Les voyages des élus vau­dois conti­nuent à ali­men­ter le ma­laise

Les der­niers scoops sur les liens entre Fre­de­rik Paul­sen et Gé­ral­dine Sa­va­ry ébranlent le tra­vail de la jus­tice qui avait clas­sé l’af­faire. Un élu veut rou­vrir le dos­sier et le confier à un pro­cu­reur hors du canton.

Le Matin Dimanche - - LA UNE - DO­MI­NIQUE BOTTI do­mi­nique.botti@le­ma­tin­di­manche.ch

La jus­tice avait clas­sé l’af­faire. Mais les der­nières révélations sur les liens entre Fre­de­rik Paul­sen et Gé­ral­dine Sa­va­ry re­mettent en cause une en­quête qu’un élu es­time «bâ­clée». Il de­mande la réou­ver­ture du dos­sier.

Le clas­se­ment de l’af­faire pro­non­cé par le pro­cu­reur gé­né­ral vau­dois Éric Cot­tier au­rait dû clore l’af­faire. Fer­mer dé­fi­ni­ti­ve­ment le dos­sier des voyages des élus à l’étran­ger. Ce n’est pas le cas. De ré­centes révélations dans la presse jettent le doute sur le tra­vail du Mi­nis­tère pu­blic. Ce qui fait ré­agir le dé­pu­té Jean-mi­chel Do­li­vo: «C’est une en­quête ali­bi. Elle a été bâ­clée. Il faut rou­vrir le dos­sier et le confier à un pro­cu­reur ex­té­rieur au canton pour ga­ran­tir toute im­par­tia­li­té.»

Le man­dat était pour­tant simple. Le ma­gis­trat devait ex­pli­quer aux Vau­dois si le mi­nistre des Fi­nances Pas­cal Brou­lis (PLR) et la conseillère aux États Gé­ral­dine Sa­va­ry (PS) avaient le droit de voya­ger avec Fre­de­rik Paul­sen, le pa­tron mil­liar­daire de Fer­ring In­ter­na­tio­nal à Saint-prex (VD) qui est aus­si consul ho­no­raire de Rus­sie à Lausanne. Le non-lieu a été ren­du il y a dix jours, sans convaincre. «On nous dit qu’il n’y a pas d’in­frac­tion pé­nale, mais sans le dé­mon­trer. Avec Éric Cot­tier, c’est cir­cu­lez, il n’y a rien à voir», pour­suit le dé­pu­té d’en­semble à Gauche.

Il y a pire, se­lon Jean-mi­chel Do­li­vo. Quelques jours seule­ment après la pu­bli­ca­tion de ce non-lieu, les mé­dias ont tout re­mis en cause. Dans son com­mu­ni­qué, le pro­cu­reur gé­né­ral avait sug­gé­ré que les élus vi­sés avaient «as­su­mé per­son­nel­le­ment les frais de voyage». Et bien «24 heures» a dé­jà dé­mon­tré que ce n’était pas tou­jours le cas. Gé­ral­dine Sa­va­ry a en ef­fet ac­com­pa­gné Fre­de­rik Paul­sen à Gre­nade en 2015. Il lui a of­fert le sé­jour. Prix du ca­deau: 500 francs.

Le ma­gis­trat n’a pas convain­cu sur un deuxième point. Il af­firme que les par­ti­ci­pants à ces voyages n’en ont ti­ré au­cun avan­tage éco­no­mique. Très bien. Mais alors comment in­ter­pré­ter, comme l’a dé­voi­lé la RTS, le fi­nan­ce­ment de la cam­pagne pour le Conseil des États de Gé­ral­dine Sa­va­ry par Fre­de­rik Paul­sen? Elle et son co­lis­tier Vert Luc Re­cor­don ont re­çu cha­cun 4000 francs en 2011 et 5000 francs en 2015. Soit 18 000 francs en tout.

Ce com­mu­ni­qué de presse sou­lève d’autres ques­tions qui res­tent sans ré­ponse (lire ci-des­sous). Les en­quê­teurs étaient-ils au cou­rant de ces nou­veaux faits ré­vé­lés par les mé­dias? Pourquoi une élue vau­doise aqu’un t-elle le droit de voya­ger gra­tui­te­ment en Es­pagne en 2015 avec un pa­tron mil­liar­daire rus­so­phile qui, la même an­née, sou­tient fi­nan­ciè­re­ment sa can­di­da­ture à Berne? Fre­de­rik Paul­sen a-t-il été aus­si gé­né­reux avec la caisse po­li­tique de Pas­cal Brou­lis? Le ma­gis­trat Éric Cot­tier n’a fait au­cun commentaire.

Or­don­nance non pu­blique

Le Mi­nis­tère pu­blic doit pour­tant ré­pondre, es­time Jean-mi­chel Do­li­vo. Et le pro­cu­reur gé­né­ral est le seul à pou­voir le faire de ma­nière ca­té­go­rique. L’or­don­nance de clas­se­ment n’est pas pu­blique. «Et elle est dif­fi­ci­le­ment at­ta­quable en jus­tice», ajoute l’élu d’ex­trême gauche qui est aus­si avo­cat. Le pro­cu­reur n’a pas ou­vert d’en­quête d’of­fice. Il a pro­fi­té de la dé­non­cia­tion de po­li­ti­ciens pour le faire. «Du coup, il n’y a pas de plai­gnant. Ce qui li­mite les pos­si­bi­li­tés de re­cours contre cette dé­ci­sion.» Jean-mi­chel Do­li­vo ré­flé­chit dé­sor­mais à un dé­pôt de plainte qui rou­vri­rait le dos­sier.

Le non-lieu ne dé­çoit pas tout le monde. Gé­ral­dine Sa­va­ry a dé­jà ex­pli­qué avoir joué la trans­pa­rence avec les en­quê­teurs. Le clas­se­ment confirme ce qu’elle a tou­jours pen­sé: ces voyages pri­vés ne sont pas illé­gaux. Pas­cal Brou­lis est du même avis. Nous l’avons contac­té pour sa­voir si Fre­de­rik Paul­sen le sou­te­nait fi­nan­ciè­re­ment. La ré­ponse est brève: «non.» Le mé­cène n’a pas ré­pon­du à nos sol­li­ci­ta­tions.

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