Une Su­per League eu­ro­péenne ne se­rait pas une bonne nou­velle pour le foot­ball suisse

Le Matin Dimanche - - SUISSE -

monde du bal­lon rond soup­çon­nait des ten­sions, mais pas à ce ni­veau. Les trac­ta­tions se­crètes des plus grands clubs en­vi­sa­geant la créa­tion d’une ligue pri­vée eu­ro­péenne, ré­vé­lées par les «Foot­ball Leaks», ont se­coué de nom­breux ac­teurs, cer­tains n’hé­si­tant pas à se dé­cla­rer cho­qués

Il y a de quoi. Les do­cu­ments re­çus par l’heb­do­ma­daire al­le­mand «Der Spie­gel», par­ta­gés avec le consor­tium Eu­ro­pean In­ves­ti­ga­tive Col­la­bo­ra­tions (EIC), ont don­né la me­sure de la pres­sion que les géants ont mise, de­puis 2015, sur L’UE­FA pour ob­te­nir plus d’argent et un par­tage du contrôle de la Ligue des champions. Pour par­ve­nir à leurs fins, les poids lourds ont même ima­gi­né de quit­ter leur ligue na­tio­nale res­pec­tive. Fi­na­le­ment, la con­fé­dé­ra­tion eu­ro­péenne a cé­dé et, en 2016, le pro­jet a été ran­gé dans un tiroir. Mais pas pour très long­temps. Car le 22 oc­tobre 2018, le pré­sident du Real Ma­drid, Flo­ren­ti­no Pé­rez, re­ce­vait un mail qui conte­nait un nou­veau plan très concret d’eu­ro­pean Su­per League à 16 équipes, éla­bo­ré par la so­cié­té Key Ca­pi­tal Part­ners. Une ligue dont les par­ti­ci­pants clubs se­raient les pro­prié­taires. Date de si­gna­ture pré­vue pour cette dé­cla­ra­tion d’in­ten­tion: novembre 2018.

Bal­lon d’essai ou at­taque en règle? Peu im­porte, l’un ou l’autre étant por­té par la même phi­lo­so­phie. «C’est une OPA sur le foot­ball!, lance Raf­faele Po­li, res­pon­sable de l’ob­ser­va­toire du foot­ball CIES. Ces gens ne le voient que comme une vache à lait. Leur vi­sion est mer­can­tile, sans au­cune consi­dé­ra­tion de so­li­da­ri­té pour la py­ra­mide du foot­ball, con­trai­re­ment à ce qu’ils dé­fendent dans les dis­cours of­fi­ciels.» Et le spé­cia­liste d’ajou­ter: «Nous as­sis­tons à une lutte pour l’hé­gé­mo­nie sur les re­ve­nus du foot­ball, jusque dans les féle

dé­ra­tions in­ter­na­tio­nales.» Au­tre­ment dit: les riches en veulent tou­jours plus et ne laissent que les miettes aux pe­tits. Sans états d’âme. En Suisse, un tel pro­jet ne se­rait pas sans consé­quences. Spor­ti­ve­ment, les belles his­toires comme celle vé­cue cet au­tomne par Young Boys en Ligue des champions, qui peut af­fron­ter la Ju­ven­tus et Man­ches­ter Uni­ted, ne se­raient plus pos­sibles. «C’est un rêve de par­ti­ci­per à un cham­pion­nat qui per­met de jouer contre les géants du foot­ball. Ce­la re­pré­sente une part im­por­tante du dé­fi spor­tif. Ce se­rait dom­mage d’en être pri­vé», re­con­naît Clau­dius Schae­fer, di­rec­teur de la Swiss Foot­ball League. Pré­oc­cu­pé, le di­ri­geant compte sur les sta­tuts de L’UE­FA pour évi­ter le pire. Ceux-ci sti­pulent que «les va­leurs spor­tives fon­da­men­tales ont tou­jours la prio­ri­té sur les in­té­rêts com­mer­ciaux et que la ré­par­ti­tion des re­ve­nus du foot­ball doit s’ef­fec­tuer sur la base de la so­li­da­ri­té.» Du cô­té du FC Bâle et des BSC Young Boys, les deux der- niers clubs à avoir at­teint la Ligue des champions, la dis­pa­ri­tion de ces af­fiches est éga­le­ment re­dou­tée. Mais pour le pro­prié­taire du club bâ­lois, Bern­hard Bur­ge­ner, les consé­quences se­raient aus­si fi­nan­cières avec «une di­mi­nu­tion des re­ve­nus pro­ve­nant de la scène eu­ro­péenne et une perte de va­leur du cham­pion­nat na­tio­nal». Reste qu’à ce stade, il n’est pas en­core trop in­quiet. Le pro­jet se­rait-il ir­réa­liste? Pas for­cé­ment, se­lon Wan­ja Greuel, di­rec­teur gé­né­ral D’YB, qui l’ima­gine prendre forme dans quelques an­nées: «Si les grands clubs dé­cident de pri­vi­lé­gier les cri­tères com­mer­ciaux, une telle ligue se­ra la consé­quence lo­gique.»

PA­TRICK OBER­LI

Keys­tone/pe­ter Sch­nei­der

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