Ègles…»

Le Matin Dimanche - - SPORTS -

Au fil des en­tre­tiens, une phrase res­sort, presque comme un fil conduc­teur: «Il faut faire avec.» Les règles, et par­fois les dou­leurs, sont un pa­ra­mètre de plus qu’il s’agit de gé­rer au mieux. Si ce constat est ac­quis pour les spor­tives – elles en parlent sans com­plexe entre elles dans les ves­tiaires – c’est un «no man’s land». Au propre comme au fi­gu­ré: les hommes ne viennent ja­mais sur ce ter­rain.

Anne-flore Marxer en a pris conscience il y a dix ans. Au Ca­na­da pour le tour­nage d’un film, la double cham­pionne du monde de free­ride est res­tée clouée au sol pen­dant un mois avec une quin­zaine de ri­ders – tous des hommes – à cause de la mé­téo. «Sou­dain, une fe­nêtre de quelques heures s’est ou­verte. Il fal­lait y al­ler. Mes mens­trua­tions sont ar­ri­vées pile à ce mo­ment-là. On de­vait at­ta­quer un saut de trente mètres, fil­més par un hé­li­co­ptère. Juste avant de m’élan­cer, j’étais rou­lée en boule à cause de la dou­leur. Je n’ai osé en par­ler à per­sonne. Au fi­nal, j’ai réus­si à po­ser toutes mes fi­gures, en ser­rant les dents. Mais ce jour-là, j’ai di­rec­te­ment ex­pé­ri­men­té ce que ce ta­bou si­gni­fiait.»

Cette pres­sion constante agit in­cons­ciem­ment sur le mé­ta­bo­lisme des cham­pionnes, de sur­croît dans un mi­lieu où di­ri­geants, coaches et mé­de­cins sont sou­vent des hommes. «J’ai tou­jours sen­ti le be­soin de com­pen­ser le fait que j’étais une femme, re­con­naît Anne-flore Marxer. Der­rière mon look de gar­çon man­qué, je me suis ef­for­cée de mon­trer une confiance et une so­li­di­té de tous les ins­tants. C’est cer­tai­ne­ment pour ce­la que je n’ai pas eu de cycles ré­gu­liers pen­dant des an­nées.

Newspapers in French

Newspapers from Switzerland

© PressReader. All rights reserved.