Plus pure, la co­caïne est aus­si plus vio­lente

Le Matin - - SUISSE - TEXTE ET PHO­TO

PRU­DENCE Une étude in­ter­dis­ci­pli­naire sur le mar­ché de la co­caïne et des drogues de syn­thèse a été me­née dans le can­ton de Vaud de­puis 2016. Réa­li­sée par trois ins­ti­tuts de re­cherche, elle dé­voile, entre autres, que la coke ven­due par les dea­lers est plus pure que par le pas­sé.

Cette drogue est mé­lan­gée à di­verses sub­stances à plu­sieurs re­prises entre son lieu de pro­duc­tion et de condi­tion­ne­ment, puis son ar­ri­vée en Eu­rope, par des in­ter­mé­diaires. Ils se font ain­si de plus grosses marges sur leurs ventes. Par­mi ces pro­duits de coupe clas­sique ren­con­trés dans nos ré­gions, on dis­tingue ceux dits adul­té­rants (avec un ef­fet psy­choac­tif), et ceux ap­pe­lés di­luants (comme le lac­tose ou le talc) et sou­vent ajou­tés une fois en Suisse. Quant aux adul­té­rants, ils re­pré­sentent sou­vent un dan­ger réel pour la san­té en rai­son de leur toxi­ci­té.

Cou­pée avec du ver­mi­fuge

L’étude s’est ba­sée sur des ana­lyses de se­ringues ayant ser­vi à s’in­jec­ter de la co­caïne. Ses ré­sul­tats dé­voilent des sta­tis­tiques in­té­res­santes. La ca­féine (en poudre blanche) de­meure le pro­duit de coupe psy­choac­tif le plus uti­li­sé pour la co­caïne. Mais le lé­va­mi­sole et le phé­na­té­cine sont aus­si sou­vent pré­sents dans le mé­lange. Or le pre­mier est uti­li­sé par les vé­té­ri­naires et les agri­cul­teurs comme ver­mi­fuge pour les bo­vins. Et le se­cond est un mé­di­ca­ment dé­sor­mais in­ter­dit en rai­son de ses ef­fets can­cé­ri­gènes et no­cifs pour les reins. Ce­pen­dant, la te­neur en ces sub­stances semble en baisse dans le pro­duit stu­pé­fiant.

Concur­rence ac­crue

Ce que nous confirme le di­rec­teur ad­joint d’Ad­dic­tion Suisse, Frank Zo­bel: «On ob­serve ac­tuel­le­ment une hausse de la pu­re­té de la co­caïne ven­due dans la ré­gion et donc une baisse de la pro­por­tion de pro­duits de cou­page.» Comment ex­pli­quer ce phé­no­mène? Frank Zo­bel émet seule­ment des hy­po­thèses. «La plus pro­bable est une grande dis­po­ni­bi­li­té, no­tam­ment des stocks de co­caïne, dans les pays d’ar­ri­vée en Eu­rope, dé­cla­ret-il. Et aus­si une grande concur­rence sur ce mar­ché qui conduit à vou­loir li­vrer des pro­duits de meilleure qua­li­té.»

Cette hausse de pu­re­té de la co­caïne si­gni­fie aus­si que les ef­fets né­ga­tifs de sa consom­ma­tion se­ront plus puis­sants, sou­ligne le di­rec­teur ad­joint d’Ad­dic­tion Suisse. Comme la pri­va­tion de som­meil, l’état de dé­prime voire d’ir­ri­ta­tion ain­si que des états de confu­sion ou de pa­ra­noïa, pro­blèmes liés à la toxi­ci­té de la co­caïne elle-même. Sans omettre des pro­blèmes car­dio-vas­cu­laires, et ce d’au­tant plus quand de l’al­cool est aus­si consom­mé.

La coke in­jec­tée, ici dans des WC pu­blics à Lau­sanne, a ten­dance à être moins cou­pée.

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