La star et YSL, les robes de leur his­toire d’amour

Cou­tu­rier, il était ce­lui qui ha­billait la plus grande star de France. Plus qu’une égé­rie, son image est de­ve­nue celle d’yves Saint Laurent. L’ac­trice ven­dra chez Ch­ris­tie’s plus de 300 de ses robes en jan­vier à Pa­ris.

Le Matin Dimanche - - LA UNE - CH­RIS­TOPHE PAS­SER

«Je l’ap­pelle «Ca­the­rine, ma dou­ceur», elle m’en­voie des roses pâles.» C’est ain­si qu’il par­lait d’elle. «Pas un an­ni­ver­saire, pas un mo­ment im­por­tant de ma vie où je ne re­çoive des fleurs, un mot char­mant d’yves Saint Laurent.» C’est comme ce­la qu’elle par­lait de lui.

Un jour de 1965, elle avait 22 ans, était une ac­trice dé­bu­tante. Ca­the­rine De­neuve avait re­çu une in­vi­ta­tion un peu spé­ciale: quelques se­maines plus tard, il s’agis­sait pour elle de se rendre à une soi­rée lon­do­nienne où elle ren­con­tre­rait la reine Eli­sa­beth II. De­neuve a alors dé­cou­pé une photo dans un jour­nal, une robe d’yves Saint Laurent de la «col­lec­tion russe». Elle s’est ren­due au 30 bis, rue Spon­ti­ni, Pa­ris, où un jeune homme qui n’avait pas 30 ans, et dont la marque en avait moins de trois, a re­çu la jeune femme. Elle ra­conte: «Ça a amu­sé tout le monde qu’une fille aus­si jeune, presque in­con­nue, se paie une robe de haute cou­ture et, de sur­croît, un mo­dèle qui avait dé­jà près d’un an. C’était un long four­reau de crêpe blanc, avec un plas­tron bro­dé rouge, très slave, très pur, très strict, que j’ai por­té à Londres pour être pré­sen­tée à la reine. […] On s’est connus à ce mo­ment-là. Et j’ai conti­nué à al­ler chez Saint Laurent. Ce qui, pour ma bourse, était alors quelque chose d’ab­so­lu­ment dé­rai­son­nable. N’ou­blions pas que le prêt-à-por­ter n’est ve­nu qu’en 1969-1970.»

L’an­née sui­vante, en 1966, c’est elle qui conseille­ra à Luis Buñuel, pour le­quel elle joue «Belle de jour», de de- man­der à Saint Laurent de lui faire ses cos­tumes. C’est une idée gé­niale. Le cou­tu­rier, qui dé­teste la mode bour­geoise, in­vente un genre et un style pour cette bour­geoise-là, qui se pros­ti­tue l’après-mi­di dans une mai­son close de luxe. C’est strict et trou­blant, ci­ré de vi­nyle ou pe­tit col d’éco­lière.

De­neuve et Saint Laurent ne se quit­te­ront plus. Toute sa vie, elle portera ses créa­tions. Elle sau­ra dire de lui qu’il ne des­si­nait pas une mode pour ca­cher les dé­fauts des femmes, ce tic des mau­vais tailleurs, mais seule­ment pour les rendre belles. Elle di­ra l’épure des lignes, et le mi­racle des ma­tières: «La qua­li­té des tis­sus qu’il em­ploie me donne un plai­sir phy­sique à les por­ter. Dans les robes de Saint

Laurent, il fau­drait être toute nue.»

Vente aux en­chères dans trois mois

Il est mort, il y a dix ans. De­neuve gar­dait ses 300 robes YSL dans une mai­son nor­mande dont elle se sé­pare dé­sor­mais. Alors, cette se­maine, elle a an­non­cé que la mai­son Ch­ris­tie’s met­trait ces 300 lots aux en­chères à la fin du mois de jan­vier pro­chain, après une ex­po­si­tion des mo­dèles du 19 au 24 jan­vier. Par­mi les ra­re­tés, une robe de 1969 qui croi­sa Hit­ch­cock, ou un smo­king noir créé pour les 20 ans de la marque, en 1982. Des mer­veilles por­tées à Cannes ou lors de la cé­ré­mo­nie des Os­cars, aus­si. Les es­ti­ma­tions de départ, sui­vant les pièces, va­rient entre 1000 et 5000 eu­ros. Mais ça par­ti­ra sans doute bien plus haut. Parce qu’il était un gé­nie et qu’elle en fut la plus su­blime des muses. Parce que toutes les robes sont des his­toires d’amour. Parce que tous les vê­te­ments dans les­quels on est ai­mé portent sur eux la mé­lan­co­lie des fan­tômes.

Fran­cois Gra­gnon

De­neuve en Saint Laurent, à l’époque où il vient d’ou­vrir sa nou­velle bou­tique rue de Tour­non, à Pa­ris, à la fin des six­ties.

Ar­chive/get­ty Images

S’in­cli­nant de­vant la reine avec sa pre­mière robe YSL, en 1966. À cô­té d’elle: Ch­ris­to­pher Lee, Ur­su­la An­dress et Woo­dy Al­len.hul­ton

Pierre Guillaud / AFP

Ca­the­rine De­neuve avec Yves Saint Laurent, à Pa­ris en 1987.

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