La grève gé­né­rale de 1918 a été di­gne­ment com­mé­mo­rée

Le Matin Dimanche - - SUISSE -

Le

100e an­ni­ver­saire a eu pour cadre les an­ciens ate­liers des CFF, à Ol­ten. Si­mo­net­ta Som­ma­ru­ga a rap­pe­lé que l’éga­li­té sa­la­riale n’est tou­jours pas une réa­li­té en Suisse.

Lors d’un dis­cours, la conseillère fé­dé­rale a sou­li­gné que les femmes s’étaient dé­me­nées, en 1918 comme tou­jours, pour ap­pro­vi­sion­ner les gré­vistes, sou­te­nir le co­mi­té de grève et s’oc­cu­per des en­fants. Sans ré­col­ter le moindre re­mer­cie­ment. «Le droit de vote pour les femmes fi­gu­rait alors tout en haut des re­ven­di­ca­tions», a rap­pe­lé la cheffe du Dé­par­te­ment de jus­tice et po­lice (DFJP). Mais «il dé­grin­gole en­suite pour de­ve­nir le der­nier des sou­cis des hommes de ce pays.» «Il a fal­lu des gé­né­ra­tions de femmes pour lut­ter contre la dis­cri­mi­na­tion et l’ex­clu­sion, pour se­couer les car­cans», a pour­sui­vi la mi­nistre. En 1969, des femmes marchent sur Berne par mil­liers. Et posent leurs condi­tions: le Con­seil fé­dé­ral pour­ra si­gner la Conven­tion eu­ro­péenne des droits de l’homme, mais seule­ment quand les femmes au­ront le droit de vote.

Deux ans plus tard, la Suisse de­vient une dé­mo­cra­tie: les femmes ne sont plus des mi­neures au plan po­li­tique. «Nous avons main­te­nant le droit de vote et d’éli­gi­bi­li­té. Mais pas l’éga­li­té dans la réa­li­té», a in­sis­té Mme Som­ma­ru­ga.

Une étape ma­jeure

La pré­si­dente du syn­di­cat Unia, Va­nia Al­le­va, a de son cô­té ap­pe­lé à une nou­velle grève des femmes en 2019 pour exi­ger l’éga­li­té sa­la­riale. Se­lon elle, c’est lors d’une grève qu’on dis­tingue le mieux les rai­sons pour les­quelles les tra­vailleurs ont avan­tage à se re­grou­per dans un syn­di­cat et à com­battre en­semble pour leurs in­té­rêts.

Pour Paul Rech­stei­ner, pré­sident de l’union syn­di­cale suisse (USS), la grève na­tio­nale de 1918 fait par­tie des grandes étapes de la Suisse mo­derne. Elle a don­né le coup d’en­voi à la construc­tion d’un État so­cial. Après l’ul­ti­ma­tum du Con­seil fé­dé­ral, le Co­mi­té d’ol­ten, qui avait ap­pe­lé à la grève gé­né­rale pour le 12 no­vembre 1918, a eu la sa­gesse de la stop­per le 14 pour évi­ter un bain de sang suite à la mo­bi­li­sa­tion de l’ar­mée, a rap­pe­lé M. Rech­stei­ner.

Outre le droit de vote des femmes, les gré­vistes exi­geaient no­tam­ment une pré­voyance vieillesse et la se­maine de 48 heures. Ce qui avait été d’abord une dé­faite s’est mué de plus en plus en un im­mense suc­cès, a re­le­vé le pré­sident de L’USS, éga­le­ment conseiller aux États (PS/SG).

La se­maine du 7 au 14 no­vembre 1918 a vu la pire crise po­li­tique in­terne en Suisse de­puis la créa­tion de l’état fé­dé­ral en 1848. L’ap­pel du Co­mi­té d’ol­ten à la grève gé­né­rale pour le 12 no­vembre in­ter­vient après le dé­ploie­ment de l’ar­mée dans les villes et la dis­so­lu­tion vio­lente d’une ma­ni­fes­ta­tion à Zu­rich le 9 no­vembre. Il est sui­vi par quelque 250 000 tra­vailleurs. Après l’ul­ti­ma­tum du Con­seil fé­dé­ral aux gré­vistes, l’es­ca­lade me­nace. Le Co­mi­té d’ol­ten dé­cide alors de le­ver la grève. ATS

Keystone

«Nous, les femmes, avons le droit de vote et d’éli­gi­bi­li­té mais pas l’éga­li­té dans la réa­li­té», a dé­cla­ré Si­mo­net­ta Som­ma­ru­ga.

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