Le Bré­sil au bout de la piste

Le Matin Dimanche - - SPORTS - LUC DOMENJOZ AFP

Une des na­tions les plus fer­ventes de course au­to­mo­bile s’ap­prête à perdre son Grand Prix. À l’heure de l’aus­té­ri­té, elle n’a plus les moyens de tels di­ver­tis­se­ments.

IN­TER­LA­GOS Ce n’était plus ar­ri­vé de­puis 1969, soit près de cin­quante ans. Cette sai­son, au­cun pi­lote bré­si­lien ne fi­gure au dé­part des épreuves du cham­pion­nat du monde de For­mule 1.

Tous ceux qui ont dé­jà as­sis­té à un Grand Prix au Bré­sil savent à quel point cette ab­sence doit sem­bler in­con­grue aux fans. Leur pays est im­mense, le cin­quième plus peu­plé au monde, avec plus de 200 mil­lions d’ha­bi­tants et presque au­tant de fans de course au­to­mo­bile. Pour com­prendre à quel point le sport au­to­mo­bile court dans le sang des Bré­si­liens, il faut avoir ad­mi­ré la dex­té­ri­té des conduc­teurs de São Pau­lo, tou­jours en ri­va­li­té ap­pa­rente, ou être res­té son­geur de­vant l’au­dace des Ca­rio­cas, ceux de Rio, cou­tu­miers des feux rouges brû­lés pour ne pas perdre de temps. Long­temps, le sport au­to­mo­bile bré­si­lien a aus­si cou­ru les po­diums du cham­pion­nat du monde de For­mule 1.

De­puis 1951, 31 pi­lotes bré­si­liens se sont suc­cé­dé en F1. Trois de­vinrent cham­pions du monde, Emer­son Fit­ti­pal­di (en 1972 et 1974), Nel­son Pi­quet, le Ca­rio­ca, à trois re­prises (1981, 1983 et 1987) et Ayr­ton Sen­na, le Pau­liste, à trois re­prises éga­le­ment (1988, 1990 et 1991). De­puis, le Bré­sil a per­du ses pi­lotes les uns après les autres, et il a sur­tout per­du ses moyens d’or­ga­ni­ser un Grand Prix. Avec les ré­no­va­tions en­ta­mées sur le cir­cuit Gilles Vil­le­neuve de Mon­tréal, le cir­cuit Jo­sé Car­los Pace d’in­ter­la­gos est de­ve­nu le plus vé­tuste de la sai­son en dé­pit de tra­vaux qui ont dé­bu­té il y a quatre ans. Mais sur­tout, le pays n’a plus les moyens de fi­nan­cer la ve­nue de la For­mule 1 et la fac­ture de 20 mil­lions d’eu­ros qui l’ac­com­pagne.

Di­rec­tion le Viet­nam

Jus­qu’ici, la ville de São Pau­lo sub­ven­tion­nait le Grand Prix, consi­dé­ré comme la meilleure pu­bli­ci­té tou­ris­tique de la plus grande ville de l’hé­mi­sphère Sud. Nom­mé cette sai­son, le nou­veau maire, Bru­no Co­vas Lopes, du haut de ses 38 ans, n’a par contre au­cune in­ten­tion de rui­ner sa ville pour la For­mule 1, et consi­dère que d’autres dé­penses sont plus ur­gentes.

Sans ar­gent pu­blic, le contrat liant le cir­cuit à Li­ber­ty Me­dia – la so­cié­té qui dé­tient les droits com­mer­ciaux de la F1 –, ne pour­ra pas être re­nou­ve­lé. Li­ber­ty s’en moque et se concentre dé­sor­mais sur d’autres cibles, sans doute prêtes à dé­bour­ser sans comp­ter. Un contrat de cinq ans avec Ha­noï, la ca­pi­tale du Viet­nam vient d’être an­non­cé.

Sans pi­lote, bien­tôt sans Grand Prix, le Bré­sil n’au­ra plus de quoi ca­na­li­ser l’ar­deur de ses fans pour la course au­to­mo­bile. Peut-être que les Pau­listes fi­ni­ront par ne plus dé­va­ler leurs ave­nues en se pre­nant pour Ayr­ton Sen­na.

Ce soir (dé­part à 18 h 10, heure suisse), Le­wis Ha­mil­ton cher­che­ra à ai­der son écu­rie Mer­cedes à rem­por­ter le titre mon­dial des construc­teurs. Pour y par­ve­nir dès ce wee­kend, la marque à l’étoile doit sim­ple­ment s’as­su­rer que la Scu­de­ria Fer­ra­ri ne marque pas 13 points de plus que ses propres voi­tures.

La mis­sion semble à la por­tée de Le­wis Ha­mil­ton et Valt­te­ri Bot­tas: ce soir, le Bri­tan­nique par­ti­ra de la pole po­si­tion pour la 82e fois de sa car­rière. Il de­vrait donc pou­voir per­mettre à son écu­rie de dé­cro­cher dès au­jourd’hui cette cou­ronne de plus, la cin­quième d’af­fi­lée pour Mer­cedes.

Le vé­tuste cir­cuit d’in­ter­la­gos est en passe de perdre de pré­cieux fi­nan­ce­ments.

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