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Le Matin - - SPORTS - Her­vé Re­nard, sé­lec­tion­neur du Ma­roc

où vient le lien qui vous lie à l’Afrique et qui a fait de vous un ba­rou­deur des ter­rains? Ce qui me lie à l’Afrique, ce sont des ren­contres, à com­men­cer par celle avec Claude Le Roy. Je suis par­ti en Chine, à Guiz­hou, avec lui en 2002. C’était as­sez loin du conti­nent afri­cain. Il m’a fait re­ve­nir, comme ad­joint du Gha­na. Quand il m’a ap­pe­lé, j’en­traî­nais Cher­bourg. Je n’ai ja­mais choi­si, j’ai lais­sé faire le des­tin. Puis tout s’est en­chaî­né. Quand les choses ne se passent pas trop mal, on vous rap­pelle.

Que trou­vez-vous là-bas qu’il n’y a pas, ou moins, ici? Pour moi, c’est l’op­por­tu­ni­té d’en­traî­ner des joueurs de haut ni­veau. La com­pé­ti­tion, les tour­nois, c’est ce que j’aime. J’ai dis­pu­té les six der­nières Coupe d’Afrique des na­tions. La chance de par­ti­ci­per main­te­nant à un Mon­dial, c’est ex­cep­tion­nel.

Cette éti­quette de sor­cier blanc qui vous a été col­lée, ça vous agace ou ce­la vous flatte? C’est une ha­bi­tude du conti­nent afri­cain, je suis loin d’être le pre­mier ca­ta­lo­gué ain­si. Mais quand ça re­vient trop sou­vent, ça dé­note un manque d’ima­gi­na­tion. Dans le coa­ching comme dans la vie, il n’y a pas de cou­leur ni de na­tio­na­li­té.

S’at­tache-t-on aux équipes que l’on di­rige? Moi, je m’at­tache aux gens, mais je suis aus­si un pro­fes­sion­nel. J’ai tou­jours une pe­tite bar­rière qui fait que l’on doit se pro­té­ger. J’ai de la proxi­mi­té, mais je sais aus­si gar­der la bonne dis­tance. Je suis dans un mi­lieu très pré­caire. On ne sait ja­mais de quoi se­ra faite la suite.

gJe n’ai ja­mais choi­si, j’ai lais­sé faire le des­tin»

Et pour­quoi on est ai­mé? Alors ça… J’es­saie d’être moi­même. Par­fois je suis dur, par­fois plus souple mais j’es­saie tou­jours de de­meu­rer hu­main. Pas évident dans un mi­lieu qui ne l’est pas vrai­ment… On peut trou­ver sa ligne de conduite. Le sys­tème, j’en bé­né­fi­cie aus­si. Mais je peux aus­si res­ter en marge en ne me lais­sant pas ab­sor­ber par ça. Ne pas se lais­ser gri­ser, voi­là le plus im­por­tant.

Face au poids de vos deux Coupes d’Afrique sou­le­vées, que re­pré­sente pour vous la Coupe du monde? C’est beau­coup plus. Parce que c’est une ex­po­si­tion uni­ver­selle. Pour un en­traî­neur de club, la Ligue des cham­pions est ce qui se fait de mieux. Pour un sé­lec­tion­neur, c’est ce qui m’at­tend. Il m’a fal­lu dix ans pour y par­ve­nir! ( Rires.)

Avec l’Es­pagne et le Por­tu­gal, ce n’est pas ga­gné d’avance… Dans ce groupe, on a pla­cé la barre très haut. Toutes les équipes qui ne sont pas fa­vo­rites rêvent d’ex­ploit, en­core faut-il avoir les moyens de ses rêves. Je sais que j’ai un groupe ca­pable de faire quelque chose de grand. L’en­nuyeux dans la vie, c’est d’avoir des re­grets. Si on se fait la­mi­ner et que l’on n’existe pas, on n’en au­ra pas et l’on se­ra fa­ta­liste. Mais si on est ca­pable d’être nous-mêmes, voire au-des­sus, et que l’Es­pagne et le Por­tu­gal sont un peu en des­sous, on peut le faire.

À cet égard, res­sen­tez-vous une res­pon­sa­bi­li­té par­ti­cu­lière?

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