CE MÉ­LANGE QUI IN­TRIGUE

À deux jours de l’af­fron­ter, les Bré­si­liens veulent en sa­voir plus sur cette équipe de Suisse po­ly­glotte et mul­ti­cul­tu­relle. Les joueurs ont ré­pon­du avec le sou­rire.

Le Matin - - SPORTS - TEXTES DE NOTRE EN­VOYÉ SPÉ­CIAL À TOGLIATTI TIM GUILLEMIN tim.guillemin@le­ma­tin.ch

Pour être tout à fait hon­nête, la presse bré­si­lienne s’in­té­resse très peu à la tac­tique que va em­ployer l’équipe na­tio­nale suisse face à la Se­le­ção. Breel Em­bo­lo sur la gauche? 4-2-3-1 ou un sys­tème sans ai­liers? Au­cune im­por­tance aux yeux des re­por­ters su­da­mé­ri­cains, qui ne veulent sa­voir qu’une chose: comment co­ha­bitent les neuf na­tio­na­li­tés étran­gères re­cen­sées au sein de la sé­lec­tion de Vla­di­mir Pet­ko­vic?

S’ils l’avaient vou­lu, Gel­son Fernandes et ses co­équi­piers au­raient en ef­fet pu re­pré­sen­ter, dans le désordre, la Croa­tie, la Bos­nie-Her­zé­go­vine, l’Al­ba­nie (ou le Ko­so­vo et la Ma­cé­doine), le Con­go, le Ca­me­roun, la Côte d’Ivoire, le Cap-Vert (ou le Por­tu­gal), le Ni­ge­ria et le Chi­li. Cette par­ti­cu­la­ri­té in­trigue énor­mé­ment les Bré­si­liens pré­sents à Togliatti, qui ont cher­ché toute la se­maine à en sa­voir plus.

Les joueurs suisses ont d’abord sem­blé sur­pris par la dé­marche, tant ce mul­ti­cul­tu­ra­lisme est dé­sor­mais an­cré dans leur quo­ti­dien. Mais après avoir com­pris que les Bré­si­liens ne cher­chaient pas la po­lé­mique, les joueurs de Vla­di­mir Pet­ko­vic ont pré­fé­ré en sou­rire. Et ont ré­pon­du sans re­chi­gner à toutes les (nom­breuses) in­ter­ro­ga­tions. «C’est une force, une ri­chesse, a ain­si ex­pli­qué le Gla­ro­nais Re­mo Freu­ler, aux ori­gines 100% suisses. En fait, on ne se pose même plus la ques­tion. Le pays d’ori­gine est mis de cô­té. Par contre, c’est vrai qu’in­cons­ciem­ment on se de­mande par­fois en quelle langue par­ler à tel ou tel joueur. Des fois, je me dis: lui, il faut que je lui parle en ita­lien. Ou en al­le­mand. C’est sur­tout comme ça qu’on ré­flé­chit.»

Gel­son Fernandes le po­ly­glotte

De quoi in­tri­guer en­core plus les Bré­si­liens, tout sur­pris de dé­cou­vrir qu’un pays de huit mil­lions d’ha­bi­tants abrite quatre langues alors que le leur (208 mil­lions) n’en compte qu’une of­fi­cielle. D’ailleurs, hier, la per­for­mance de Gel­son Fernandes les a scot­chés: le Va­lai­san est pas­sé avec son ai­sance ha­bi­tuelle de l’al­le­mand au fran­çais en pas­sant par l’ita­lien et le por­tu­gais. «Et je connais même quelques mots en ser­bo-croate, mais je ne crois pas que ce soit le bon en­droit pour les dire», s’est mar­ré le mi­lieu de ter­rain de l’Ein­tracht Franc­fort.

«Ce mé­lange, c’est une force in­croyable, vous pou­vez profiter de toutes ces cul­tures», nous a glis­sé un re­por­ter de SporTV à la sor­tie, juste avant d’ef­fec­tuer son reportage té­lé­vi­sé. Une ques­tion le ta­rau­dait pour­tant en­core: «Êtes- vous vrai­ment un pays uni?» Et là, le pa­tron Va­lon Beh­ra­mi est ve­nu cal­mer tout le monde: «Chaque mi­nute de chaque heure, je me sens tout au­tant Suisse que n’im­porte le­quel de mes co­équi­piers.»

Des mots forts, qui sonnent comme une évi­dence aux oreilles du pu­blic suisse, mais qui mé­ri­taient d’être dits pour la pre­mière fois au peuple bré­si­lien.

Chaque mi­nute de chaque heure, je me sens tout au­tant Suisse que n’im­porte le­quel de mes co­équi­piers» Va­lon Beh­ra­mi, lea­der de cette équipe de Suisse

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