Les en­fants pla­cés tardent à ob­te­nir leur dû

Le Matin - - SUISSE - Luc Re­cor­don, avo­cat

PO­LÉ­MIQUE «C’est la double peine!» a as­sé­né la conseillère na­tio­nale Verte Li­sa Maz­zone de­vant la presse, hier, à Lau­sanne. À la souffrance en­du­rée par le pas­sé viennent s’ajou­ter «des tra­cas­se­ries ad­mi­nis­tra­tives».

Les en­fants re­ti­rés à leurs pa­rents et pla­cés dans des foyers ou des fa­milles jusque dans les an­nées 1980 sont en ef­fet confron­tés à la lour­deur de la pro­cé­dure ad­mi­nis­tra­tive pour ob­te­nir ré­pa­ra­tion, dé­noncent des mi­li­tants et élus dans une lettre adres­sée au pré­sident de la Con­fé­dé­ra­tion, Alain Ber­set.

À l’is­sue du dé­lai de dé­pôt des re­quêtes, fin mars, l’Of­fice fé­dé­ral de la jus­tice (OFJ) avait re­çu 9018 de­mandes de contri­bu­tion de so­li­da­ri­té de 25 000 francs par per­sonne. Pro­blème: les der­niers dos­siers se­ront clos seule­ment en mai 2021. Par­mi les 12 000 à 15 000 vic­times en­core en vie, «beau­coup sont âgées ou ma­lades, et risquent de ne ja­mais voir la cou­leur de leur ar­gent», s’in­surge l’avo­cat Luc Re­cor­don, an­cien conseiller aux États et membre du co­mi­té de l’ini­tia­tive pour la ré­pa­ra­tion. Dans une lettre au pré­sident de la Con­fé­dé­ra­tion, le groupe ré­clame des forces sup­plé­men­taires pour le trai­te­ment des de­mandes. Ob­jec­tif: abou­tir à une dé­ci­sion «dans quelques mois». Si elle est si­gnée ex­clu­si­ve­ment par des Ro­mands, comme l’écri­vain Alexandre Jol­lien, le mi­li­tant et an­cien en­fant pla­cé Clé­ment Wiel­ly ou le pré­sident de l’as­so­cia­tion de dé­fense des han­di­ca­pés Pro­cap, Laurent Du­va­nel, la mis­sive concerne toute la Suisse, pré­cisent ses ins­ti­ga­teurs.

De son cô­té, l’OFJ éva­lue en prio­ri­té les de­mandes de per­sonnes ma­lades ou âgées, soit plus de 75 ans. Dé­but juin, il in­di­quait

Beau­coup sont âgées g ou ma­lades, et risquent de ne ja­mais voir la cou­leur de leur ar­gent»

avoir dé­jà trai­té 1400 dos­siers, et que 2500 autres cas se­ront pris en compte d’ici à la mi-2019.

Au­tour de la table, on pointe aus­si du doigt «la ré­ponse ex­trê­me­ment for­ma­liste» et le «laxisme» de l’État face à une si­tua­tion hau­te­ment émo­tion­nelle. Et de re­le­ver les ini­tia­tives po­si­tives, comme celle du can­ton de Vaud, qui «a pu at­té­nuer la ri­gueur de la pro­cé­dure», as­sure Ra­phaël Ma­haim, dé­pu­té éco­lo­giste au Grand Conseil vau­dois. Par exemple, en ver­sant ra­pi­de­ment une aide d’ur­gence de 12 000 francs jus­qu’en 2015.

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