Mais il faut aus­si beau­coup par­ler, di­ri­ger sa dé­fense – on voit des choses que les autres ne voient pas. Dans le ves­tiaire aus­si, on est im­por­tant.

»J’ai connu beau­coup de gar­diens et je ne peux pas vous don­ner un pro­fil psy­cho­lo­gique type. Cer­tains sont très calmes, d’autres n’ar­rêtent pas de gueu­ler. C’est une ques­tion de ma­tu­ri­té, je crois. Jeune, j’ai beau­coup hur­lé. Main­te­nant, avec l’âge (ndlr: 36 ans), je suis plus tran­quille, d’au­tant que je suis ca­pi­taine.

»Ce poste a un cô­té ex­tré­miste: vous pou­vez être le hé­ros ou le lo­ser, très ex­po­sé aux cri­tiques. Mais dans les deux cas, c’est un rôle-clé. J’aime cette ten­sion entre le tout ou rien, cette res­pon­sa­bi­li­té. Men­ta­le­ment, il faut être au top. Sa­voir ou­blier son er­reur quand on en com­met une – moi c’est après les matches que je ré­flé­chis, trop par­fois.»

DR

Nor­bert Joz­sa, ici sous le maillot Cris­sier-west, a connu le monde pro­fes­sion­nel en Hon­grie.

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