Pas de carte de cré­dit pour les conseillers fé­dé­raux à Berne

Le Matin Dimanche - - SUISSE -

Quand Alain Ber­set ou Do­ris Leu­thard partent en go­guette dans un bar ka­rao­ké à 2 heures du ma­tin, qu’ils com­mandent une bou­teille de cham­pagne pour se dé­tendre après une jour­née très char­gée, il n’y a au­cun risque qu’ils com­mettent la même er­reur que Guillaume Ba­raz­zone. À sa­voir confondre leur carte de cré­dit pro­fes­sion­nelle et pri­vée au mo­ment de ré­gler l’ad­di­tion. Pour­quoi? Parce que les conseillers fé­dé­raux ne pos­sèdent pas de carte de cré­dit au nom de la Con­fé­dé­ra­tion. Nos sept Sages bé­né­fi­cient en re­vanche d’une jo­lie en­ve­loppe fi­nan­cière pour leurs frais per­son­nels. Chaque an­née, ils touchent cha­cun une somme for­fai­taire de 30 000 francs. Le pré­sident de la Con­fé­dé­ra­tion re­çoit un coup de pouce sup­plé­men­taire de 12 000 francs. C’est bien plus qu’un membre de l’exé­cu­tif de la Ville de Ge­nève qui re­çoit un for­fait de 13 200 francs par an, et 6500 francs sup­plé­men­taire s’il est maire. Mais bon, quand on est conseiller fé­dé­ral, on ne joue pas dans la même ligue qu’un ma­gis­trat de la Ville, fût-il de Ge­nève.

À quoi servent exac­te­ment les 30 000 francs d’un mi­nistre fé­dé­ral? Es­sen­tiel­le­ment aux frais de re­pré­sen­ta­tion. Il peut s’ache­ter un nou­veau com­plet ves­ton, por­ter ses che­mises au pres­sing, al­ler chez le coif­feur ou se payer une ma­nu­cure pour être tou­jours comme un sou neuf. Mais rien, sauf l’op­probre pu­blic, ne l’em­pêche de s’ha­biller comme un sac et de dé­pen­ser la ma­jeure par­tie de son en­ve­loppe en bou­teilles de cham­pagne. Le mi­nistre n’a en ef­fet au­cune fac­ture à four­nir. Il en va au­tre­ment d’une autre en­ve­loppe de 32 000 francs par an­née à dis­po­si­tion du conseiller fé­dé­ral de chaque dé­par­te­ment. Là, l’argent sert prin­ci­pa­le­ment aux dé­pla­ce­ments pro­fes­sion­nels en Suisse ou à l’étran­ger. Il per­met de payer les nuits d’hô­tels, les re­pas, etc. «Le dé­par­te­ment concer­né an­nonce les fac­tures au Dé­parte- ment des fi­nances qui contrôle avec la Chan­cel­le­rie fé­dé­rale que la fac­ture est conforme au rè­gle­ment», ex­plique An­dré Si­mo­naz­zi, le porte-pa­role du Con­seil fé­dé­ral. Pas ques­tion là de se payer tout et n’im­porte quoi. Si un conseiller fé­dé­ral dé­cide d’of­frir un gueu­le­ton de fin d’an­née à ses proches col­la­bo­ra­teurs pour les re­mer­cier de leur tra­vail in­ten­sif tout au long de l’an­née, qui paie? «Mo­ritz Leuen­ber­ger fai­sait ce­la, ré­pond An­dré Si­mo­naz­zi. Il payait de sa poche, ce qui me semble ab­so­lu­ment nor­mal.»

Té­lé­pho­nie illi­mi­tée

Pas de mau­vaises sur­prises cô­té té­lé­phone. Les conseillers fé­dé­raux bé­né­fi­cient d’un abon­ne­ment fixe et mo­bile illi­mi­té. Il coûte en­vi­ron 4000 francs par per­sonne et par an­née. Au­cun risque donc de se re­trou­ver avec une fac­ture de 17 000 francs de com­mu­ni­ca­tion comme Guillaume Ba­raz­zone. Su­sucre sup­plé­men­taire pour un mi­nistre fé­dé­ral: un équi­pe­ment mul­ti­mé­dia (té­lé­vi­sion, ra­dio, in­ter­net) est mis gra­tui­te­ment à sa dis­po­si­tion chez lui. Il doit en re­vanche s’ac­quit­ter de la re­de­vance. Cô­té frais de trans­ports, il n’y a pas ma­tière à po­lé­mique pour des frais de taxis. Et pour cause. Un conseiller fé­dé­ral dis­pose d’une voi­ture avec chauf­feur pour ses dé­pla­ce­ments. Il peut éga­le­ment ac­qué­rir une voi­ture pour son usage pri­vé qui ne doit pas coû­ter plus de 100 000 francs. Elle ne lui ap­par­tient pas. Mais quand il quitte le gou­ver­ne­ment, il peut la ra­che­ter. Le taxi? Ce­la peut ar­ri­ver. Si un conseiller fé­dé­ral ar­rive par avion de l’étran­ger à Coin­trin et doit se rendre à Cop­pet. Il pour­ra faire un bout en train avec son abon­ne­ment gé­né­ral pre­mière classe payé par la Con­fé­dé­ra­tion et se rendre en­suite à sa des­ti­na­tion en taxi. C’est moins cher que de faire ve­nir la voi­ture of­fi­cielle de­puis Berne.

AR­THUR GROS­JEAN

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