«Mes ré­cits sont tor­tu­rés, tra­ver­sés par des bles­sures»

Sous son im­pul­sion, Ge­nève confirme qu’elle est bien la ca­pi­tale suisse du 9e art en se do­tant d’une école de bande des­si­née. Au­teur de nom­breux livres pleins d’arbres et d’ombres, de bêtes et d’en­fants, ama­teur d’art et de pein­ture, le des­si­na­teur évoque

Le Temps - - Grande Interview - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR AN­TOINE DUPLAN ET ALEXANDRE DEMIDOFF @du­plan­toine @alexan­dredmdff

Au bout de lac Lé­man, les pe­tits Mi­ckeys de­vien­dront grands. Car l'Ecole su­pé­rieure de bande des­si­née et d'illus­tra­tion de Ge­nève (ESBDI) vient d'ou­vrir ses portes. Quatre ans, beau­coup d'en­thou­siasme et d'éner­gie ont été né­ces­saires pour fi­na­li­ser cet am­bi­tieux pro­jet, convaincre les au­to­ri­tés et rem­plir les in­nom­brables clas­seurs fé­dé­raux qu'exige l'ou­ver­ture d'une école su­pé­rieure. Sou­te­nu par Zep, Chap­patte, Exem, ses amis et col­lègues des­si­na­teurs, Tom Tirabosco s'est dé­me­né pour que la fi­lière bande des­si­née voie le jour. Pa­trick Fuchs, doyen au Centre de for­ma­tion pro­fes­sion­nelle arts, et la conseillère d'Etat Anne Eme­ry-Tor­ra­cin­ta ont dé­pla­cé des mon­tagnes.

Ela­bo­rée en par­te­na­riat avec l'As­so­cia­tion pro­fes­sion­nelle suisse des au­teur-e-s de bande des­si­née (SCAA) et la Haute Ecole d'art et de de­si­gn (HEAD – Ge­nève), cette for­ma­tion de bande des­si­née pro­fes­sion­nelle sur deux ans s'adresse à des jeunes ayant un CFC de gra­phisme – avec la pos­si­bi­li­té, au terme du cur­sus, d'al­ler di­rec­te­ment en deuxième an­née de de Com­mu­ni­ca­tion Vi­suelle de la HEAD, fi­lière «image ré­cit».

La pre­mière vo­lée com­prend 18 étu­diants entre 20 et 29 ans, neuf filles, neuf gar­çons, ve­nus de Suisse ro­mande, prin­ci­pa­le­ment du bas­sin ge­ne­vois. Quelque cin­quante can­di­dats se sont pré­sen­tés au concours d'en­trée. Ils ont non seule­ment dû pré­sen­ter un dos­sier et un port­fo­lio, mais en­core quatre pages de bande des­si­née adap­tées d'un ex­trait du Fran­ken­stein de Ma­ry Shel­ley.

Des­si­na­teur tendre et pas­sion­né, au­teur de livres dans les­quels les arbres foi­sonnent et les ani­maux pul­lulent, illus­tra­teur pour l'en­fance plein de ron­deurs, des­si­na­teur de presse vo­lon­tiers grin­çant, Tom Tirabosco est dé­sor­mais aus­si prof dans l'école qu'il a dé­si­rée. Il évoque sa vo­ca­tion, son tra­vail dans son ate­lier rem­pli de livres, de pa­piers, de jouets. Une énorme tête de ca­cha­lot garde l'en­trée de ce bel es­pace lu­mi­neux at­te­nant au Mam­co. A quel âge avez-vous su que vous se­riez au­teur de bande des­si­née? J'ai fait de la bande des­si­née dès que j'ai su des­si­ner et écrire. A 12 ans, je sa­vais que je vou­lais faire ça, ou alors de­ve­nir bio­lo­giste avec le com­man­dant Cous­teau. C'était les deux choses qui m'in­té­res­saient dans la vie: ra­con­ter des his­toires avec Walt Dis­ney sur l'épaule ou al­ler faire le ri­go­lo pour sau­ver les ba­leines. Comment êtes-vous de­ve­nu bé­déiste? De ma­nière un peu chao­tique, en étu­diant les Beaux-Arts, à Ge­nève. Je ne suis pas pas­sé par les Arts dé­co comme Wa­zem ou Zep, mais par l'art contem­po­rain, les ins­tal­la­tions. J'étais l'élève de Car­men Per­rin, une sculp­trice ma­gni­fique. Je ne re­grette pas parce que c'était aus­si une fa­çon d'ou­vrir la fe­nêtre, de faire en­trer un autre air que ce­lui du des­sin, de la ligne claire. Je par­ti­ci­pais en douce à des concours de bande des­si­née, j'en ga­gnais cer­tains. Quels des­si­na­teurs vous ont mon­tré la voie? Mon grand mo­dèle fut Her­gé. Je suis un en­fant de Tin­tin. Je me sen­tais proche du ro­ma­nesque et des aven­tures que je pou­vais lire dans ses livres. Plus tard, il y a eu Co­sey. Au sor­tir de l'ado­les­cence, j'ai été très mar­qué par A la re­cherche de Pe­ter Pan. Puis j'ai dé­cou­vert une nou­velle forme de bande des­si­née, dont un des re­pré­sen­tants les plus émi­nents est Mat­tot­ti: il ame­nait une grande li­ber­té par rap­port à la nar­ra­tion. Il y a eu en­suite la gé­né­ra­tion des au­teurs de L'As­so­cia­tion. Des gens comme Da­vid B., Du­puy & Ber­be­rian ou Me­nu ont ou­vert une voie im­pres­sion­nante. Ils ont dé­fri­ché l'in­time, mis le ré­cit au­to­bio­gra­phique au coeur de la bande des­si­née. D’autres arts vous ont in­fluen­cé? Le ci­né­ma et la pein­ture. Du­rant mes études, j'ai sé­jour­né en Ita­lie pour dé­cou­vrir les peintres de la Re­nais­sance. Le ra­vis­se­ment de la pein­ture… C'est comme une es­pèce de pâ­tis­se­rie, on a en­vie de lé­cher des yeux tous les ta­bleaux. Car­pac­cio, Ti­tien, Bel­li­ni… Le dé­tail en pein­ture me fas­cine. Le des­si­na­teur de bande des­si­née a cette fa­cul­té de s'at­ta­cher au dé­tail, à cette pe­tite chose qu'il va en­re­gis­trer très fi­ne­ment. Au pe­tit Tom qui vien­drait vous voir,

que lui di­riez-vous? (Si­lence.) Sois pug­nace. Ac­croche-toi à ton rêve. Mon fils des­sine très bien, mais il fait en même temps mille choses. Ce que je lui di­rais, c'est: «Ne t'épar­pille pas, va à l'es­sen­tiel de ton dé­sir de des­sin et sens-toi libre de ra­con­ter tout ce que tu veux.» Les grands des­si­na­teurs le de­viennent parce qu'ils sont des mo­no­ma­niaques de la lec­ture et du des­sin. Vous avez dé­ve­lop­pé une tech­nique ori­gi­nale de mo­no­type. Est-ce lié à votre for­ma­tion aux Beaux-Arts? Oui, di­rec­te­ment. Le mo­no­type est une em­preinte d'encre qui se fait nor­ma­le­ment sur du verre. Moi, je me sers d'une plaque en ca­ou­tchouc, du néo­prène noir, du pneu quoi, qui donne un ren­du beau­coup moins dur, un moel­leux dans le des­sin, un ef­fet sfu­ma­to as­sez par­ti­cu­lier, que je re­hausse avec le pas­tel. Cette plaque, c'est Car­men Per­rin qui me l'a of­ferte. Vous sa­vez, aux Beaux-Arts, j'avais réus­si à éva­cuer toute forme de re­pré­sen­ta­tion fi­gu­rée. Je fai­sais de grands mo­no­chromes gris. J'étais très fier, on m'ap­pe­lait Teo Ja­cob. (Il ex­hibe un grand car­ré noir an­thra­cite dans le­quel s’ins­crit un cercle an­thra­cite lé­gè­re­ment moins sombre et rit de bon coeur.) Je fai­sais de grandes dé­cli­nai­sons de gris ex­trê­me­ment sub­tiles grâce à des nu­mé­ro de pa­piers de verre dif­fé­rents… Vous re­ve­nez de loin… En ef­fet. Ce­la dit, j'ai tou­jours été très cu­rieux et un peu touche-à-tout. C'est pour ça que je n'ai ja­mais vou­lu m'en­fer­mer ex­clu­si­ve­ment dans la bande des­si­née, mais faire aus­si de l'illus­tra­tion, des livres pour en­fants, des af­fiches, du des­sin de presse et bien­tôt un court mé­trage d'ani­ma­tion. J'ai ten­dance à m'épar­piller. Mais quand il s'agit de choses sé­rieuses, c'est-à-dire de bande des­si­née, je suis ca­pable de m'in­ves­tir. A vos dé­buts, au­riez-vous ai­mé pro­fi­ter des cours de l’ESBDI? J'au­rais ai­mé faire cette école, car je pense qu'elle peut agir comme un ac­cé­lé­ra­teur. Elle se doit d'ame­ner toutes sortes d'ou­ver­tures. Une des pre­mières choses que j'ai dites aux élèves, c'est: «Si vous vou­lez être un au­teur com­plet, il ne faut pas juste être un tueur en des­sin.» De bons des­si­na­teurs, il y en a des wa­gons au­jourd'hui. Un au­teur de BD doit aus­si lire des ro­mans, voir des films qui ne soient pas for­cé­ment des sé­ries, ne pas lire que des man­gas. Je fais confiance à mes col­lègues Isa­belle Pra­long, Na­dia Ra­vis­cio­ni, Joëlle Isoz, Ka­tia

Or­lan­di, des illus­tra­trices poin­tues qui ont un re­gard as­sez neuf sur ces dis­ci­plines. Je suis presque le plus clas­sique dans l'équipe.

Que vou­lez-vous d’abord trans­mettre aux élèves? Ils sont dé­jà dans la bande des­si­née. Ils ont leurs blogs, ils sont pré­sents sur Ins­ta­gram. Tout cir­cule. Mais il faut dis­tin­guer ce qu'on fait sur un blog d'un ré­cit qu'on doit maî­tri­ser. J'ai en­vie de leur trans­mettre les bases d'une dra­ma­tur­gie; c'est notre rôle. Je peux leur ap­prendre à rendre un ré­cit fluide, à faire en sorte qu'à la lec­ture d'une page, on com­prenne aus­si­tôt ce qui se passe. Une page de Ti­teuf, ça pa­raît simple, mais c'est le ré­sul­tat d'un sa­voir-faire très éla­bo­ré. Deux ans, c'est mince pour par­ve­nir à cette flui­di­té, à cette sim­pli­ci­té.

Quelles qua­li­tés priment pour de­ve­nir un au­teur de bande des­si­née? Un bon coup de crayon ou des choses à dire? Notre but est de di­ri­ger les étu­diants de l'école vers une au­to­no­mie leur per­met­tant d'être des au­teurs com­plets et des illus­tra­teurs ayant tou­ché à di­verses tech­niques. Ils de­vront aus­si être ca­pable de ré­pondre à des com­mandes plus com­mer­ciales. Il de­vront suivre des cours d'illus­tra­tion «cor­po­rate» où on leur de­man­de­ra d'ima­gi­ner une vache des­si­née pour une brique de lait ou un yo­ghourt. On ou­blie que der­rière chaque des­sin sur un em­bal­lage, il y a un des­si­na­teur. Il est dif­fi­cile de vivre uni­que­ment de la bande des­si­née. Une des so­lu­tion est de di­ver­si­fier les pra­tiques. Per­son­nel­le­ment, j'ai fait des af­fiches, des flyers, des Tri­bo­lo…

Ap­prendre à des­si­ner une vache peut se faire aux Beaux-Arts. En l’oc­cur­rence, il s’agit de créer une vache sty­li­sée avec un ob­jec­tif pu­bli­ci­taire… Je crois que la plu­part des étu­diants des Beaux-Arts sont in­ca­pables de des­si­ner une vache… On ne leur de­mande plus de sa­voir des­si­ner. C'est plu­tôt aux gra­phistes qu'il re­vient de des­si­ner des ani­maux pour une re­vue zoo­lo­gique. Ou de faire un por­trait des­si­né pour un ma­ga­zine. Pas né­ces­sai­re­ment dans un style ligne claire BD.

Vous étiez ar­tiste, vous voi­ci fonc­tion­naire. Ça fait mal? Je ne suis pas fonc­tion­naire! Je suis sa­la­rié, mais je n'ai pas le sta­tut de fonc­tion­naire, parce qu'il faut avoir dix heures d'en­sei­gne­ment par se­maine et faire des com­plé­ments pé­da­go­giques. Je re­fuse d'al­ler au-de­là de huit heures d'en­sei­gne­ment, je veux gar­der ma li­ber­té d'au­teur in­dé­pen­dant.

La gram­maire de la bande des­si­née a beau­coup évo­lué… Le ré­cit s'est di­ver­si­fié, com­plexi­fié. Il a in­té­gré les rup­tures, la dys­ryth­mie… Un peu comme le ci­né­ma. Le lec­teur est bien plus édu­qué. Il a dé­ve­lop­pé une ca­pa­ci­té à com­prendre des ré­cits beau­coup plus com­pli­qués. Chris Ware (l'au­teur amé­ri­cain échap­pant à la stra­té­gie nar­ra­tive li­néaire et jouant avec le conte­nant

de ses oeuvres, ndr) pousse la nar­ra­tion à un ni­veau de com­plexi­té ex­trême. On se rend compte que ce jeu entre l'image et le texte peut être pous­sé très loin et c'est ce qui fait la spé­ci­fi­ci­té de cet art. On peut vrai­ment s'amu­ser avec le lec­teur.

La nou­velle gé­né­ra­tion échappe à la dic­ta­ture de l’al­bum re­lié car­ton de 46 pages… Est-ce que la nou­velle gé­né­ra­tion lit en­core de la bande des­si­née? Je ren­contre de plus en plus de jeunes qui ne lisent que des man­gas. Le man­ga, c'est un conti­nent im­mense. Je ne le connais pas très bien, même si je suis un fan ab­so­lu de Ta­ni­gu­chi. S'il y a une per­sonne qui m'a mar­qué, c'est lui, son Jour­nal de mon père, par exemple. Son ap­ti­tude à ex­pri­mer des émo­tions très fortes tout en ayant un des­sin très re­te­nu m'im­pres­sionne.

Est-ce plus dif­fi­cile de se lan­cer au­jourd’hui qu’à votre époque? Non. Il y a mille et une fa­çons de s'ex­pri­mer à tra­vers des sup­ports dif­fé­rents. Le plus dif­fi­cile, c'est de trou­ver son iden­ti­té gra­phique pour se dis­tin­guer de la masse. L'un des en­jeux de la for­ma­tion, c'est de per­mettre aux jeunes de trou­ver leur écri­ture, c'est-à-dire de sor­tir de leur zone de confort. Ils ont une chance in­croyable, ils com­mencent par des choses tel­le­ment plus fortes que les Ric Ho­chet de notre en­fance. Leurs pre­mières lec­tures, ce sont Guy De­lisle ou Ta­ni­gu­chi, vous vous ren­dez compte! Le ni­veau est beau­coup plus éle­vé que par le pas­sé.

Ge­nève est la ca­pi­tale suisse de la bande des­si­née. A quoi ça tient? A une concen­tra­tion d'au­teurs et de mai­sons d'édi­tion – Dro­zo­phile, Atra­bile, La Joie de lire, les Edi­tions Pa­quet, Hé­ca­tombe, Bülb Co­mics… Aux au­to­ri­tés aus­si, qui ont dé­ci­dé de sou­te­nir la bande des­si­née. Mais aus­si à Pa­pier Gras, ce lieu où j'ai vu pour la pre­mière fois, à 17 ou 18 ans, des planches de Mat­tot­ti ou Lous­tal. Je pense aus­si aux Prix Töpf­fer qui existe de­puis une ving­taine d'an­nées, à la bourse d'aide à la créa­tion de 12000 francs qui a été lan­cée il y a deux ans. Et Ge­nève a ins­crit la bande des­si­née dans son pa­tri­moine im­ma­té­riel. Il ne manque plus que le mu­sée, comme le rap­pelle sou­vent Zep.

Re­gret­tez-vous de ne pas être iden­ti­fié à un uni­vers, à une sé­rie, comme

Co­sey ou Zep? A chaque livre, je me pose des ques­tions. Ai-je des re­grets? Non. Je crois que j'existe dans le mi­lieu de la bande des­si­née, même si ma place est par­ti­cu­lière. Je n'ai pas pu­blié au­tant d'al­bums que cer­tains de mes col­lègues. Mais ceux que j'ai faits sont bons. Ce qui n'est pas si évident. Mon am­bi­tion n'est pas for­cé­ment de faire beau­coup d'al­bums, mais qu'ils res­tent. J'ai été mar­qué der­niè­re­ment par un livre de Pa­blo Ser­vigne, Comment tout peut s'ef­fon­drer (Seuil). Ce jeune cher­cheur se penche sur l'ago­nie des ci­vi­li­sa­tions. Il évoque les sen­ti­ments qu'on peut éprou­ver de­vant l'ef­fon­dre­ment d'un monde. Et s'in­té­resse au rôle des ar­tistes face aux ruines, à leur ca­pa­ci­té à faire le ré­cit de ces dé­bâcles. Dans mes al­bums, il y a beau­coup de ça. Dans Kon­go par exemple, c'est l'ef­fon­dre­ment de Joseph Con­rad face à la co­lo­ni­sa­tion. Mes ré­cits sont tor­tu­rés, tra­ver­sés par des bles­sures. Dans la vie de tous les jours, je suis plu­tôt ri­go­lo. Dans mes goûts, je suis très Sturm und Drang.n

(DA­VID WAGNIÈRES)

Le des­si­na­teur ge­ne­vois Tom Tirabosco dans son ate­lier à Ge­nève.

(COL­LEC­TION PRI­VÉE)

Tom, à 5 ans, de­vant les élé­phants du zoo de Bâle. Les ani­maux le fas­cinent, sur­tout les gros. En­fant, il les des­sine et c’est avec eux qu’il fait ses pre­miers pas pro­fes­sion­nels dans «Pan­da-Club».

(COL­LEC­TION PRI­VÉE)

2000: un au­to­por­trait ins­pi­ré par ce­lui qu’Ar­nold Bö­ck­lin pei­gnit en 1872 («Au­to­por­trait avec la mort au vio­lon»).

(COL­LEC­TION PRI­VÉE)

En 2010, il pose avec des atèles lors d’un re­por­tage des­si­né sur les traces des der­niers grands singes que l’as­so­cia­tion Ika­ma­pe­ru tente de sau­ver face à la des­truc­tion de la fo­rêt ama­zo­nienne.

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