Le Cervin ne doit pas être ré­ser­vé aux riches

Le Matin - - ACTU -

Es­ca­la­der le Cervin et être payé pour vous dé­crire cette ex­pé­rience mys­ti­co-spor­tive est un pri­vi­lège. Cette mon­tagne mi-va­lai­sanne, mi-val­dô­taine est une icône connue dans le monde en­tier pour la pu­re­té de ses lignes comme pour les aven­tures des pion­niers qui vinrent à bout de ses 4478 m. Elle fait rê­ver bien des al­pi­nistes. Beau­coup se pré­parent lon­gue­ment avant de l’af­fron­ter et doivent sou­vent s’y re­prendre à deux, trois, quatre fois ou plus avant d’at­teindre le som­met ou même d’y re­non­cer.

Comme d’autres, cette ex­pé­rience ap­prend la pa-

tience, ai­guise la vo­lon­té

et sti­mule l’ima­gi­naire. Elle a un prix hu­main et spor­tif qui en fait tout le sel. Il nous semble dom­mage que le coût fi­nan­cier lui cor­res­pon­dant soit trop éle­vé pour beau­coup, au point de les obli­ger à y re­non­cer. Ain­si, s’ils n’avaient pas plan­té en douce leur tente au-des­sus de la Hörn­lihütte une fois la nuit tom­bée, Vik­tor et Mo­ni­ka, un duo de jeunes al­pi­nistes hon­grois croi­sés là-haut, au­raient dû faire une croix sur leur rêve de Cervin.

La somme as­tro­no­mique de 150 francs que coûte la nui-

tée en dor­toir, dans ce qui est la ca­bane la plus chère des Alpes, était bien au-des­sus de leurs moyens. Les 20 francs du par­king de Täsch, à eux seuls, au­raient d’ailleurs pu les pous­ser à re­non­cer. Leur cas rap­pelle que le Cervin ne de­vrait pas être la chasse gar­dée des seuls al­pi­nistes for­tu­nés, ca­pables de s’at­ta­cher les com­pé­tences d’un guide et de payer la ca­bane. Ce sont aus­si des pas­sion­nés in­con­nus comme Vik­tor et Mo­ni­ka qui ont fait sa lé­gende. Trou­ver un moyen de leur gar­der une pe­tite place sur la mon­tagne, sans ro­gner sur la sé­cu­ri­té, ne se­rait que jus­tice!

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