PRI­SON FERME ET TOU­JOURS LIBRES !

Le conduc­teur du mi­ni­bus, où étaient en­tas­sées les douze vic­times por­tu­gaises de Suisse ro­mande, et le voya­giste im­pro­vi­sé ont éco­pé de 3 et 4 ans. Qu’ils pur­ge­ront plus tard.

Le Matin - - SUISSE - Eve­lyne.eme­ri@le­ma­tin.ch

Ils se­ront convo­qués ul­té­rieu­re­ment. Et pur­ge­ront leur peine en France ou au Por­tu­gal. Ce­la nous a été confir­mé par les avo­cats des deux condam­nés, Me An­toine Jau­vat et Me An­toine Por­tal, qui ne re­cour­ront pas contre le ju­ge­ment de mer­cre­di. La dé­sin­vol­ture de l’ac­cu­sa­tion, re­pré­sen­tée par la pro­cu­reure Em­ma­nuelle Fre­don, et du Tri­bu­nal de Mou­lins (F), sur­prend. Non pas tant s’agis­sant de la quo­ti­té de la condam­na­tion des deux Por­tu­gais de 22 et 44 ans – le ne­veu et l’oncle ont été re­con­nus cou­pables d’ho­mi­cide in­vo­lon­taire avec cir­cons­tances ag­gra­vantes – mais bien de l’ab­sence d’ar­res­ta­tion im­mé­diate, dite «à la barre», au vu de la gra­vi­té et de l’hy­per­sen­si­bi­li­té de l’affaire.

À quand l’exé­cu­tion de peine?

Quelques se­maines après l’ef­froyable crash du 24 mars 2016 à Mont­beu­gny (F), la li­bé­ra­tion des pré­ve­nus – en par­ti­cu­lier celle du jeune conduc­teur –, avait ul­cé­ré le pro­cu­reur de l’époque, Pierre Ga­gnoud. Ce der­nier s’y était ferme- ment op­po­sé, al­lé­guant le risque de fuite, de concer­ta­tion, de chan­ge­ment de ver­sion, voire de su­bor­na­tion de té­moins. Un suc­cès de courte du­rée pour le par­quet, fi­na­le­ment dé­bou­té par la Chambre d’ap­pel. Les co­ac­cu­sés avaient été re­laxés et pla­cés sous contrôle judiciaire. Le chauf­feur du Mer­cedes Sprin­ter avait re­joint des cou­sins en ré­gion pa­ri­sienne. Son pro­prié­taire, voya­giste au­to­pro­cla­mé, avait quit­té le vil­lage de Villar­sel-le-Gi­bloux (FR), près de Ro­mont, d’où il or­ga­ni­sait son tra­fic, pour ren­trer au Por­tu­gal.

Au­jourd’hui, ce goût amer re­vient comme un boo­me­rang au sein des fa­milles des vic­times. Les deux fau­tifs ont éco­pé de 3 et 4 ans ferme pour avoir tué douze fois en or­ga­ni­sant de ma­nière illi­cite un tran­sport entre Ro­mont et le nord-est du Por­tu­gal (ré­gion de Guar­da). Ils s’en sortent plu­tôt bien. Et pas la moindre re­quête de man­dat de dé­pôt à leur en­contre. Le four­gon blanc comp­tait douze places au lieu des six ré­gle­men­taires. Une vieille ban­quette, sans cein­ture de sé­cu­ri­té, avait été ra­jou­tée et som­mai­re­ment fixée pour ce t r aj et de quelque 1700 km. Le choc fron­tal l avec un poids lourd ita­lien n sur la RN79 (Mâ­conMou­lins) – le fa­meux tron­çon ac­ci­den­to­gène du dé­par­te­ment de l’Al­lier – n’avait lais­sé au­cune chance aux douze pas­sa­gers, y com­pris à une en­fant, voya­geant sur les ge­noux de ses pa­rents. Le conduc­teur du mi­ni­bus, qui cir­cu­lait sans per­mis ad hoc, en avait ré­chap­pé.

La per­pé­tui­té pour les fa­milles

De­puis plus de deux ans, les proches des dé­funts at­ten­daient le pro­cès de la bé­taillère in­sé­cure, le pro­cès du faux low cost à 200 eu­ros l’al­ler­re­tour. Eux ont pris per­pète une veille de Ven­dre­di-Saint. Ils ne se sont pas dé­pla­cés pour l’au­dience, à Mou­lins. Deux avo­cats por­tu­gais les re­pré­sen­taient. Une pro­cé­dure ci­vile pour ten­ter d’ob­te­nir des in­dem­ni­tés a été en­ga­gée sur ter­ri­toire lu­so­phone. Les per­sonnes en­deuillées y vivent. Ce sont elles qui se ré­jouis­saient de la ve­nue des leurs, ex­pa­triés en Suisse ro­mande, pour les fêtes de Pâques.

Si les deux res­pon­sables de ce car­nage ne se sont pas dé­fi­lés aux dé­bats, ils n’ont pas pour au­tant ex­pri­mé de réelles ex­cuses ou re­grets, ex­cep­té ce­lui de s’être « fait confiance mu­tuel­le­ment». Le ne­veu a in­vo­qué l’en­dor­mis­se­ment. S’il ne peut contes­ter avoir été au vo­lant, il dit être in­ca­pable de se sou­ve­nir de ce dé­pas­se­ment ir­res­pon­sable sur la rec­ti­ligne, tris­te­ment cé­lèbre, avant de s’en­cas­trer dans le ca­mion ita­lien. Quant à son oncle, son ac­ti­vi­té n’a ja­mais été ré­fé­ren­cée au Re­gistre du com­merce. Il a vio­lé toutes les au­to­ri­sa­tions d’ex­ploi­ta­tion et obli­ga­tions de sé­cu­ri­té. Leurs sanc­tions sont as­sor­ties d’un re­trait de per­mis du­rant cinq ans.

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