«J’ai l’am­bi­tion que le seul Sa­lon de l’au­to eu­ro­péen soit à Ge­nève»

Oli­vier Rihs se­ra of­fi­ciel­le­ment di­rec­teur de­puis fé­vrier pro­chain. Ob­ser­va­teur en 2019, il pren­dra les com­mandes de l’édi­tion 2020 du Sa­lon de l’au­to de Ge­nève.

Le Matin Dimanche - - AUTO - GIL EGGER

Le GIMS (Ge­ne­va In­ter­na­tio­nal Mo­tor­show) fê­te­ra ses 90 ans en 2020. Son vi­sage est dé­jà des­si­né pour 2019 (lire in­ter­view ci­des­sous), les chan­ge­ments in­ter­vien­dront en­suite. Un dé­fi que les or­ga­ni­sa­teurs ont dé­ci­dé de re­le­ver avec un nou­veau di­rec­teur, Oli­vier Rihs. Nous l’avons ren­con­tré.

Comment en­vi­sa­gez-vous votre tâche? C’est un gros chal­lenge. En même temps que le sa­lon doit évo­luer, c’est tout une in­dus­trie qui se trans­forme. Pen­dant des an­nées la de­mande pour des sur­faces d’ex­po­si­tion était plus grande que l’offre. Ce­la a chan­gé. À par­tir de là, il faut do­ré­na­vant or­ga­ni­ser un évé­ne­ment au­quel tout le monde veut par­ti­ci­per. L’au­to­mo­bile au­jourd’hui, ce n’est plus seule­ment des construc­teurs, c’est un éco­sys­tème. Il faut faire ve­nir les ac­teurs qui par­ti­cipent à cet éco­sys­tème. Par exemple, le groupe Re­nault-nis­san s’est mis avec Google pour tout ce qui touche à l’in­ter­con­nec­ti­vi­té. Dans un sa­lon de la mo­bi­li­té, Google a sa place, Uber a sa place. Tout doit être in­ter­ac­tif. Les gens veulent sa­voir: «De­main, comment je vais de A jus­qu’à B?» Un jour, en Suisse, nous se­rons cer­tai­ne­ment 10 mil­lions. Si on prend le bu­si­ness mo­del d’au­jourd’hui avec une de­mi-voi­ture par per­sonne, deux mil­lions de nou­veaux ha­bi­tants, ce­la veut dire 1 mil­lion de vé­hi­cules en plus sur les routes. On les met où? Ce n’est tout sim­ple­ment, phy­si­que­ment, plus pos­sible. On perd beau­coup de temps dans les bou­chons, rou­ler n’est plus for­cé­ment un plai­sir, ce­la doit le re­de­ve­nir. Les construc­teurs le savent per­ti­nem­ment et ont dé­jà com­men­cé à se ré­in­ven­ter pour ré­pondre aux nou­veaux dé­fis qui se pré­sentent.

Les construc­teurs vont-ils com­prendre ce dis­cours?

Oui! Pour illus­trer ce chan­ge­ment la vi­sion de BMW est claire: dans cinq ans, ils es­timent qu’ils vont construire moins de vé­hi­cules, c’est im­pres­sion­nant pour un construc­teur! Ils disent en même temps qu’ils vont pas­ser de 30 mil­lions de clients à

100 mil­lions dans les cinq ans. De 30 à

100 mil­lions d’uti­li­sa­teurs, ce qui ex­plique pour­quoi ils ont ache­té et in­té­gré dans leur stra­té­gie des places de par­cage, des bornes élec­triques, un sys­tème d’or­ga­ni­sa­tion de par­tage de vé­hi­cules et de lo­ca­tion. Pour les sa­lons, ce se­ra je pense comme dans le bu­si­ness In­ter­net: le vain­queur va tout prendre. Il n’y au­ra de la place que pour un sa­lon par conti­nent. Mon am­bi­tion est que ce soit Ge­nève pour l’eu­rope.

Comment peut-on dé­crire le sa­lon pour le fu­tur vi­si­teur?

Il doit pou­voir dire: main­te­nant je sais comment or­ga­ni­ser ma mo­bi­li­té de de­main. Avec la réa­li­té aug­men­tée, on peut ima­gi­ner beau­coup de choses. Pour le sa­lon, il fau­drait dé­jà in­ves­tir dans une pla­te­forme di­gi­tale per­for­mante pour faire en sorte que l’in­ter­ac­tion entre les vi­si­teurs et les ex­po­sants puisse se faire. Il convient de dif­fé­ren­cier ce qui concerne le B to B et ce qui concerne le pu­blic. Pour le bu­si­ness, il faut ou­vrir à de nou­veaux ac­teurs. Le World Eco­no­mic Fo­rum, à Da­vos, or­ga­nise un fo­rum sur la mo­bi­li­té. Pour­quoi ne pas le faire à Ge­nève, avec eux? C’est don­ner une pla­te­forme à cet éco­sys­tème, pou­voir dire comment on or­ga­nise la mo­bi­li­té du fu­tur, que ce soit en Chine, aux États-unis ou en Eu­rope. Il ne faut pas ou­blier la par­tie émo­tion­nelle. La voi­ture fas­cine en­core et tou­jours. Les gens viennent pour pou­voir sen­tir, tou­cher, re­gar­der. Ce sont les 650 000 vi­si­teurs de Ge­nève. De nos jours, on peut vi­si­ter n’im­porte quel pays, n’im­porte quel en­droit vir­tuel­le­ment, pour­quoi pas le sa­lon? Le vi­si­teur de de­main doit pou­voir in­ter­agir. Si on peut voir le sa­lon de­puis Pun­ta del Este ou Ban­ga­lore, ce­la peut in­ci­ter des marques à se dire: je n’ai pas 650 000 per­sonnes en une fois, j’en ai 10, 20 ou 30 mil­lions. Est-ce que c’est fai­sable, comment? En 2019, je vais beau­coup re­gar­der, écou­ter. En­suite, avoir une vi­sion et la pré­sen­ter. Le Sa­lon 2020 mar­que­ra la 90e édi­tion, une étape très im­por­tante, nous pour­rons sen­tir si cette évo­lu­tion va dans le bon sens ou pas.

Ce­la ne vous laisse pas beau­coup de temps…

J’en suis conscient, ce­la ne me fait pas peur. Je conçois un pro­jet am­bi­tieux, mais mo­ti­vant. En pen­sant aux jeunes, on parle d’e-sport, pour­quoi ne pas or­ga­ni­ser une com­pé­ti­tion, avec des games de course? Pour­quoi ne trans­por­te­rait-on pas les gens de­puis les par­kings dans des voi­tures qui se conduisent toutes seules? De­puis 2018 d’ailleurs un bus au­to­nome a ame­né les vi­si­teurs de­puis les par­kings jus­qu’au Sa­lon… Nous res­tons sou­vent trop tra­di­tion­nels. Nous de­vons évo­luer car le monde, les be­soins et les at­tentes des clients et des marques changent très ra­pi­de­ment. Tout ça fait qu’au­jourd’hui il faut se ré­in­ven­ter. Le sa­lon a vé­cu 89 édi­tions, ce n’est pas pour rien. Je ne suis pas ce­lui qui va tout je­ter, il y a beau­coup de choses très po­si­tives. Je suis en­ga­gé à plein temps et je me ré­jouis de re­le­ver ce dé­fi avec les membres de la fon­da­tion du Sa­lon de l’au­to ain­si que tous les ac­teurs de l’in­dus­trie de l’au­to­mo­bile. au­to.le­ma­tin.ch

Re­trou­vez la vi­déo

Pho­tos DR

La fré­quen­ta­tion du Ge­ne­va In­ter­na­tio­nal Mo­tor­show reste éle­vée: entre 650 000 et 700 000 vi­si­teurs.

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