Neu­châ­tel veut une pu­bli­ci­té ren­table, ou plus de pub du tout

Le Matin Dimanche - - SUISSE - IVAN RADJA

consu­mé­risme n’a pas bonne presse, et cer­tains ne peuvent même plus le voir en pein­ture. À Neu­châ­tel, la gauche (PS verts, POP et So­li­da­ri­tés) vient de dé­po­ser une mo­tion qui re­met en ques­tion l’af­fi­chage com­mer­cial dans l’es­pace pu­blic, nous ap­prend Ar­cin­fo. Le texte de­mande d’étu­dier la ques­tion et non une in­ter­dic­tion pure et simple, comme le for­mu­lait une pre­mière ver­sion. Mais la re­ven­di­ca­tion est dans l’air du temps.

In­ci­ta­tion à la dé­pense

Il y a un an, l’ini­tia­tive com­mu­nale «Ge­nève Zé­ro pub» exi­geait de consa­crer les es­paces dé­diés à la pu­bli­ci­té com­mer­ciale aux an­nonces as­so­cia­tives, cultu­relles ou ca­ri­ta­tives. Ou à un es­pace vierge, of­fert à la créa­ti­vi­té des ci­toyens, comme le Ville en avait fait l’ex­pé­rience dé­but 2017 en dé­cou­vrant les pan­neaux, mo­men­ta­né­ment libres, re­cou­verts de des­sins.

À Lau­sanne, des pos­tu­lats plaident pour l’ins­tau­ra­tion de trêves, ou de «ca­rêmes» pu­bli­ci­taires dans l’an­née. À Lu­cerne, ceux que cet en­va­his­se­ment exas­père étendent même la re­ven­di­ca­tion aux pubs af­fi­chées­sur des murs pri­vés (qui n’ap­par­tiennent pas à la Com­mune), mais que tout le monde voit. La me­sure la plus ra­di­cale a été prise à Gre­noble, où, de­puis jan­vier 2015, les pan­neaux pu­blics ont lit­té­ra­le­ment dis­pa­ru, rem­pla­cés de­puis par des arbres ou des es­paces verts. «Au dé­part, nous nous ins­pi­rions de ce genre d’exemples, car des ini­tia­tives ana­logues existent dans beau­coup de villes de par le monde, ex­plique le dé­pu­té so- cia­liste Jo­na­than Gre­tillat, si­gna­taire de la mo­tion. Mais c’est con­crè­te­ment com­pli­qué à mettre en place, car ce­la touche aus­si à la res­tric­tion de la li­ber­té éco­no­mique, ou à la pro­prié­té pri­vée, et donc, faute de sa­voir si on peut en­le­ver la pu­bli­ci­té par­tout, nous avons op­té pour une de­mande d’étude afin de lan­cer le dé­bat.»

Ce qui dé­range les au­teurs de la mo­tion? L’as­pect es­thé­tique d’une part, mais aus­si l’in­ci­ta­tion à la dé­pense, avec le risque de sur­en­det­te­ment que ce­la sup­pose, no­tam­ment chez les jeunes. Un ar­gu­ment que ba­laie le PLR Jé­rôme Bueche, le trai­tant de «fal­la­cieux»: «Je doute vrai­ment que la sup­pres­sion de quelques di­zaines d’af­fiches règle le pro­blème du sur­en­det­te­ment. La sol­li­ci­ta­tion est om­ni­pré­sente, et je suis per­son­nel­le­ment plus in­com­mo­dé par les pop-up sur mon écran que par les af­fiches. Ou alors il faut l’in­ter­dire par­tout, y com­pris sur les ré­seaux so­ciaux, à la TV et dans les jour­naux.»

Certes, ce­pen­dant la mise à dis­po­si­tion des em­pla­ce­ments pu­blics à la So­cié­té Gé­né­rale d’af­fi­chage, la SGA, est source de re­ve­nus. Mais elle pour­rait rap­por­ter da­van­tage, es­time l’exé­cu­tif de la Ville. Les 500 à 600 pan­neaux pu­blics ne font tom­ber que 100 000 francs par an dans les caisses com­mu­nales. «C’est vrai, mais con­trai­re­ment à d’autres Villes, Neu­châ­tel ne pos­sède pas tous les pan­neaux, et un bon nombre d’em­pla­ce­ments, no­tam­ment sur les abri­bus, sont pro­prié­té de la SGA», pré­cise Tho­mas Fac­chi­net­ti, conseiller com­mu­nal (Exé­cu­tif) en charge du groupe de tra­vail ad hoc sur cette ques­tion.

La gauche de­mande d’étu­dier la sup­pres­sion des pubs com­mer­ciales de l’es­pace pu­blic. De son cô­té, la Ville sou­haite re­né­go­cier les ta­rifs avec la SGA.

Conven­tions dé­non­cées

À Ge­nève tou­te­fois, les quelque 3000 em­pla­ce­ments rap­portent bon an mal an en­vi­ron 3,5 mil­lions. Soit 200 francs par pan­neau à Neu­châ­tel, et plus de 1000 fr. en moyenne au bout du lac Lé­man. Bien que les ta­rifs soient sou­mis aux lois du mar­ché, et qu’un pan­neau rue du Rhône ait plus d’im­pact qu’à la rue des Ter­reaux, le Con­seil com­mu­nal re­voir les ta­rifs. «C’est la rai­son pour la­quelle nous avons dé­non­cé pré­ven­ti­ve­ment les deux conven­tions qui nous lient à la SGA pour fin 2019, pré­cise Fa­bio Bongiovanni, conseiller com­mu­nal res­pon­sable de l’éco­no­mie et des Fi­nances. Nous ver­rons en­suite, sui­vant la suite donle née à la mo­tion, comment nous re­né­go­cions.»

Un as­pect qui ne laisse pas in­dif­fé­rent, y com­pris à gauche. «Il est vrai que 100 000 fr. par an, ce n’est pas beau­coup», re­con­naît Jo­na­than Gre­tillat. Alors quoi? Faut-il sup­pri­mer la pub, ou es­pé­rer qu’elle paie mieux? «Ce­la peut pa­raître co­nai­me­rait tra­dic­toire de prime abord, re­con­naît-il. Mais si on ne peut l’en­le­ver, ou seule­ment par­tiel­le­ment, il vaut mieux, tant qu’à faire, qu’elle soit un peu plus lu­cra­tive.» «Dans l’état ac­tuel des fi­nances, Neu­châ­tel ne re­fu­se­rait pas quelques di­zaines de mil­liers de francs en plus», convient Jé­rôme Bueche.

Les es­paces pu­bli­ci­taires de­vraient don­ner la pré­fé­rence aux af­fiches cultu­relles ou as­so­cia­tives.

Newspapers in French

Newspapers from Switzerland

© PressReader. All rights reserved.