ON AR­RÊTE AVEC LE CHEVREUIL, MER­CI

Par Tim Guillemin

Le Matin - - SPORTS -

On n’en peut plus. De­puis plu­sieurs se­maines, chaque fois qu’on évoque de près ou de loin l’équipe de Suisse lors d’une conver­sa­tion avec une per­sonne que l’on consi­dé­rait comme un ami, l’in­di­vi­du en face nous parle de Ha­ris Se­fe­ro­vic. Et neuf fois sur dix, d’une ma­nière tou­jours très sub­tile, notre in­ter­lo­cu­teur évoque un ani­mal pour ima­ger ce qu’il pense de l’avant-centre de l’équipe de Suisse. Un in­dice: il s’agit ra­re­ment d’un lion ou d’un tigre. On va l’écrire en toutes lettres tel­le­ment ça nous énerve: non, Ha­ris Se­fe­ro­vic ne mé­rite pas d’être trai­té de «chevreuil».

Où est le pro­blème? Il manque des oc­ca­sions? Et alors? Que l’on sache, il ne prend la place à per­sonne, où alors on a ra­té quelque chose dans les per­for­mances de Mar­co Sch­neuw­ly, Eren Der­diyok ou Mi­chael Frey cette sai­son. Ha­ris Se­fe­ro­vic n’est pas le meilleur at­ta­quant d’Eu­rope, c’est en­ten­du, mais il se­rait bon de ne pas avoir la mé­moire trop courte non plus.

En 2009, ce même «chevreuil» a of­fert à la Suisse la seule Coupe du monde de son his­toire, en ins­cri­vant le but de la vic­toire en fi­nale M17 face au Ni­ge­ria (1-0). Sans son but face à Chypre, la

Il se­rait bon de ne pas avoir la mé­moire trop courte

Suisse n’au­rait pas vu la Coupe du monde 2014 et ses dé­trac­teurs ou­blient aus­si que s’il n’avait pas mar­qué contre l’Équa­teur, la Na­ti n’au­rait pas at­teint les 8es cette an­née-là. Et pour ceux qui fus­tigent son an­née 2018 pour l’ins­tant ra­tée, on fe­ra re­mar­quer son dé­but de sai­son de feu, tant avec Ben­fi­ca qu’avec la Na­ti.

Alors oui, il rate des oc­ca­sions, comme en 2016 à l’Eu­ro ou lors des bar­rages face à l’Ir­lande du Nord en 2017. Mais il se bat. Il ne triche ja­mais. Il va au char­bon et il est exem­plaire. Pas une po­lé­mique, ja­mais. Même lors­qu’il est sif­flé de ma­nière im­bé­cile, comme en no­vembre à Saint-Jacques, il se contente d’un geste tout ce qu’il y a de plus nor­mal et hu­main pour mon­trer son aga­ce­ment.

L’équipe de Suisse n’a au­cun sou­ci ces temps. Ou en tout cas pas de gros. La qua­li­té de jeu va plu­tôt bien, les ré­sul­tats aus­si. Les ten­sions com­mu­nau­taires se sont éva­po­rées. Alors, pour­quoi s’in­ven­ter des pro­blèmes là où il n’y en a pas? On es­père sin­cè­re­ment que Ha­ris Se­fe­ro­vic en plante deux ou trois dans les pro­chaines se­maines, au­tant pour ré­com­pen­ser son état d’es­prit que pour éloi­gner les in­justes sur­noms d’ani­maux qui l’ac­com­pagnent à chaque sor­tie. Mort au chevreuil.

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