Les équi­libres miraculeux d’aqua­tis

Le Matin Dimanche - - ACTEURS - IVAN RADJA

co­ha­bitent, s’ap­pri­voisent par­fois, se res­pectent sou­vent: les ani­maux in­tro­duits à Aqua­tis font l’ob­jet de longues pé­riodes d’ac­cli­ma­ta­tion pour pré­ser­ver l’équi­libre dé­li­cat entre les di­verses es­pèces.

Ou­vert au pu­blic il y a un an, Aqua­tis, à Lausanne, a dé­jà sé­duit 379 000 vi­si­teurs, at­ti­rés par la star, le dra­gon de Ko­mo­do, mis en ve­dette dès le dé­but. De­puis, le centre dé­dié aux éco­sys­tèmes d’eau douce, qui hé­berge une cen­taine de rep­tiles et quelque 10 000 pois­sons dans ses 46 aqua­riums, vi­va­riums et ter­ra­riums, a ac­cueilli d’autres es­pèces. Non moins stars, non moins ca­bo­tines.

À l’exemple des six man­goustes mâles (l’es­pèce n’est pas me­na­cée d’ex­tinc­tion) qui, de­puis neuf mois, s’ébattent dans l’es­pace ré­ser­vé à Fa­rouche et Cléo. Une co­ha­bi­ta­tion na­tu­relle, mais qui n’al­lait pas de soi, ra­conte le res­pon­sable des rep­tiles et ba­tra­ciens Mi­chel An­ser­met: «J’avais ob­ser­vé lors de mes voyages que les man­goustes cô­toyaient les cro­co­diles sa­crés, dits du dé­sert, dans leur ha­bi­tat en Afrique de l’ouest, rai­son pour la­quelle j’ai re­pen­sé à elles pour ani­mer le ter­ra­rium.» C’est que Fa­rouche, le mâle, et Cléo, la fe­melle, la qua­ran­taine bien son­née (soit la moi­tié de leur es­pé­rance de vie), passent, comme de juste, le plus clair de leur temps à som­no­ler, sou­vent dans l’ombre, par­fois dans l’eau, lais­sant aux vi­si­teurs un es­pace vide qu’il s’agis­sait de com­bler. Mi­chel An­ser­met pro­voque dans un pre­mier temps le scep­ti­cisme gé­né­ral, jus­qu’à ce que le di­rec­teur du Zoo de Leip­zig, convain­cu, l’en­cou­rage à ten­ter l’ex­pé­rience.

Jour J

Le jour J, les man­goustes lâ­chées dans leur nou­vel en­vi­ron­ne­ment s’égaillent, ex­plorent, puis «pilent net à 1,50 mètre des cro­co­diles, se dressent sur leurs pattes et sifflent avant de prendre la fuite». Pre­mier test concluant: elles ont iden­ti­fié le dan­ger. Ce n’était pas ga­ran­ti d’avance.

Quand l’ins­tinct re­fait sur­face

Les six pe­tits mam­mi­fères, en pro­ve­nance du Zoo de Ham­bourg, sont en ef­fet nés en cap­ti­vi­té – c’est même une tra­di­tion fa­mi­liale de­puis 1943, soit neuf gé­né­ra­tions. «La ques­tion était de sa­voir si, après sep­tante-cinq ans de re­pro­duc­tion en mi­lieu pro­té­gé, elles al­laient re­trou­ver leur ins­tinct an­ces­tral.» Il au­ra fal­lu trois mois pour ré­ins­tau­rer les tours de garde. Pen­dant que les autres dorment ou jouent, l’une se po­si­tionne à dis­tance res­pec­table de ma­nière à sur­veiller les im­pré­vi­sibles voi­sins. «Elle s’al­longe par­fois, mais vous re­mar­que­rez qu’elle a tou­jours un oeil sur eux.»

La man­gouste a du cran et ne manque pas de ré­flexe: c’est d’ailleurs sa promp­ti­tude qui en a fait le lé­gen­daire pré­da­teur de ser­pents ve­ni­meux. Mais quelques pré­cau­tions ont été prises. Le ter­ra­rium a ain­si été amé­na­gé de ma­nière à évi­ter toute ligne trop di­recte du bas­sin aux ter­riers… Y a-t-il vrai­ment un risque? «Dans l’ab­so­lu, il ne faut rien ex­clure, avance Mi­chel An­ser­met. Mais ces cro­co­diles ne sont pas des lions, ils n’ont pas be­soin d’ava­ler des quan­ti­tés de viande rouge quo­ti­dien­ne­ment. Un re­pas de 400 grammes par se­maine suf­fit à les ras­sa­sier.»

Cro­cos do­ciles

C’est ou­blier aus­si que le couple obéit au doigt et à l’oeil à Mi­chel An­ser­met. À sa voix. «Lorsque j’ap­pelle Fa­rouche, il ré­pond, s’ap­proche et, dès que je lui fais signe, il se couche». Comme un chien? «Comme un chien.» Il a fal­lu neuf mois pour l’ama­douer et ga­gner sa confiance, et seule­ment trois mois pour Cléo. «Ils savent dis­tin­guer un mâle d’une fe­melle, et Fa­rouche m’iden­ti­fiait comme un ri­val po­ten­tiel. Sa dé­fiance avait pour but de pro­té­ger Cléo. Mais si une femme avait ten­té la même ex­pé­rience avec elle, elle au­rait aus­si mis du temps, pour cause de ri­va­li­té fé­mi­nine, sur­tout à la pé­riode des oeufs!»

Les six man­goustes or­ga­nisent des tours de garde pour sur­veiller les deux cro­co­diles sa­crés (ici le mâle, «Fa­rouche») dans une co­ha­bi­ta­tion cal­quée sur leur ha­bi­tat na­tu­rel en Afrique de l’ouest.

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