Des ho­stas en pot, ou pas du tout

Le Matin Dimanche - - NATURE - GI­SÈLE VOEGELI

Au jar­din, elles ne ré­sistent pas long­temps aux es­car­gots et aux li­maces. La so­lu­tion: des po­tées plan­tées de di­verses va­rié­tés, pour pro­fi­ter de leurs feuillages qui offrent une large pa­lette de tex­tures et de cou­leurs.

Em­pla­ce­ment rê­vé, ter­rain idéal, do­sage so­leil/om­brage par­fait, en­vi­ron­ne­ment va­lo­ri­sant; bref, im­pos­sible de leur pro­po­ser mieux dans mon jar­din. Inu­tile de dire que j’at­ten­dais d’elles le meilleur. Dieu sait si j’en rê­vais de ce par­terre de ho­stas sous mon­sieur hêtre de Perse. Bleues, éme­raudes, pa­na­chées, basses de­vant, plus mas­sives en ar­rière-plan, le tout en quin­conce avec de souples et aé­riennes herbes des elfes (Epi­me­dium). De­puis notre pre­mière ren­contre dans un jar­din des Cor­nouailles il y a fort long­temps, je fan­tas­mais sur cette li­lia­cée à flo­rai­son plu­tôt ba­nale mais à fières feuilles en forme de coeur (ou cor­di­forme). Un beau jour, toutes les condi­tions in­dis­pen­sables à leur bien-être étant réunies, je n’ai lé­si­né ni sur le nombre de pieds à cultiver, ni sur l’hé­té­ro­gé­néi­té des va­rié­tés, ni sur le for­mat des plans: de belles touffes d’une quin­zaine de cen­ti­mètres de dia­mètre afin d’ob­te­nir un ré­sul­tat cap­ti­vant dès la pre­mière an­née.

Aux aguets dès le re­tour du prin­temps, c’est avec une joie non dis­si­mu­lable que j’ob­serve les jeunes «tu­rions» crois­sant à vue d’oeil dans un sol à peine ré­chauf­fé. Com­blée par ces pré­misses, telle Pier­rette et son pot au lait, je me vois dé­jà dé­mul­ti­pliant mes mottes au bout de quelques sai­sons. L’ar­ri­vée d’une pluie bien­fai­trice ac­com­pa­gnée d’une tem­pé­ra­ture clé­mente me laisse pré­sa­ger d’une pous­sée im­mi­nente qui ne de­mande qu’à être re­pé­rée.

Cinq jours plus tard, au re­tour du so­leil, je me di­rige dès po­tron-mi­net vers mes nou­velles pro­té­gées. Et là, j’en laisse choir ma tar­tine: un car­nage! Des di­zaines de gas­té­ro­podes de tout aca­bit se traînent, re­pus, suite à leur der­nière nuit de bom­bance, vers leurs dor­toirs diurnes. Quelle naï­ve­té, quelle sot­tise que de n’avoir pas pré­vu le coup. C’est pour­tant de no­to­rié­té pu­blique qu’es­car­gots, coi­trons et li­ma­çons de toute ori­gine par­tagent mon amour pour cette vi­vace hors normes, si ce n’est qu’eux la dé­gustent, la mâ­chouillent, la dé­glu­tissent, la di­gèrent. Cendre de bois, co­quilles d’oeufs bri­sées et autres as­tuces bon en­fant ne par­viennent pas à dis­sua­der cette tri­bu qui gros­sit au fur et à me­sure que fondent mes ho­stas.

Trois ans du­rant je mets en place mille et une stra­té­gies à vi­sées dis­sua­sives al­lant des granulés de Fer­ra­mol – ef­fi­caces au po­ta­ger mais in­suf­fi­sant dans un es­pace aus­si ou­vert – au cer­clage de chaque plan à l’aide d’une bande de cuivre, pro­vo­quant une pe­tite élec­tro­cu­tion aux ba­veux s’y aven­tu­rant, mais pas aux plus ma­lins qui se laissent des­cendre d’une branche voi­sine di­rec­te­ment à l’in­té­rieur du cercle! À l’au­tomne qui suit, ma dé­ci­sion est ir­ré­vo­cable: les sur­vi­vants migrent en pot (lire en­ca­dré) et le par­terre du hêtre de Perse re­çoit en lieu et place des fou­gères, tout aus­si co­pines des Epi­me­dium.

De­puis, un seul constat s’im­pose: mes po­tées ju­bilent, se ré­galent et me ré­jouissent d’an­née en an­née un peu plus. Pour ne rien gâ­ter et en re­gard des épi­sodes de sé­che­resse, mes ar­ro­sages sont ain­si fa­ci­li­tés.

Comme en pleine terre, comp­ter trois ans pour que les ho­stas at­teignent une belle ron­deur, am­pleur im­pa­vide que le pot, de sur­croît, va­lo­rise.

Soi­gnées et mi­nia­tures pour bal­con­net om­bra­gé

Ne dé­pas­sant guère une tren­taine de cen­ti­mètres de haut et idéales pour les po­tées as­so­ciant plu­sieurs:

Hos­ta «Har­ry Van Trier» brille par son port com­pact com­po­sé de ra­vis­santes lances vert pro­fond et fi­ne­ment re­cour­bées.

H. «Blue Mouse Ears» a un épais feuillage bleu gris qui res­semble à bou­quet d’oreilles de sou­ris.

H. sie­bol­dii «Ka­bi­tan», jaune ci­tron mar­gi­né de vert à fond crème, au coeur de l’été ce feuillage lan­céo­lé à de quoi épa­ter.

Feuillages luxu­riants et to­niques pour ter­rasse fraîche

Pour les ama­teurs de plantes opu­lentes, cer­taines in­con­tour­nables ne de­mandent qu’à sur­prendre et sa­tis­faire:

H. «Au­gust Moon», de taille moyenne, est do­tée d’un feuillage vert pâle aux ac­cents do­rés cou­vert d’une fine pruine bleu­tée.

H. «Big Daddy» dé­ve­loppe un ample feuillage co­riace et très struc­tu­ré d’un stu­pé­fiant gris bleu.

H. «Sum and Sub­stance» com­plète le trio grâce à de vi­gou­reuses feuilles vert anis, vei­nées et lé­gè­re­ment gau­frées.

Coeurs ga­lon­nés et lé­chés pour cou­rette pri­vée de so­leil

Du plus pe­tit au plus grand, trois ga­ba­rits à com­bi­ner pour les nuances de leurs pa­naches aux des­sins ima­gi­na­tifs:

H. «Praying Hands» est une va­rié­té ex­cep­tion­nelle. Ses longues feuilles dres­sées, ef­fi­lées et lé­gè­re­ment en­rou­lées af­fichent un insolent vert éme­raude lé­gè­re­ment mar­gi­né de crème. Si elle prend un peu de temps pour s’ins­tal­ler, elle ga­ran­tit par la suite une bonne lon­gé­vi­té (env. 30 cm de haut).

H. «June», cor­di­formes, hé­si­tant entre gris, vert et bleu­té, ses feuilles cor­di­formes sculp­tu­rales semblent peintes de flammes tan­tôt crème, tan­tôt do­rées. L’as­pect gra­phique de ce hos­ta est épous­tou- flant de nuances et d’in­ven­ti­vi­té (env. 40 cm de haut).

H. «Fran­cee», fleg­ma­tique, de belle sta­ture, elle dé­ve­loppe un feuillage d’im­pres­sion lisse et élé­gam­ment pa­na­ché. Gri­sé avec dou­ceur, mar­gi­né d’ivoire sur fond olive, il a, de plus, l’avan­tage de ré­sis­ter avec cou­rage aux gas­té­ro­podes (env. 60 cm de haut).

Bi­gemrg/istock

Les larges feuilles en forme de coeur des ho­stas se dé­clinent en di­vers tons de vert, unies ou pa­na­chées.

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