Der­rière Pu­bli­ci­tas, l’ombre de Tha­los

Les créances de l’en­tre­prise en faillite sont dé­te­nues par Tha­los, une mys­té­rieuse so­cié­té luxem­bour­geoise. Au grand dam des édi­teurs, qui veulent ré­cu­pé­rer leur dû. Rin­gier, mais aus­si le groupe NZZ, ont por­té plainte. D’autres édi­teurs de­vraient faire d

Le Temps - - La une - MA­RIE MAURISSE @Ma­rieMau­risse

Les créances de l’en­tre­prise en faillite sont dé­te­nues par Tha­los In­vest­ment, une mys­té­rieuse so­cié­té luxem­bour­geoise. Au grand dam des édi­teurs, qui veulent ré­cu­pé­rer leur dû. Rin­gier mais aus­si le groupe NZZ ont ain­si por­té plainte. Champ d’ac­ti­vi­té de Tha­los: des fi­nan­ce­ments aux en­tre­prises en­det­tées, qui ne par­viennent pas à trou­ver de l’ar­gent via le sec­teur ban­caire tra­di­tion­nel. En échange des fonds, Tha­los peut de­ve­nir pro­prié­taire du pas­sif, mais aus­si des ac­tifs de ces en­tre­prises.

Ven­dre­di 4 mai, Rin­gier (co­pro­prié­taire du Temps) a dé­po­sé plainte au­près d’un juge de paix de Baar (ZG) contre la so­cié­té de cré­dit Tha­los In­vest­ment, mais aus­si sa so­cié­té mère Vi­cen­da, ain­si que la ré­gie en faillite Pu­bli­ci­tas.

La plainte de Rin­gier doit d’abord don­ner lieu à une simple confron­ta­tion. De source proche du dos­sier, elle ne se­rait que la pre­mière manche d’une guerre de plu­sieurs an­nées qui de­vrait voir s’af­fron­ter tous les ac­teurs de la place mé­dia­tique suisse pour ré­cu­pé­rer les avoirs per­dus dans la faillite de Pu­bli­ci­tas. Entre-temps, le groupe NZZ a ain­si confir­mé au Temps avoir aus­si dé­po­sé plainte contre Tha­los In­vest­ment.

La ques­tion semble com­plexe, et pour­tant elle est re­la­ti­ve­ment simple: lors­qu’une en­tre­prise fait faillite, quels sont les créan­ciers qui doivent en prio­ri­té ré­cu­pé­rer l’ar­gent qui leur re­vient? Dans le cas de Pu­bli­ci­tas, plu­sieurs camps s’af­frontent.

Pour 15 mil­lions de dettes

D’un cô­té, on trouve les édi­teurs de presse, clients de la ré­gie pu­bli­ci­taire, qui ac­cu­sait des re­tards de paie­ment de deux à trois mois: Rin­gier, Ta­me­dia, mais aus­si Ro­man­die Com­bi (La Li­ber­té, Le Nou­vel­liste, Le Quo­ti­dien Ju­ras­sien, le Jour­nal du Ju­ra et ArcIn­fo). Au to­tal, les dettes pour ces édi­teurs se mon­te­raient à en­vi­ron 15 mil­lions de francs. Une somme consé­quente, pour des groupes dont les re­cettes pu­bli­ci­taires sont en di­mi­nu­tion constante de­puis plu­sieurs an­nées.

Des «con­trats de ces­sion»

De l’autre cô­té se trouve le dis­cret Tha­los In­vest­ment Plat­form, sis au Luxem­bourg et créé en 2014. Cette so­cié­té est une fi­liale du groupe suisse Vi­cen­da, ba­sé à Zoug, qui pro­pose des fi­nan­ce­ments aux ac­teurs du tra­ding ou d’autres en­tre­prises en­det­tées, qui ne par­viennent pas à trou­ver de l’ar­gent via le sec­teur ban­caire tra­di­tion­nel. En échange des fonds prê­tés, elle signe par­fois avec l’en­tre­prise en­det­tée un «contrat de ces­sion», c’est-à-dire qu’elle de­vient pro­prié­taire de son pas­sif, mais aus­si de ses ac­tifs. Le mar­ché s’exerce en toute dis­cré­tion. Ni Tha­los In­vest­ment Plat­form ni Vi­cen­da n’ont ré­pon­du aux ques­tions du Temps.

Ce contrat de ces­sion au­rait été si­gné avec Pu­bli­ci­tas au mois de fé­vrier 2018. Alors quand la faillite de la ré­gie pu­bli­ci­taire a été pro­non­cée, le 11 mai der­nier, Tha­los a ré­cla­mé son dû. Et de­man­dé aux en­tre­prises clientes de leur adres­ser di­rec­te­ment leurs ver­se­ments bancaires, et non pas à Pu­bli­ci­tas ni aux édi­teurs de presse. Le droit suisse offre ce­pen­dant la pos­si­bi­li­té de contrer la main­mise des éta­blis­se­ments de cré­dits sur des en­tre­prises en faillite. La loi sur les pour­suites et faillites per­met en ef­fet d’en­tre­prendre des «ac­tions ré­vo­ca­toires». Ces pro­cé­dures sont fré­quentes, mais com­plexes et coû­teuses. Dans le cas d’un pré­ju­dice de plu­sieurs mil­lions, elles peuvent mal­gré tout va­loir la peine.

Plaintes en cas­cade

Après le groun­ding de Swis­sair, une mul­ti­tude de pro­cès ont eu lieu, dont cer­tains sont tou­jours en cours, sur la ques­tion du re­cou­vre­ment des créances. L’af­faire Pu­bli­ci­tas qui s’amorce est très sem­blable. Car Rin­gier ne se­ra pro­ba­ble­ment pas le seul à por­ter plainte: se­lon nos in­for­ma­tions, le groupe Edi­tions Suisses Hol­ding SA (qui dé­tient no­tam­ment Le Nou­vel­liste) étu­die éga­le­ment la pos­si­bi­li­té de le faire.

Avec, pour Le Nou­vel­liste, un avan­tage non né­gli­geable. Dans son cas comme dans ce­lui d’ArcIn­fo, un contrat de fi­du­cie avait été sous­crit avec Pu­bli­ci­tas, qui gé­rait des avoirs en leurs noms. «Cé­der cet ar­gent à Tha­los est une vio­la­tion com­plète de cette re­la­tion contrac­tuelle», es­time Me Ch­ris­tophe Wil­helm, avo­cat connais­seur du dos­sier. Les an­non­ceurs de ces titres ne s’ex­posent donc pas à payer deux fois s’ils payent di­rec­te­ment leurs fac­tures à ces édi­teurs, pré­cise Me Wil­helm.

D’après une source proche du dos­sier, plu­sieurs édi­teurs ro­mands en­vi­sagent des plaintes au ci­vil contre les ad­mi­nis­tra­teurs de Pu­bli­ci­tas pour ges­tion dé­loyale. Les pro­cé­dures pour­raient aus­si de­ve­nir pé­nales.

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