Pa­pables et pa­labres pour truc en or

Le Matin Dimanche - - CHRONIQUES - Si­mon Meier Jour­na­liste

Le Bo­rus­sia Dort­mund ju­vé­nile et vi­re­vol­tant de Lu­cien Favre fait «cha­vi­rê­ver» les foules, l’ul­tra­po­pu­laire Union Ber­lin d’urs Fi­scher est tou­jours in­vain­cu en 2e Bun­des­li­ga; ni le Cel­tic Glas­gow ni les Glas­gow Ran­gers ne fi­gurent par­mi les deux pre­miers du cham­pion­nat d’écosse après huit jour­nées, ce qui pré­sage d’un pos­sible quoique en­core hy­po­thé­tique ca­ta­clysme bi­sé­cu­laire; d’autres géants conti­nen­taux (Real Ma­drid, Bar­ce­lone, Bayern Mu­nich, Man­ches­ter Uni­ted) connaissent des ho­quets d’au­tomne dont on com­mence à se de­man­der s’ils ne don­ne­ront pas quelques bou­tons au prin­temps; le FC Lu­cerne vient de re­lan­cer tout le sus­pense en Su­per League, grâce à sa vic­toire au Stade de Suisse, tan­dis que l’équipe na­tio­nale a di­gé­ré d’un coup l’en­semble de ses sou­cis es­ti­vaux en re­ve­nant à ses fon­da­men­taux his­to­riques: la dé- faite ho­no­rable face à un ad­ver­saire au fi­nal su­pé­rieur.

Bref, la sai­son de foot­ball avait hy­per­bien dé­bu­té, avec des équipes ro­mandes à la hau­teur des at­tentes pour­tant ul­traé­le­vées (rires). Le rêve ger­mait de par­tout, la ma­gie dé­gou­li­nait. Jus­qu’à ce que frappe le mil­diou; ce sa­ta­né Bal­lon d’or qui, cette an­née plus que ja­mais ce qui n’est pas peu dire, pol­lue bien des es­prits et ba­foue bien des va­leurs. Et le col­lec­tif, bor­del? Donne ta balle, ou­blie ta gueule et pense à l’équipe!

Il faut dire que quelque chose a chan­gé, en 2018. Lio­nel Mes­si et Cris­tia­no Ro­nal­do, ou alors Cris­tia­no Ro­nal­do et Lio­nel Mes­si parce qu’on ne vou­drait sur­tout frois­ser per­sonne, qui trustent le tro­phée sans par­tage de­puis 2008 (cinq vic­toires cha­cun), sont a prio­ri mûrs pour lâ­cher leur sceptre conjoint. Le Por­tu­gais et l’ar­gen­tin, par­don l’ar­gen­tin et le Por­tu­gais, sont tou­jours as­sez stra­to­sphé­riques. Mais leurs per­for­mances mo­destes (si, si) de l’été pas­sé sur les pe­louses russes de­vraient leur être fa­tales. De quoi élar­gir la liste des can­di­dats po­ten­tiels, ai­gui­ser les ap­pé­tits per­son­nels et sa­lir les am­bi­tions propres de ceux qui, jus­qu’ici, n’avaient pas le droit d’es­pé­rer.

Le Bal­lon d’or, monstre d’égo­tisme et de brillance ex­té­rieure, in­ven­tion de jour­na­listes afin de meu­bler la pause hi­ver­nale à l’époque où il y en avait en­core une, s’est mué en fléau tout court. Pire que l’évic­tion scan­da­leuse des ra­cleurs an­ces­traux sous la tente à Tour­billon. Pire qu’une des­cente po­li­cière dans les mi­lieux de la ma­fia foot­bal­lis­tique, dont on a es­sayé de nous faire croire cette se­maine qu’elle of­fi­ciait uni­que­ment en Bel­gique. Le Bal­lon d’or, c’est l’an­ti­foot­ball par ex­cel­lence. Sur­tout quand ça tourne à une telle cam­pagne po­li­tique, émaillée de sou­tiens mes­quins et de piques grasses. Ou quand pa­pables lé­gi­times et pa­labres gra­tuites donnent un cock­tail dis­cu­table.

Alors qu’il n’y a rien à dé­battre, dans le fond. Exit An­toine Griez­mann, qui pense trop à ça, hors course Lu­ka Mo­dric, Eden Ha­zard et autre Ky­lian Mbap­pé. Ce­lui qui le mé­rite, puis­qu’il faut bien l’at­tri­buer main­te­nant, c’est Ra­phaël Va­rane. Pour­quoi lui? Un peu parce qu’il a très ac­ti­ve­ment contri­bué aux sacres du Real Ma­drid (Ligue des cham­pions) et de l’équipe de France (Coupe du monde) ces der­niers mois. Aus­si parce que le dé­fen­seur cen­tral a su al­lier, à sa classe na­tu­relle, une so­li­di­té ex­trême et une re­dou­table ef­fi­ca­ci­té. Mais la pre­mière rai­son pour la­quelle on au­rait en­vie de don­ner le «Graal» au bris­card de 25 ans, c’est parce qu’il est le seul à ne rien faire pour l’ob­te­nir.

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