«Si c’était à re­faire, je re­tour­ne­rais en Rus­sie»

Le Matin Dimanche - - SUISSE -

Les men­songes de Pierre Mau­det, les notes de frais de l’exé­cu­tif de la Ville de Ge­nève, les voyages de Gé­ral­dine Sa­va­ry ou Pas­cal Brou­lis… les po­li­ti­ciens ont-ils per­du la no­tion d’éthique?

L’éthique – ou la mo­rale – c’est la conduite de sa vie en fonc­tion d’un bien qu’on cherche à pour­suivre. Est-ce que ce prin­cipe a été vio­lé? Les cas sont dif­fé­rents les uns des autres. Ac­cep­ter un ca­deau, mais sans don­ner un avan­tage en re­tour, c’est un pro­blème d’im­pru­dence po­li­tique, pas de mo­rale. Pour moi, il y a vio­la­tion de l’éthique si on ment. Quant au cas de Ma­dame Sa­va­ry, c’est une règle in­terne au par­ti qui l’en­couble. Ça de­vrait faire ré­flé­chir ceux qui veulent tout ré­gle­men­ter. Car, sur le fond, ce qui se­rait grave, ce se­rait de re­ce­voir de l’ar­gent de quel­qu’un qui l’a ga­gné mal­hon­nê­te­ment, et pas de re­ce­voir quelques mil­liers de francs d’un homme qui – à ma connais­sance – les a loya­le­ment ga­gnés.

Faut-il plus de règles?

Si on ré­gle­mente tout, alors il n’y a plus d’éthique. Il ne reste qu’une es­pèce de guide que l’on suit, sans se de­man­der si c’est mo­ral ou pas.

Toutes ces ré­vé­la­tions ali­mentent quand même le sen­ti­ment du

«tous pour­ris».

Il y a quelque chose de mal­sain dans le cli­mat ac­tuel. Si je re­garde mon cas per­son­nel, je n’ai pas honte de mon passé. Et face à ma conscience, je suis apai­sé. Et je pense que l’im­mense ma­jo­ri­té des po­li­ti­ciens de ce pays, tous par­tis confon­dus, peuvent avoir le même re­gard, avec une sa­tis­fac­tion d’avoir ser­vi le pays. On ne doit pas mettre tout le monde dans le même pa­nier pour quelques po­lé­miques.

Le re­gard de la so­cié­té a-t-il chan­gé sur ce qui est ac­cep­table ou non?

C’est de­ve­nu beau­coup plus émo­tion­nel que par le passé. La presse se consi­dère comme un su­per­pou­voir. Son rôle est po­si­tif, mais elle exa­gère, et force l’in­di­gna­tion. Il y a des juges qui sont saisis de cer­taines af­faires, mais j’ai le sen­ti­ment que ce­la ne dé­bou­che­ra pas sur grand-chose, un non-lieu ou un ac­quit­te­ment. Et dans une an­née ou deux, on se de­man­de­ra quelle était cette fièvre qui nous a pris à l’au­tomne 2018.

Re­gret­tez-vous d’avoir par­ti­ci­pé à plu­sieurs des voyages en Rus­sie qui dé­fraient la chro­nique?

Non seule­ment je ne re­grette pas, mais si ma san­té me le per­met et qu’éric Hoes­li or­ga­nise à nou­veaux des voyages, alors je sou­hai­te­rais pou­voir y par­ti­ci­per à nou­veau. En payant ma part, comme je l’ai tou­jours fait dans le passé. Ce sont des ex­pé­riences pas­sion­nantes. Cette réa­li­té et la com­pa­gnie de gens comme Éric Hoes­li et Fre­de­rik Paul­sen, c’est ex­trê­me­ment utile, et même né­ces­saire pour élar­gir sa vi­sion du monde.

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