BNP Pa­ri­bas se re­tire du né­goce de schiste

Le Temps - - La une - ADRIÀ BUDRY CARBÓ @ AdriaBu­dry

Le géant ban­caire fran­çais BNP Pa­ri­bas a an­non­cé qu’il ne fi­nan­ce­rait plus l’ex­trac­tion et le com­merce d’hy­dro­car­bures non conven­tion­nels. Ce re­trait du pé­trole et du gaz de schiste ou is­sus des sables bi­tu­mi­neux, no­tam­ment aux Etats-Unis et au Ca­na­da, ne tou­che­ra pas les tra­ders de sa fi­liale ge­ne­voise ac­tive dans le né­goce. Les autres ac­teurs du sec­teur évoquent une «sur­en­chère éco­lo­gique».

La banque fran­çaise ne fi­nan­ce­ra plus d’ac­ti­vi­tés liées aux hy­dro­car­bures non conven­tion­nels. Son ac­ti­vi­té de né­goce à Ge­nève ne se­ra pas tou­chée. Les ac­teurs du sec­teur haussent les épaules ou évoquent une «sur­en­chère» éco­lo­gique

C’est pro­mis: BNP Pa­ri­bas ne fi­nan­ce­ra plus l’ex­trac­tion et le com­merce d’hy­dro­car­bures non conven­tion­nels. Une ca­té­go­rie qui in­clut le pé­trole et le gaz de schiste ain­si que le pé­trole is­su de sables bi­tu­mi­neux. La banque fran­çaise, dont la fi­liale ge­ne­voise a long­temps re­pré­sen­té la plaque tour­nante du com­merce de ma­tières pre­mières, l’a an­non­cé via un com­mu­ni­qué de presse dif­fu­sé mer­cre­di.

Di­rec­teur gé­né­ral de la banque, JeanLaurent Bon­na­fé s’en est ex­pli­qué un peu plus lon­gue­ment sur sa page Lin­kedIn. Il évoque «une prise de conscience in­ter­na­tio­nale» sur l’ur­gence d’agir contre le ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique. «La tran­si­tion éner­gé­tique est au­jourd’hui l’autre nom du dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique», a-t-il éga­le­ment en­ton­né sur le ré­seau pro­fes­sion­nel. La pro­duc­tion d’hy­dro­car­bures non conven­tion­nels, dont la pro­duc­tion est l’une des plus pol­luantes du sec­teur, est concen­trée aux Etats-Unis et au Ca­na­da.

Pas d’im­pact à Ge­nève

La nou­velle ne tou­che­ra pas les tra­ders ge­ne­vois de BNP Pa­ri­bas. Contac­tée par

Le Temps, la banque confirme: «L’es­sen­tiel de cette ac­ti­vi­té n’est pas ba­sée à Ge­nève mais en Amé­rique du Nord. Il n’y au­ra donc pas d’im­pact ici.»

La dé­ci­sion du groupe de cesser «ses re­la­tions avec les ac­teurs dont l’ac­ti­vi­té prin­ci­pale est l’ex­plo­ra­tion, la pro­duc­tion, la dis­tri­bu­tion, le mar­ke­ting ou le tra­ding de gaz et de pé­trole de schiste et/ou de pé­trole is­su des sables bi­tu­mi­neux» se­ra sans consé­quence pour la place ge­ne­voise. Le fi­nan­ce­ment «d’ac­ti­vi­tés sur sol amé­ri­cain s’ef­fec­tue gé­né­ra­le­ment via des banques locales. Au ni­veau ré­gu­la­toire, c’est beau­coup plus simple que le com­merce in­ter­na­tio­nal, qui est une spé­ci­fi­ci­té ge­ne­voise», fait va­loir le pa­tron du cour­tier Mag­ma Oil, Ka­mel Mo­hab.

Du cô­té des grandes mai­sons de né­goce on hausse aus­si les épaules. Cette dé­ci­sion n’au­ra que peu de por­tée car «BNP Pa­ri­bas n’est plus un ac­teur im­por­tant dans le sec­teur», ex­plique l’un de ses re­pré­sen­tants, qui n’a pas sou­hai­té être nom­mé.

«Sur­en­chère» éco­lo­gique

Le groupe Cré­dit Agri­cole, et sa fi­liale suisse CA In­do­suez, ac­tive dans le né­goce, évoque une «sur­en­chère» de BNP Pa­ri­bas. «Nous sommes to­ta­le­ment sor­tis du char­bon, avons des res­tric­tions fortes sur cer­tains gaz et pé­troles de­puis des an­nées et il est pro­bable que nous les res­ser­rions en­core», ex­plique la banque fran­çaise, ci­tée dans le quo­ti­dien Les Echos de mer­cre­di.

Pour Ka­mel Mo­hab, la dé­ci­sion est comp­table avant d’être po­li­tique. Les banques qui ont bé­né­fi­cié de plans de sau­ve­tage en 2008 – et donc de de­niers pu­blics – sont dé­sor­mais contraintes de ré­duire leur pour­cen­tage de cré­dits afin d’aug­men­ter leurs fonds propres. «Elles doivent bien ré­duire la voi­lure quelque part. Après la crise, elles ne peuvent pas se per­mettre de le faire dans les hy­po­thèques ou les prêts aux par­ti­cu­liers. Cou­per dans les lettres de cré­dit, ça passe mieux po­li­ti­que­ment», tranche l’an­cien tra­der.

En réa­li­té, BNP Pa­ri­bas avait dé­jà pas­sa­ble­ment «ré­duit la voi­lure» du fi­nan­ce­ment de pé­trole et de gaz. Son ex­po­si­tion s’élève, au ni­veau mon­dial, à 18,7 mil­liards de dol­lars, se­lon le der­nier chiffre dis­po­nible da­tant de 2016 (nette de ga­ran­ties et de pro­vi­sions). Un chiffre qui com­prend toutes les ac­ti­vi­tés sus­cep­tibles d’être tou­chées par une va­ria­tion des cours: des prêts al­lant des ma­jors pé­tro­lières jus­qu’aux stations-ser­vice.

Une don­née qui n’existe pas pour 2014, an­née où BNP Pa­ri­bas avait éco­pé d’une amende re­cord de près de 9 mil­liards de francs (payée à moi­tié par la fi­liale suisse) des au­to­ri­tés amé­ri­caines pour avoir vio­lé l’em­bar­go contre l’Iran, Cu­ba et le Sou­dan. Mais la banque s’était dé­jà dé­bar­ras­sée deux ans plus tôt de ses ac­ti­vi­tés de fi­nan­ce­ment ados­sé à des ré­serves d’hy­dro­car­bures (Re­ser­veBa­sed Len­ding) por­tant sur 9,5 mil­liards de dol­lars de prêts. C’était le groupe amé­ri­cain Wells Far­go qui avait ra­flé la mise.

Un tiers d’em­ployés en moins

BNP Pa­ri­bas em­ployait 1800 col­la­bo­ra­teurs en Suisse il y a sept ans, contre quelque 1200 au­jourd’hui. Le re­cen­trage de ses ac­ti­vi­tés a af­fec­té le né­goce de ma­tières pre­mières, qui est pas­sé de 70% des ac­ti­vi­tés de l’éta­blis­se­ment ge­ne­vois contre un tiers au­jourd’hui, se­lon les dires de son di­rec­teur, Geof­froy Ba­zin.

Dans une ré­cente in­ter­view, il confiait au Temps vou­loir «re­dé­mar­rer le né­goce» en dou­blant le vo­lume de fi­nan­ce­ment à 200 mil­lions de francs ces quatre pro­chaines an­nées. Un pro­jet qui reste d’ac­tua­li­té, confirment les ser­vices de presse de BNP Pa­ri­bas.

Preuve que la place de né­goce suisse conti­nue d’in­té­res­ser les in­ves­tis­seurs. Se­lon l’agence Bloomberg, la banque amé­ri­caine Gold­man Sachs pour­rait y étendre ses ac­ti­vi­tés.

(DA­VID MCNEW/GETTY IMAGES)

BNP Pa­ri­bas ne fi­nan­ce­ra plus l’ex­trac­tion et le com­merce d’hy­dro­car­bures non conven­tion­nels, consi­dé­rés comme les plus pol­luants du sec­teur.

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