BRIMÉ À BI ADULÉ À P

Un jeune sty­liste an­go­lais, sou­te­nu par le rap­peur Stress, est pas­sé d’Em­maüs à Vuit­ton. Pro­blème: la pré­ca­ri­té de son sta­tut de sé­jour me­nace sa car­rière.

Le Matin - - SUISSE - Vincent.donze@le­ma­tin.ch PHO­TO

Quel che­min par­cou­ru par Bri­del Len­vo! En 2016, «Le Ma­tin» dres­sait le portrait de cet im­mi­gré an­go­lais de 25 ans, sans formation, de­ve­nu sty­liste en re­vi­si­tant des ha­bits de seconde main. Deux ans après un dé­fi­lé de mode dans un an­cien lo­cal de la voi­rie mu­ni­ci­pale, en pré­sence du rap­peur Stress, Bri­del Len­vo fré­quente une école de sty­lisme et di­rige sa propre marque, à Pa­ris.

«Pa­ris me réus­sit: je ne m’y dé­place qu’en taxi», as­sure Bri­del Len­vo. Main­te­nant que ses sweat­shirts Isa Dore valent une cen­taine d’eu­ros, le sty­liste fait son nid. Ce qui lui tient à coeur, c’est de ne ja­mais avoir sol­li­ci­té l’aide so­ciale. «À Pa­ris, je vole de mes propres ailes», dit-il. Des ailes qui lui sont plus ou moins cou­pées à Bienne.

Voyage en 1re classe

Son sta­tut pro­vi­soire per­dure et, sans per­mis C, le sty­liste n’a pas l’au­to­ri­sa­tion de quit­ter le pays. «Quand mon sta­tut ne me donne pas droit au monde du tra­vail, tout est fait pour me re­je­ter dans le tra­fic de drogue!» ful­mine Bri­del Len­vo.

Sa marque de fa­brique n’est plus faite d’as­sem­blages et de dé­tour­ne­ments de formes et de ma­tières: le mo­tif de son sweat-shirt cou­leur sta­bi­lo évoque des ra­cines. «J’ai plan­té des graines, celles d’un bao­bab», ex­plique le sty­liste qui n’a «rien de­man­dé à per­sonne».

À Bienne, il ré­side chez sa ma­man, tan­dis que, à Pa­ris, il par­tage un ap­par­te­ment avec un man­ne­quin dans le XVIe ar­ron­dis­se­ment. Ses tra­jets, il les ef­fec­tue en TGV. En 1re classe, af­firme-t-il, pour ne pas at­ti­rer l’at­ten­tion des doua­niers. «Pas de sou­ci, ça marche bien pour moi», sou­rit-il.

À la Fa­shion Week, il est un chou­chou es­tam­pillé «Swiss made». Un sta­tut qui ré­com­pense bien des ef­fets, comme ces le­çons sui­vies chez une cou­tu­rière de Tra­me­lan (BE). Re­çu une pre­mière fois dans une école de sty­lisme pour 14 000 francs par an, Bri­del Len­vo a dû y re­non­cer vu son sta­tut de sans-pa­piers, mais il a réus­si un deuxième pas­sage sous le nom de son cou­sin.

Sa bonne étoile, le sty­liste l’a trou­vée au­près du rap­peur Stress, qui lui main­tient sa confiance. «Pour cer­tains de ses clips, j’ai par­ti­ci­pé à la di­rec­tion ar­tis­tique», as­sure Bri­del Len­vo. Une col­la­bo­ra­tion est aus­si en­tre­vue avec la com­pagne du rap­peur, le man­ne­quin so­leu­rois Ron­ja Fur­rer.

Bri­del Len­vo vit-il un rêve ou rêve-t-il sa vie? La réalité rat­tra­pe­ra ce ba­gar­reur qui manque de res­pect à l’au­to­ri­té: lors d’un ju­ge­ment à ve­nir, il risque une peine as­sor­tie d’une ex­pul­sion du ter­ri­toire. Pour quel­qu’un qui veut faire de sa vie un art, il y au­ra de la ma­tière.

Newspapers in French

Newspapers from Switzerland

© PressReader. All rights reserved.